Le gouvernement promet une pension minimale de 1 000 euros par mois, a annoncé Édouard Philippe, le 11 décembre 2019, devant le Conseil économique social et environnemental (Cese), à Paris.

Lors de sa présentation de la réforme des retraites, le Premier ministre a souligné à plusieurs reprises le sort des agriculteurs, pour faire valoir le principe d’équité et de justice sociale du nouveau système « universel ». « Nous devons construire la protection sociale en prenant mieux en compte ceux qui partent avec des retraites très faibles, notamment les agriculteurs, les artisans et les commerçants. Nous garantirons une pension minimale de 1 000 euros net par mois pour une carrière complète au Smic », a-t-il assuré.

En clair, les personnes ayant travaillé à temps plein et ayant cotisé sur des petits salaires pourront obtenir une pension minimale de 1 000 euros par mois. « Le système universel permettra de mieux protéger les Français les plus fragiles, qui sont de fait trop souvent les oubliés du système », a-t-il plaidé, précisant que ce minimum de pension « sera garanti par la loi à 85 % du Smic dans la durée et évoluera comme celui-ci ».

« C’est une révolution sociale qui restera comme une conquête notamment pour les agriculteurs les commerçants et les artisans », a-t-il ajouté.

Ces évolutions ne concerneront toutefois que les futurs retraités, les agriculteurs qui partiront à la retraite à partir de 2025. Et ceux actuellement en retraite, pour lesquels les organisations professionnelles agricoles réclament une retraite minimale à hauteur de 85 % du Smic, ne sont pas concernés.

Un système à point

Plus largement, Édouard Philippe a confirmé l’abandon du mode de calcul par trimestre au profit d’un système à points. « Chaque heure travaillée ouvrira des droits. » Et pour lever les incertitudes autour de la valeur du point, « nous nous engageons donc à ce que la valeur du point ne soit pas fixée à la sauvette, nous demanderons aux partenaires sociaux de fixer sa valeur et son évolution ».

Il a par ailleurs indiqué que sera intégrée dans la loi une règle d’or « pour que la valeur des points acquis ne puisse pas baisser », avec une « indexation progressive non pas sur les prix mais sur les salaires ».

La fin des régimes spéciaux

Autre point central du futur système : la disparition des 42 régimes de retraite actuels. « Nous mettrons fin aux régimes spéciaux, nous le ferons progressivement », a dit Édouard Philippe. Des « transitions spécifiques » seront prévues « pour les travailleurs indépendants, les artisans, les commerçants et les professions libérales ». « Le temps du système universel est venu, celui des régimes spéciaux s’achève », a résumé le chef du gouvernement.

Tous les Français auront « le même niveau de cotisation » sur « la totalité des revenus jusqu’à 120 000 euros ». « Au-delà de ce montant, les plus riches paieront une cotisation de solidarité (2,8 %) plus élevée qu’aujourd’hui. »

Des dispositions favorables aux femmes

Selon le Premier ministre, 80 000 femmes pourront partir à taux plein avant l’âge de 67 ans. Le nouveau système accordera également « des points supplémentaires pour chaque enfant, et ce dès le 1er enfant, et non à partir du 3e comme aujourd’hui », a-t-il expliqué, en précisant que « cette majoration de 5 % par enfant sera accordée à la mère, sauf choix contraire des parents ».

L’âge pivot à 64 ans

Tout en affichant un « âge minimal » de départ en retraite de 62 ans, le Premier ministre a réaffirmé vouloir « inciter les Français à travailler plus longtemps ».

« Le gouvernement compte donc instaurer au-dessus de l’âge légal, un âge d’équilibre avec un système de bonus-malus », a indiqué Édouard Philippe. L’âge pivot de 64 ans a ainsi été retenu. « Nous ne pouvons pas mettre en place un âge d’équilibre à 64 ans d’un coup d’un seul en 2025 », a-t-il précisé. Le « calendrier initial » sera donc décalé à 2027.

Une mise en place progressive

Les Français nés avant 1975 ne seront pas concernés par le nouveau système. « Pour les personnes qui sont déjà dans la vie active, nous avons choisi de ne rien changer pour celles qui sont à moins de 17 ans de leur retraite », a indiqué Édouard Philippe. Pour les autres, « seules les années travaillées à partir de 2025 seront régies par le système universel ». Les retraites de ces Français seront donc régies par deux systèmes différents.

Enfin, la première génération à être concernée par le nouveau système sera celle née en 2004, qui entrera sur le marché du travail en 2022.

Une loi présentée en janvier

Le projet de loi sera prêt à la fin de l’année, il sera présenté en conseil des ministres le 22 janvier et débattu au Parlement en février. Au 1er janvier 2022, les nouveaux droits seront mis en place.

« Manque la revalorisation pour les retraités actuels »

À l’issue de cette présentation, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, a commenté : « Nous saluons l’instauration d’un régime universel qui prône l’équité. Le fait que chaque point cotisé donne accès aux mêmes droits pour tous (et la) transition longue sur les cotisations sont deux réelles avancées pour les agriculteurs. Manque encore la revalorisation pour les retraités actuels. »

Rosanne Aries