« Malgré de nombreuses bonnes pratiques (contractualisation sur le prix, utilisation d’HVE dans les cahiers des charges…), force est de constater que le prix reste à la fois un argument de compétitivité des distributeurs et le principal frein invoqué pour basculer vers une alimentation plus durable. » C’est ce que constate le conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) du ministère de l’Agriculture.

À lire aussi : « La passion ne peut pas se substituer à la rémunération », assure Julien Denormandie (27/10/2021)

Pour les GMS, une rémunération supplémentaire non justifiée

La transition agroécologique promue par le gouvernement peine à trouver une juste valorisation de ses produits. « À ce jour, le label bio permet seul de valoriser ces pratiques mais pour combien de temps encore, alors que la grande distribution tend à faire du “bio” un produit d’appel dans une logique de massification ? », s’interroge le CGAAER dans son rapport publié le 28 octobre 2021.

À lire aussi : Avec Egalim 2, « on va continuer à mettre la pression », affirme Julien Denormandie (05/10/2021)

« Il nous faut changer de paradigme et rémunérer à sa juste valeur l’acte de production agroécologique, poursuit-il. Il en va de l’intérêt des agriculteurs et de la société tout entière, bénéficiaire des services environnementaux de l’agriculture. »

Le décalage entre les demandes de la distribution et des industries agroalimentaires reste important. L’étude révèle qu’elles ont été interrogées en 2021 par le médiateur des négociations commerciales sur la prise en compte de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), concrétisée notamment par une meilleure gestion des intrants et les pratiques agroécologiques.

« Les GMS considèrent que ces pratiques se banalisent, deviennent un passage obligé, voire un socle standard, qui ne justifie pas de rémunération en sus », souligne le CGAAER. De leur côté, les industries agroalimentaires « mettent en avant des exigences de plus en plus marquées des distributeurs et des surcoûts insuffisamment rémunérés ».

Le chèque alimentaire sera l’un des leviers

La baisse ou la stagnation des dépenses alimentaires et la hausse de la précarité alimentaire expliquent aussi, dans une moindre mesure, le basculement à « une alimentation plus durable ». « Depuis 1960, les ménages consacrent à l’alimentation une part de plus en plus réduite à leurs dépenses de consommation : 20 % en 2014 contre 35 % en 1960 », observe le CGAAER.

À lire aussi : L’alimentation « c’était mieux avant » pour 46 % des Français (20/10/2021)

« Une alimentation à deux vitesses, laissant de côté ceux qui ne pourraient pas payer, est inenvisageable. À l’image de ce qui se fait aux USA (Food stamps), l’aide alimentaire pourrait être une alternative et permettre que les aliments plus “vertueux” ne soient plus réservés qu’à une faible fraction des consommateurs », selon le CGAAER.

Une position qui va dans le sens de la proposition d’un chèque alimentaire durable entérinée par la loi climat, promulguée le 4 août. Sa mise en place n’aura pas lieu en 2021. Sur RMC/BMFTV, Bruno Lemaire, ministre de l’Économie et des Finances, annonçait le 6 septembre 2021 que le dispositif ne verra pas le jour « avant 2022 ».

Alexis Marcotte