Nichée au cœur de la célèbre forêt de Brocéliande, royaume de Merlin l’enchanteur et de la fée Viviane, l’exploitation de Théo Bouwhuis, 51 ans, est entourée de vallons. Quand ce Néerlandais est arrivé en France, il y a vingt-cinq ans, il ne connaissait pourtant rien aux légendes de cet endroit à mille lieues des polders de son enfance.

Aux Pays-Bas, « les fermes étaient déjà hors de prix »

« En 1996, j’ai repris un élevage laitier avec un quota de 330 000 litres sur 57 hectares à Paimpont (Ille-et-Vilaine) par l’intermédiaire d’une agence néerlandaise spécialisée. Aux Pays-Bas, je n’aurai jamais pu le faire, les fermes étaient déjà hors de prix », explique le producteur. Son père était artisan, la passion de l’élevage lui a été transmise par ses grands-parents puis ses oncles éleveurs laitiers dans le Friesland (Pays-Bas).

Dès 11 ans, il intègre une école d’agriculture, réalise de nombreux stages. Après ses études, il décide de parcourir le monde. Il débute comme salarié agricole aux États-Unis, puis part en Nouvelle-Zélande pour découvrir le système de production à l’herbe. Ensuite, il devient gérant d’une ancienne ferme d’État en Allemagne (ex-RDA) et prend la tête d’un troupeau de 250 vaches et trois salariés pendant deux ans. « Une expérience enrichissante, toutefois exigeante. Ce fut l’occasion de tester ma capacité à gérer une exploitation », se souvient-il.

Pas un mot de français en arrivant

Ces apprentissages lui ont forgé le caractère et lui ont appris à s’adapter en toutes circonstances. « Quand je suis arrivé seul à Paimpont, je ne parlais pas un mot de français. Avec le cédant, on avait toujours le dictionnaire bilingue à portée de main », souligne-t-il avec son accent guttural. Son insertion va se faire grâce au milieu professionnel dans un premier temps.

Le Breton d’adoption adhère à un Geda (1), à une association de remplacement, au syndicat des Jeunes Agriculteurs puis à la FDSEA ce qui lui permet de nouer de nombreux contacts avec des collègues agriculteurs. Il s’ouvre aussi vers l’extérieur en rejoignant une association de course à pied, de même que le conseil municipal de sa commune durant un mandat. Et, depuis quelques années, il a fondé une famille avec sa compagne Ghislaine et les enfants de celle-ci.

« J’ai été bien accueilli car je ne suis pas arrivé en conquérant mais avec l’envie d’apprendre. »

« J’ai toujours été bien accueilli car je ne suis pas arrivé en conquérant mais avec l’envie d’apprendre. Il n’y avait pas beaucoup de Néerlandais dans ce secteur, je suis donc allé vers les autres. Le risque sinon aurait été de se retrouver juste entre nous. » Théo n’est, d’ailleurs, retourné dans son pays que six ans après son installation à l’occasion du mariage de son frère.

« Toujours aller de l’avant » : telle est la devise de cet éternel optimiste. « J’ai grandi dans une famille où nous n’étions pas habitués à nous plaindre. Il n’y avait pas de grands discours. Mes parents m’ont toujours soutenu, néanmoins ils m’ont aussi appris que quand on veut quelque chose il faut se retrousser les manches », reconnaît-il. Sans renier ses racines, il est fier du chemin parcouru ici en France.

Isabelle Lejas

(1) Groupe d’études et de développement agricole.