« Le scénario le plus probable, dans les conditions de la gouvernance agricole dans le monde, est celui d'une élévation mal maîtrisée du niveau des prix agricoles », estime un rapport sénatorial présenté à la presse le 30 mai.

Cet imposant (plus de 600 pages) rapport d'information, consacré au « Défi alimentaire à l'horizon de 2050 », envisage trois grands scénarios en matière de prix agricoles :

- un scénario de tensions sur les prix qui prolongerait les évolutions les plus récentes ;

- un scénario de poursuite du décrochage structurel entre les prix agricoles et les autres prix, observé sur longue période ;

- un scénario où les prix agricoles joueraient sans excès leur rôle d'équilibrage du marché.

Le rapporteur, Yvon Collin, sénateur du Tarn-et-Garonne (Radical de Gauche), « se risque à estimer que le scénario le plus probable, dans les conditions actuelles de la gouvernance agricole dans le monde, est celui d'une élévation mal maîtrisée du niveau des prix agricoles ». Raisonnement avancé : la hausse de la demande va exercer une tension sur les prix agricoles que l'augmentation de la productivité ne permettra pas d'enrayer.

« L'élévation des coûts de l'innovation – et d'exploitation – dessine un contexte où les progrès de productivité pourraient intervenir à coûts croissants. Dans une telle configuration, l'élévation du niveau des prix agricoles est une issue raisonnablement envisageable », résume le rapporteur.

Pour autant, l'incitation à produire contenue dans la hausse des prix des produits agricoles ne garantira pas « spontanément le progrès vers un droit plus effectif à l'alimentation » dans les pays les plus pauvres, écrit Yvon Collin. Ces derniers, selon lui, ne pourront pas faire l'économie d'une « véritable politique des prix agricoles, de sorte que la production réponde positivement, et durablement, aux prix ».

Et l'Europe ? Celle-ci « dispose d'une agriculture intensive et exportatrice de céréales notamment, grâce à des politiques actives. L'Union européenne pourrait gagner en compétitivité du fait de l'agrandissement des exploitations. Mais, au total, il y a peu de perspectives de voir l'Europe en capacité de couvrir les besoins supplémentaires [d'une population mondiale attendue aux alentours de 9 milliards de personnes à l'horizon de 2050].

L'agriculture européenne, est-il observé, doit faire face à une « raréfaction des terres agricoles ». L'UE (à 22 pays) en a perdu 30 millions d'hectares entre 1961 et 2003. En France, quelque 5,1 millions d'hectares ont été soustraits à l'agriculture entre 1960 et 2007, soit 14,8 % de la superficie initiale. Depuis 2006, la perte de foncier agricole atteint 86.000 ha par an (soit l'équivalent d'un département tous les sept ans).

« À ce rythme, en 2050, la surface agricole naturelle [en France] reculerait de 3,4 millions d'hectares, soit 12 % de la surface occupée actuellement par les exploitations (20 % des terres arables), et même un pourcentage supérieur en termes de potentiel agricole. En effet, les surfaces concernées sont souvent les plus productives agronomiquement ; les sols de très bonne qualité agronomique représentent déjà un tiers des surfaces artificialisées. Et par ailleurs, il devrait s'agir des terres les mieux dotées en réserves utiles en eau », souligne le rapport.

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B.Co.