Une soixantaine de médecins de la Corrèze auraient déjà signé une pétition qui circule dans les cabinets médicaux de ce département rural, demandant de tenir compte de l'exposition des populations aux pesticides, selon une information de l'association Allassac ONGF (Oeuvrons pour la nature et les générations futures), rapporte France 3 Limousin sur son site internet.

Cette initiative intervient à quelques jours de la prochaine semaine pour les alternatives aux pesticides qui se déroulera du 20 au 30 mars 2013.

« Médecins, nous avons choisi le cadre de la semaine pour les alternatives aux pesticides afin de mettre en avant la dimension sanitaire dans ce débat. [...] Nous tenons à préciser que nous ne cherchons pas à montrer du doigt une profession, mais que chacun doit prendre ses responsabilités. A nous d'assumer les nôtres en alertant sur les dangers de ces produits, particulièrement pour certaines catégories de la population (ceux qui y sont le plus exposés, ainsi que les femmes enceintes et les enfants). Car des liens sont établis en milieu professionnel entre l'utilisation de pesticides et certaines pathologies » comme les cancers (« hémopathies malignes lymphoïdes », des « tumeurs cérébrales » et des cancers « hormono-dépendants » qui affectent la prostate, les seins, les testicules, ou les ovaires), les troubles neurologiques (Parkinson).

Les médecins pointent aussi les conséquences chez les enfants de « l'utilisation domestique de pesticides, notamment d'insecticides domestiques, par la mère pendant la grossesse et pendant l'enfance ». Selon eux, elle a été « régulièrement associée aux leucémies et, à un moindre degré, aux tumeurs cérébrales ».

« Si peu d'études ont porté sur l'ensemble de la population et les riverains, plusieurs montrent toutefois que des expositions environnementales sont susceptibles de causer des cancers et des maladies de Parkinson », préviennent les médecins signataires de la pétition. « Or, et personne ne le conteste, l'imprégnation de la population est générale : les pesticides ont largement contaminé l'environnement, aussi bien les eaux de surface que les eaux de pluie, aussi bien les sols que nos organismes », alerte la pétition.

Le texte souligne que « 90 % de la population française est contaminée par les organophosphorés », et « plus préoccupant, dans la cohorte PELAGIE en Bretagne, seul 1,6 % des échantillons d'urine de femmes enceintes ne contient pas de trace des pesticides recherchés ».

Pour ces médecins, l'imprégnation à « faibles doses » dans la population générale « n'est pas rassurante pour autant », car « de nombreux pesticides sont des perturbateurs endocriniens ». Ces substances chimiques sont « soupçonnées d'être l'une des causes de la recrudescence de certains troubles » comme l'infertilité, les cancers hormonodépendants ou encore l'obésité, font-ils valoir. « Leurs effets ne dépendent pas de la dose, mais de la période d'exposition », ils « s'ajoutent à ceux d'autres substances (effet cocktail) » et « ils sont susceptibles d'être transgénérationnels ».

Les médecins signataires de ce texte se déclarent solidaires des demandes d'interdiction des épandages aériens, et des mesures de réduction des risques vis-à-vis des populations vivant à proximité des cultures à forte utilisation de pesticides et vis-à-vis des agriculteurs, ils soutiennent les collectivités territoriales signataires de la charte zéro pesticide et toutes les initiatives qui permettront une transition vers des filières agricoles n'utilisant pas de pesticides (NDLR : si l'on prend cette phrase à la lettre, ça concernerait aussi les produits phyto autorisés en bio, ce que dément la suite du paragraphe dans la pétition, mais cela révèle une fois de plus l'amalgame général du grand public, y compris de certains médecins, sur l'anglicisme « pesticides »).

Enfin, les médecins signataires se disent « solidaires de tous les projets de transition de l'agriculture qui se proposent de stopper et d'inverser le processus de concentration des exploitations et d'y favoriser de manière significative l'accroissement de l'emploi agricole, condition incontournable d'une diminution réellement globale de l'utilisation des pesticides ».

Ils demandent à ce que la Région Limousin « s'engage résolument vers l'objectif d'une réduction de 50 % des pesticides à l'horizon de 2020 ».

Téléchargez la pétitionici.