Réduire le temps de transport des denrées agricoles à destination de la Chine : un enjeu pour de nombreuses filières françaises, tant l’empire du Milieu est un partenaire majeur. La quasi-totalité des marchandises est actuellement acheminée par la voie maritime en 45 à 50 jours.

Utiliser les voies ferrées

Les filières de la viande porcine, de la charcuterie, de la viande bovine, de la volaille, du lait et des fruits frais ont confirmé avoir un intérêt à utiliser les voies ferrées, pour un acheminement plus rapide. C’est dans ce sens que l’Association France-Eurasie pour l’agroalimentaire (Afeaa) a réalisé en décembre 2019 une étude de faisabilité, dont les conclusions ont été présentées le 26 février 2020 au Salon de l’agriculture, avec la participation de l’interprofession porcine (Inaporc), qui avait déjà menée une première étude en 2014 sur ce sujet.

Plusieurs obstacles pratiques, économiques et politiques doivent être levés pour espérer transporter les productions françaises jusqu’au centre de la Chine.

Anticiper le dédouanement des marchandises

Le transport ferroviaire entrainerait la traversée de plusieurs frontières et donc de plusieurs bureaux de douane. Le risque est l’augmentation du temps d’attente aux frontières, voire des blocages.

« Les douaniers chinois situés dans les ports sont habitués aux contrôles et au formalisme. Ce n’est pas le cas des douaniers postés aux frontières terrestres », alerte Didier Delzescaux, directeur d’Inaporc. « Le système doit être bien huilé. » L’Afeaa recommande de travailler en amont afin de préparer le dédouanement avec l’administration chinoise, les transporteurs et les clients chinois.

Traverser la Russie

Il est difficilement envisageable de relier la France à la Chine par la voie terrestre en contournant la Russie. Or depuis 2014, le pays a mis en place un embargo sur un grand nombre de produits agricoles européens, qui n’étaient pas autorisés à transiter sur le sol russe.

Si la Chine a réussi à faire pression pour lever cette restriction, la Russie souhaite contrôler les marchandises qui voyagent sur son territoire et s’assurer surtout qu’elles n’ont pas été ouvertes ou déchargées des trains. La Russie exige qu’un scellé électronique soit placé sur les conteneurs pour assurer le traçage. « Le système pourrait être opérationnel en 2020. Il faudra être sûr que ce système fonctionne avant de mettre en place le transport par voie ferrée », prévient Inna Krivosheeva, chargée de mission à l’Afeaa.

L’écartement des rails diffère d’un pays à l’autre

L’écartement des rails des voies ferrées en France et en Chine est de la même taille, mais celui des pays de l’ex-URSS diffère. Dans la pratique, cela oblige à décharger la marchandise d’un train à l’autre ou de changer les bogies des trains. Cela peut prendre plusieurs heures, voire plusieurs jours. « Des solutions rapides existent mais elles coûtent plus cher », précise l’étude de l’Afeaa. Inna Krivosheeva insiste sur le fait que les transporteurs russes souhaitent collaborer pour trouver des solutions.

Avoir des conteneurs autonomes

Le transport de denrées alimentaires doit se faire dans des conteneurs à température dirigée afin de respecter la chaîne du froid. L’étude de l’Afeaa insiste sur la nécessité d’avoir des conteneurs autonomes afin d’éviter toute coupure qui aurait des conséquences lourdes sur la qualité des produits. Ces conteneurs sont plus chers et plus rares.

Un transport qui coûte plus cher

D’un point de vue économique, le transport ferrovaire coûte plus cher que le transport maritime. « Le transport par bateau a un coût qui oscille entre 13 et 15 centimes du kilo de porc », explique Didier Delzescaux. « En train, le coût est évalué à 27-28 centimes. »

Les politiques tarifaires sont définies par des accords entre les pays. Les autorités chinoises à l’échelle régionale peuvent subventionner le transport par le rail. Il s’agit d’un facteur décisif pour la mise en place d’échanges de marchandises entre la France et la Chine.

« Dans 5 à 10 ans, relier la Chine en 10 jours »

Si le transport en train ne peut pas remplacer les volumes transportés par bateau, il pourrait permettre d’exporter des produits plus rapidement. La SNCF se penche actuellement sur le sujet. « Nous travaillons sur la possibilité d’avoir des écarteurs de rails et prévoyons dans un délai de 5 à 10 ans d’envoyer des produits en Chine sous 10 jours. » Le point de départ de ces trains pourraient être la plateforme de Douvres, dans le Pas-de-Calais.

Au-delà de la rapidité du transport, l’étude de l’Afeaa pointe du doigt également un meilleur bilan environnemental.

Bertille Quantinet