Tous les syndicats agricoles comptent bien participer aux groupes de travail que le ministre de l'Agriculture devrait mettre en place dans le courant de septembre pour «examiner les modalités d'un renforcement des relations contractuelles entre les éleveurs et les transformateurs». La Confédération paysanne a d'ailleurs rencontré les directeurs de la la Fnil et du Cniel mercredi pour leur rappeler qu'elle compte bien être associée aux discussions.

En attendant que les dates des réunions soient fixées par le ministère, chacun affine ses exigences. Tout d'abord, que le futur accord soit élaboré au niveau national. «La FNPL n'est pas contre la contractualisation, précise Gilles Psalmon, son directeur adjoint. En revanche, elle est opposée à un contrat négocié entre une entreprise et un producteur. Il faut avoir un cadre national.»

«En cas de négociations par entreprise, il y a un risque de grandes divergences entre régions et entre laiteries, confirme Noël Rozé, président de la Coordination rurale 56. Ces dernières s'appuieront sur la valorisation de leur production, et les éleveurs risquent d'être payés à des prix différents.» Le syndicat propose un système sur le modèle canadien, avec un groupement de producteurs à l'échelle nationale qui négocie et vend aux transformateurs.

Les JA avancent un projet intermédiaire: une contractualisation collective par grands bassins de production. «Ce fonctionnement garantit des bases de paiement du lait identique pour tous», explique Dominique Langouët, responsable de la section laitière des JA de l'Ouest. Une idée à laquelle adhère Franck Guéhennec, de la FRSEA de l'Ouest. «Il est important d'avoir une contractualisation collective. Sinon, le risque est de ne plus maîtriser ni les volumes ni les prix, et donc de filer tout droit vers l'intégration, comme en volailles ou en veau de boucherie.»

La Confédération paysanne craint cependant que, si la DGCCRF ne trouve rien à redire à des associations de producteurs, elle refuse en revanche un contrat-type sous prétexte que ce serait «non-concurrentiel».

La réflexion devra aussi déterminer les indicateurs utilisés, sans s'attirer de nouveau les foudres de Bercy. «Nous devons nous inspirer de ceux qui existent déjà ou en créer de nouveaux, convient Dominique Langouët. Il s'agit de trouver ceux qui représentent le mieux la réalité par rapport aux débouchés des entreprises.» Christian Mazuray, PDG d'Entremont, estime «les indicateurs déjà utilisés (prix du beurre et de la poudre, des produits de grande consommation (PGC) export, des fromages allemands...) cohérents», même s'il est possible d'en améliorer la pertinence.

En revanche, la Confédération paysanne les juge incomplets. Elle réaffirme «la nécessité absolue que les prix intègrent les coûts de production», propose d'inclure les PGC à haute valeur ajoutée et réclame un prix minimal garanti. Le syndicat a d'ailleurs rencontré la DGCCRF mercredi, afin de «voir quelles possibilités restent aux producteurs pour s'organiser et obtenir un prix du lait identique sur tout le territoire», explique Yves Leperlier.

Prix du lait: les industriels veulent une solution pour octobre

Les industriels semblent de plus en plus réticents à travailler dans le cadre de l'Interprofession. Alors que le ministère compte organiser des groupes de travail pour réfléchir à une future contractualisation pour régir les relations producteurs-entreprises dès octobre, ils ne veulent pas de contraintes trop précises.

Jehan Moreau, directeur de la Fnil (Fédération des industriels laitiers), rappelle que «la Fnil est d'accord pour un canevas, un guide de bonnes pratiques, mais pas davantage. Pas de contrat-type indiquant sur quoi sont indexés les prix et les volumes».

«Les négociations peuvent avoir lieu dans un cadre national, concède Christian Mazuray, PDG d'Entremont. Ensuite, elles doivent se dérouler au sein des entreprises, afin de tenir compte de la spécificité de chacune.» Alors, le rapport de force ne sera pas à l'avantage des éleveurs, aboutissant à des politiques de prix individuelles.

Pour Jehan Moreau, ce risque est réel: «Les entreprises ne temporiseront pas au quatrième trimestre, si aucun accord n'est trouvé d'ici àoctobre.» C'est-à-dire qu'elles imposeront chacune leur prix.

E.C.