« J’ai vu un animal qui poursuivait deux brebis en voulant les choper à la gorge » raconte Brigitte Muret, exploitante dans le Larzac. Elle était alors en train de garder ses brebis laitières dans la matinée du 2 juin, suite à deux attaques sur le troupeau fin mai. « Ensuite les deux brebis sont revenues vers le troupeau qui était rassemblé autour de moi, j’ai essayé de gesticuler mais il était dans sa chasse, il ne me voyait pas » poursuit l’agricultrice.

Lorsque le troupeau se met à courir, Brigitte Muret le suit, mais se fait vite dépasser et se retrouve entre les brebis et le loup. « J’avais en tête les cadavres des brebis qu’on avait retrouvés, j’ai vraiment flippé » témoigne-t-elle. « J’ai hurlé et à un moment il a capté mes cris et il s’est arrêté, il m’a regardé 15 secondes avant de repartir presque en marchant » explique l’exploitante.

« Un loup, c’était évident »

Pour elle, pas de doute sur la nature du prédateur qui était « haut sur patte », « gris clair » et surtout « dans l’attitude ». « Sur le coup, je me suis même pas posé la question de savoir si c’était un loup ou un chien tellement c’était évident » se rappelle Brigitte Muret. « J’ai eu le sentiment d’un animal qui ne craignait pas l’homme parce qu’il n’avait jamais été dérangé » ajoute-t-elle.

« Maintenant je prends une corne de brume »

Après l’attaque, l’agricultrice s’est astreinte à retourner surveiller le troupeau. « Le soir je me suis dit, il faut aller garder sinon tu n’iras plus jamais, au début quelqu’un venait avec mois et on mettait les animaux dans une parcelle ou je pouvais faire rentrer la voiture. Maintenant, je prends une corne de brume pour l’effrayer ça me rassure » témoigne Brigitte Muret.

« C’est une drôle de façon de commencer »

Le couple Muret est installé sur l’exploitation depuis 2000. « Ici, les troupeaux ne sont pas gardés. On n’avait eu qu’une attaque avérée en 2015 avant celle des 19 et 27 mai et du 2 juin » décrit l’agricultrice.

Après les premières attaques fin mai, les exploitants ont décidé de ne plus sortir les bêtes la nuit, même lorsqu’il fait trop chaud pour pâturer la journée.

« On le sort le matin entre 8 h et 11 h et le soir entre 18 h et 22 h, je n’ai plus le temps de voir mes enfants et mes petits-enfants, ni de tenir mon rôle de conseillère municipale » s’énerve Brigitte Muret. « On est en train d’installer notre fils avec un troupeau viande qui vient d’arriver, c’est une drôle de façon de commencer » s’interroge-t-elle.

Tanguy DhelinJournaliste Web