«Agriculteur… et photographe le reste du temps. » Voici comment Jean-Paul Nouvel aime à se définir, un œil sur son troupeau de blondes d’Aquitaine et l’autre dans le viseur de son reflex. Il a découvert cet art, il y a près de quarante ans, auprès d’un copain de BTS agricole qui pratiquait la photo animalière. Jean-Paul, lui, s’est orienté vers une expression plus contemplative, poétique même. À la manière d’un peintre, ses cadrages soignés jouent sur les lignes et les couleurs des paysages du Tarn ou des plateaux de l’Aubrac, que ce grand marcheur affectionne.

© Jean-Paul Nouvel

Paysages féeriques

« J’ai un côté solitaire, confie l’éleveur de Teillet (Tarn). Souvent, je pars seul, tôt le matin ou à la tombée de la nuit. La photo, ce n’est pas qu’appuyer sur un bouton : il se passe quelque chose dans la tête. Il faut cadrer, sentir le bon moment… » Comme ce jour où il croisa le regard d’Hector, splendide taureau de l’Aubrac, dont il a tiré un portrait en majesté. Parfois, la magie opère à deux pas de chez lui, comme avec ces arbres blanchis par le gel, immortalisés près de sa ferme. « Je photographie surtout des paysages. J’aime les lumières douces, la brume, les nuances de vert des champs d’orge en épiaison… » De temps à autre, ce naturel taiseux sort de sa réserve pour tirer le portrait de ses collègues agriculteurs. « J’ai créé une page Facebook, “Les Bouilles de nos campagnes”, où figurent des visages, d’actifs ou de retraités, que j’ai trouvés beaux, expressifs. »

« J’aime les nuances de vert des champs d’orge en épiaison. »

Ces dernières années, la passion de Jean-Paul s’est intensifiée, à la faveur d’un peu plus de temps libre. Ses deux filles ont quitté le nid, et il s’est associé en 2017 avec trois voisins. De quoi lui permettre de se consacrer toujours plus à son art, en solo ou en compagnie des membres du club photo local, dont il est l’animateur. En 2019, Jean-Paul a autoédité un recueil de ses plus belles photos, Le plancher des vaches, en livre puis en version coffret (1). Il expose également ses images lors d’événements culturels (2).

Son épouse aussi s’est mise à la photo, grâce au boîtier que son mari lui a offert. Le couple projette de voyager prochainement en Mongolie avec, bien sûr, l’appareil en bandoulière. « J’ai plaisir à bourlinguer, partir loin ou découvrir d’autres régions de France. Mais même chez soi, la photo offre un terrain de jeu sans limite. »

Émilie Leturcq

(1) Librairies du Tarn et de l’Aveyron ou commande à jeanpaul.nouvel@icloud.com.

(2) Notamment au festival Phot’Aubrac à Nasbinals (Lozère) du 16 au 19 septembre. www.photaubrac.com