Êtes-vous un spectateur régulier d’Envoyé Spécial ?

Je regardais avant, mais ce genre d’émission à charge ne m’intéresse plus. Il n’y a pas de contradicteur, et on grossit les traits. Ça ne veut pas dire qu’il n’y ait pas une part de vérité, mais ça nourrit de fausses idées.

Par exemple, en bio aussi nous utilisons des traitements, et nous sommes nous aussi concernés par les ZNT et les arrêtés municipaux. Mais c’est normal d’apporter du soin à ses plantes, de les soigner, de les observer, en bio, comme en conventionnel.

Si vous aviez été réalisateur de cette émission, qu’auriez-vous souhaité montrer ?

On aurait pu aller dans des zones périurbaines, avec une jolie vigne bio au milieu des champs. C’est joli la vigne, ça plaît aux gens. Pourtant, avec les ZNT, si des maisons se trouvent à côté, il faudra arracher un ou deux rangs de chaque côté, et si la parcelle est petite, il ne restera plus rien. Ça aurait été un bon exemple, pour montrer que bio comme non bio sont concernés, et pour interroger la logique de ce système.

Quel regard portez-vous sur vos collègues en conventionnel ?

Depuis vingt ans, je vois des évolutions de pratiques chez tous mes collègues. Bien sûr, il y a les innovateurs, ceux qui vont très vite, et les autres, mais il y a un grand mouvement sur le long terme. Les agriculteurs aujourd’hui regardent beaucoup plus comment la nature peut être un auxiliaire.

S’il y a un problème avec l’environnement, il faut que l’ensemble des agriculteurs fassent évoluer leurs pratiques. Mais ce n’est pas en imposant du bio qu’on fera quoi que ce soit. Parce qu’aujourd’hui, on n’aurait pas les marchés pour absorber tout ce bio. Et je ne suis pas sûr que sur ce point le consommateur soit toujours cohérent.

Mais ce n’est pas en imposant du bio qu’on fera quoi que ce soit.Olivier Lebert, éleveur et céréalier bio dans la Sarthe

Pourquoi avez-vous converti votre exploitation au bio ?

On a de l’élevage (80 vaches laitières, NDLR) et des cultures (80 ha de céréales, NDLR), et les applications de phytos étaient devenues trop complexes, avec les restrictions sur la météo et les horaires. Le passage en bio a été une forme de simplification.

Les gens nous disent souvent « Vous, vous n’êtes pas comme les autres ». Mais je n’ai pas la vérité, et personne ne l’a aujourd’hui ! J’ai beau chercher les articles, je ne vois rien d’exceptionnel, et personne n’a les bons chiffres.

D’ailleurs si je suis avec un collègue bio qui croit avoir la solution à tout, je lui montre toujours ses limites. Tout comme j’interpelle les personnes en conventionnel sur les traitements que je ne juge pas nécessaires.

L’agribashing est-il une réalité selon vous ?

Je fais des marchés, des salons, je suis en contact avec plein de gens et je trouve que, contrairement à ce qu’on peut ressentir dans ce genre d’émission, les gens sont très intéressés par nos explications sur nos pratiques, en bio comme en conventionnel, et il n’y a pas tant d’extrémistes.

Ceci dit, je pense que nous avons perdu la guerre de la communication sur le plan médiatique. Je suis effaré de voir que tout le monde est sûr de tout, que tout le monde sait tout, quand il y a si peu de données. Mais la peur fait toujours réagir les gens, parce que personne n’a envie de s’empoisonner.

Que conseillez-vous à vos collègues ce soir, à la place de regarder cette émission ?

Profitez de votre famille, ouvrez une bonne bouteille d’un producteur près de chez vous, avec de la bonne charcuterie du boucher ou du bon fromage fermier. Profitez de notre bonne gastronomie française plutôt que de vous gâcher le moral !

Propos recueillis par Ivan Logvenoff