L’association Férus s’insurge, dans un communiqué du 5 août 2019, sur le fait que « les opposants à l’ours et les services de l’État relaient précipitamment des chiffres erronés ». Elle sous-entend que les éleveurs chargeraient « la bête » alors que l’État « s’imagine acheter une forme de paix sociale quand en réalité, c’est la fuite en avant vers toujours plus d’outrance que l’on obtient ».

Pas de trace, pas d’indemnisation

La bataille des chiffres continue donc et cela pèse sur le moral des éleveurs qui subissent toujours plus de prédation. « Les animaux dévorés dont on ne retrouve pas la trace ne sont pas indemnisés, signale aussi Olivier Maurin de la Fédération nationale du pastoralisme. Et si ces animaux étaient comptabilisés, cela gonflerait les dégâts de façon importante. Quant au dérochement, lorsque la responsabilité de l’ours est avérée, la présence du plantigrade a été signalée avec certitude dans la zone au moment de l’événement », ajoutant qu’un dérochement peut conduire une exploitation à la ruine.

Les désaccords sur les chiffres valent aussi pour la prédation du loup. Pour ce prédateur, Michel Meuret directeur de recherches à l’Inra, en a « recontextualisé » quelques-uns le 14 mars 2019 lors du Grand angle ovin à Paris. « Selon les experts internationaux de la conservation des loups qui s’adressaient en août 2018 au Parlement européen, la France détiendrait le record d’Europe du nombre d’animaux prédatés en élevage, a-t-il déclaré. Et pourtant la France est aussi le pays d’Europe ayant mis en place les mesures de protection des troupeaux parmi les plus élaborées. » Autre chiffre saisissant cité par le chercheur, celui du nombre de meutes. En mars 2018, dans le sud de la France, 72 meutes étaient recensées, soit autant que dans le parc du Yellowstone.

M.-F. M.