Le projet de loi controversé permettant de déroger à l’interdiction des néonicotinoïdes sur la culture sera présenté demain, jeudi 3 septembre 2020 au conseil des ministres. L’ONG Génération Écologie cherche à faire entendre son mécontentement et à mettre en échec ce nouveau texte. « On est en train de parler du plus grave recul écologique depuis des années » explique Delphine Batho, la présidente de l’association.

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« Sous la pression des lobbys du sucre »

Selon elle, les néonicotinoïdes sont le plus puissant insecticide jamais imaginé par l’homme. En se référant à un panel de 1220 études scientifiques dont elle ne donne pas les références, elle explique que le produit est 7 297 fois plus toxique que le DDT. Selon Génération Écologie, les néonicotinoïdes sont à l’origine de la disparition 80 % de nos insectes

L’ONG Génération Écologie accuse aussi le gouvernement d’agir « sous la pression des lobbys de l’industrie du sucre ». Le gouvernement profiterait ainsi « de la pandémie pour mettre avant des arguments fallacieux et pour justifier un écocide ».

Les raisons du mécontentement

Selon Génération Écologie, une dérogation sur trois ans n’a pas de sens puisque l’insecticide aurait une rémanence de plus de 20 ans. Elle critique aussi le caractère systématique de l’application (utilisé tous les ans) et systémique (présent dans toute la plante) du produit : « La semence devient une plante poison ». Autre problème soulevé par l’association, 80 % à 98 % de la matière active finiraient dans le sol ou dans l’eau. Si la betterave ne fleurit pas la première année, Delphine Batho précise que les fleurs qui pousseront à proximité absorberont la substance toxique et seront dangereuses pour les abeilles.

Enfin, Delphine Batho s’inquiète que le texte du projet de loi autorise l’usage des néonicotinoïdes sur toutes les cultures françaises.

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« Il n’y a qu’à revenir aux quotas »

Interrogée par La France Agricole sur l’avenir des betteraviers et de la filière sucres, elle a répondu qu’il n’y avait pas de risque de chute pour la filière betterave : « On exporte déjà la moitié de notre sucre ».

Pour elle, le problème vient de la fin des quotas et du manque de régulation. « C’est de ce côté qu’il faut chercher », détaille-t-elle. En attendant, elle préconise que les pertes de rendement soient indemnisées par le fonds des calamités agricoles. « Notre objectif n’est pas de laisser tomber les producteurs », insiste Delphine Batho.

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Objectif : faire refuser la demande de dérogation

Selon la présidente de Génération Écologie, il faut aussi changer les pratiques de culture comme « la date de semis et la taille des parcelles ». Il existe aussi des solutions de biocontrôle comme les lâchers de larves de coccinelles mais celles-ci seraient estimées trop chères à mettre en œuvre selon la députée.

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L’association part donc en campagne. Au programme, création de collectifs, réunions publiques dans toute la France, distribution d’une brochure sur le sujet et mobilisation des politiques. L’ONG estime que le temps est compté, elle souhaite tout simplement faire refuser la demande de dérogation.

Générations futures

Comme d’autres associations environnementalistes, Générations Futures cherche aussi à toucher les élus pour empécher la dérogation. Parmis les arguments invoqués, l’ONG assure que «la filière betterave n’est pas en péril à cause d’un puceron mais à cause du système agro-alimentaire en vigueur et de la fin des quotas». Selon elle, il existe des alternatives à l’utilisation des néonicotinoïdes.

Renaud d’Hardivilliers