L’hydrogène offre de belles perspectives pour la transition écologique de l’industrie, des transports et de l’agriculture. Les deux premiers sont représentés dans le Conseil national de l’hydrogène présenté ce 11 janvier 2021.

L’agriculture apparaît comme la grande oubliée alors qu’elle a un potentiel important de production et de consommation. Ce comité sera chargé de la mise en œuvre de sa stratégie de décarbonation et de développement de cette énergie en France.

Production sur les fermes

Sa composition a été présentée ce lundi 11 janvier par quatre ministres et orientera le développement d’une filière dans laquelle le gouvernement a prévu d’investir 7 milliards d’euros d’ici à 2030.

Ce conseil est constitué de seize industriels des secteurs de l’énergie, de la métallurgie, de l’automobile, de l’aéronautique, du ferroviaire et de la construction. Aucun d’entre eux ne semble lié de près ou de loin au secteur agricole.

L’agriculture est pourtant stratégique dans le développement de cette filière. Le bilan carbone de l’hydrogène n’est avantageux que lorsqu’il est produit à partir d’énergies renouvelables (EnR) par électrolyse de l’eau. Cela constitue un moyen de stocker l’énergie et de compenser l’intermittence du photovoltaïque ou de l’éolien par exemple.

Or, 20 % des énergies renouvelables sont issues du secteur agricole aujourd’hui en France d’après l’Agence de la transition écologique (Ademe). Une production d’hydrogène directement sur les fermes serait tout à fait envisageable et limiterait les pertes dues au transport de l’énergie.

Consommation d’hydrogène par l’agriculture

De plus, la plupart des technologies applicables au secteur des transports le sont aussi au machinisme agricole. Voilà d’ailleurs onze ans qu’un prototype de tracteur utilisant cette énergie, le NH2, a été présenté par New Holland au Sima 2009. Celui-ci était conçu à partir d’éléments hérités de la Fiat Panda à hydrogène.

La fabrication d’engrais azotés est également un poste important de consommation d’hydrogène, aux côtés de la métallurgie et de la raffinerie.

Quatre ministères impliqués

L’installation du Conseil national de l’hydrogène a été annoncée conjointement par Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, et Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée en charge de l’Industrie. Aucun représentant du ministère de l’Agriculture donc.

Le Conseil national de l’hydrogène devrait se réunir pour la première fois en janvier autour de trois axes définis par le gouvernement :

  • Faire émerger une filière française forte de l’hydrogène pour la décarbonation de l’industrie ;
  • Développer les mobilités lourdes à l’hydrogène ;
  • Soutenir la recherche, l’innovation et le développement des compétences.

Une énergie actuellement loin d’être décarbonée

Cédric Philibert, ancien analyste à l’AIE (1), exprimait en 2018 qu’« avant de devenir — peut-être — l’énergie propre du futur, l’hydrogène est une énergie sale du présent ». Les 920 000 tonnes consommées par an en France sont produites essentiellement par vaporeformage de méthane fossile. La technique serait responsable de 2,5 % des émissions totales mondiales de dioxyde de carbone, soit l’équivalent du trafic aérien.

Gildas Baron

(1) AIE : Agence internationale de l’énergie.