« Selon l’indice d’évolution des pesticides dans les cours d’eau (1), les teneurs baissent légèrement, d’environ 10 %, entre 2008 et 2013 en France métropolitaine ». C’est ce qu’on peut lire dans la dernière publication relative à l’état de l’eau en France, publiée par le ministère de l’Environnement le 6 septembre dernier.

Du mieux à la faveur d’une météo clémente…

La diminution sur les cinq années prises en compte est cependant « concentrée sur les deux premières années, l’indice étant plutôt stable par la suite, malgré une remontée en 2012 ». Les variations interannuelles s’expliquent notamment par la pluviométrie.

Si l’indice a diminué en 2009 et 2010, années plutôt sèches, le rapport du ministère note une augmentation de celui-ci pendant l’été pluvieux de 2011, marqué par un recours accru aux insecticides et herbicides. L’augmentation de l’indice en 2012 serait, elle, liée à un printemps pluvieux, notamment dans le Sud-Ouest où l’utilisation d’herbicides (acétochlore et métolachlore) a augmenté.

… et des interdictions de substances actives

La diminution de l’indice pour les pesticides interdits avant 2008 est de 10 points, contre 20 points pour ceux interdits pendant la période 2008-2013.

La diminution concerne notamment le diuron et l’atrazine, deux herbicides interdits en France depuis 2003. Le rapport note que « le retrait du diuron a été le plus efficace en matière d’impact dans les cours d’eau ». Cet herbicide, utilisé en agriculture comme dans les zones non agricoles (voiries notamment), est passé du deuxième au dix-septième rang des pesticides les plus présents dans les cours d’eau pendant la période 2007-2013. Au contraire, l’atrazine, fait, elle, « partie tous les ans, avec ses principaux résidus, des dix pesticides les plus présents dans les cours d’eau ».

L’acétochlore, interdit en 2013, est lui aussi en baisse dans les cours d’eau.

Des disparités géographiques…

Des différences sont enregistrées par bassin versant. Dans le Nord et à l’Est (2), la tendance est globalement à la baisse. Selon le rapport, cela s’explique notamment par la diminution des teneurs en heptachlore en début de période. Cet insecticide, interdit depuis 1992, pèse lourdement dans l’indice de teneur en pesticide. En effet, l’indice est pondéré par le risque environnemental que la substance représente pour la faune et la flore aquatique, et l’heptachlore est « fortement écotoxique ».

En revanche, dans le Sud-Ouest (bassin Adour-Garonne) la tendance est plutôt à la hausse avec notamment une augmentation des teneurs de 2 herbicides utilisés en zone maïsicole (acétochlore et métolachlore) en 2 012 (+8 %).

Enfin, dans le Nord-Ouest (bassin Loire-Bretagne), l’évolution est moins nette car « des secteurs en hausse marquée côtoient d’autres secteurs en baisse ». Les teneurs en diuron (interdit en 2003) y diminuent mais « il est remplacé par d’autres herbicides comme le diflufenicanil ou l’acétochlore notamment ».

… et en fonction des usages

Les herbicides, avec une contribution à hauteur de 60 à 70 % dans l’indice global, « sont les plus influents ». Comme celui des fongicides, leur indice s’est stabilisé à la fin de la période 2008-2013. En revanche, l’indice des insecticides, qui diminuait plus fortement sur la période (plutôt 15 % que 10 %), a légèrement augmenté en 2013. La « présence du néonicotinoïde imidaclopride dans les cours d’eau » explique cette hausse, précise le rapport.

A. Cas.

(1) L’indice est fondé sur un calcul qui tient compte des teneurs en pesticides dans les cours d’eau (cumul des concentrations moyennes annuelles) pondérées par le seuil d’écotoxicité de chaque pesticide pour les algues, daphnies et poissons. En France métropolitaine, 2388 points de mesure et de 313 pesticides sont pris en compte dans le calcul.

(2) Bassins Artois-Picardie, Rhin-Meuse, Seine-Normandie et Rhône-Méditerranée-Corse.