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  • Interprétation de l’oeuvre « La Sainte famille » de Raphaël (1518), par des étudiants en terminale de bac professionnel du lycée breton La Touche à Ploërmel . © Xavier Courchinoux

  • Interpétation de « L’adoration des mages » de Diego Velazquez (1619). © Xavier Courchinoux

  • Interprétation du « Couronnement de la Vierge » de Diego Velasquez (1641-1644) . © Xavier Courchinoux

  • Interprétation de « L’Adoration des bergers » de l’Italien Domenico Ghirlandaio (1485). © Xavier Courchinoux

  • Interpétation de « L’allocution d’Alphonse d’Avalos » du Titien (1540-1541). © Xavier Courchinoux

  • Interprétation de « L’Adoration des bergers » d’Agnolo Bronzino (1539). © Xavier Courchinoux

  • Interprétation du « Martyre des franciscains japonais » de Juan Carreno de Miranda (XVIIe siècle). © Xavier Courchinoux

  • Interprétation de « La Sainte famille » de Lorenzo Lotto (1536). © Xavier Courchinoux

« Pourquoi ne pas faire de l’agriloving pour contrecarrer l’agribashing ? » s’interroge Fabrice Tanguy, enseignant d’éducation socioculturelle au lycée agricole La Touche, à Ploërmel, dans le Morbihan. C’est en tout cas la mission qu’il s’est donnée pour aider ses élèves à grandir au sein d’une société qui ne leur fait pas toujours des cadeaux. Et c’est à travers l’art que ce passionné de théâtre et d’histoire de l’art guide ses lycéens.

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Faire de l’« artgriculture » contre l’agribashing

Fabrice Tanguy travaille depuis 1995 à la mise en place de projets artistiques pour ses élèves du lycée La Touche. « En première année, on les initie à la communication, au traitement de l’image et des médias. Et quand je les retrouve en terminale, je leur dis : “Vous serez acteurs et vous allez mener un projet”! » explique-t-il.

Une manière, selon lui, de les aider à se positionner face aux autres, à prendre confiance en eux, à s’affirmer. Des atouts qui leur serviront en tant qu’exploitant agricole et notamment dans ce contexte actuel d’agribashing. « Les étudiants m’en parlent, ça les blesse, ça les touche, déplore-t-il. Alors plutôt que de se fâcher, pourquoi ne pas créer “l’artgriculture” à travers de beaux projets ? »

C’est donc avec sa classe de vingt-sept lycéens en terminale de bac professionnel conduite et gestion de l’entreprise agricole (CGEA), spécialité lait, porc, volaille ou équin, que Fabrice Tanguy se lance un nouveau défi. Cette année, ils leur demandent de recréer une peinture religieuse ou historique en lien avec l’agriculture en se mettant en scène avec des accessoires.

Des fourches ou des fers à cheval en guise d’épées ou de crucifix

Les étudiants sortent tout juste d’une semaine consacrée entièrement à leur projet socioculturel. Du lundi 4 au vendredi 8 octobre 2021, le lycée agricole leur a offert une parenthèse dans leur cycle d’apprentissage agricole.

« Tous les ans, on voyait les projets des terminales et ça nous donnait envie, réagit Chloë Simon, une élève. Là, c’est enfin à notre tour et on est tous heureux d’y participer. » Étudiante de 17 ans en spécialité lait, elle raconte : « On part chacun d’une image qu’on a sélectionnée au début de l’année et on apporte des accessoires de la ferme du lycée pour remplacer ce qu’on n’a pas sous la main. »

Avec trois de ses camarades de classe, Chloë a choisi « L’adoration des bergers », une œuvre de 1485 de l’Italien Domenico Ghirlandaio. « À la place de la mangeoire, on a apporté du foin », détaille-t-elle. Et l’enfant, au centre, a été remplacé par des accessoires de la filière équine.

« On a pris les photos dans le lycée, donc on n’avait pas le droit d’amener des animaux. Mais au printemps, on en reprendra en plein air et là, ça sera possible ! » s’enthousiasme l’étudiante, fière de ce travail collectif.

« L’art est dans le pré a solidifié le groupe »

« Les exercices de relaxation nous apprennent à mieux nous concentrer et c’est bien pour ceux qui ont du mal, ça les aide. Le théâtre nous permet aussi de savoir nous déplacer au sein d’un groupe, de nous placer par rapport aux autres. Ça a solidifié le groupe », juge encore Chloë.

« Les étudiants pensent souvent que l’art est réservé à un autre public qu’eux, affirme Fabrice Tanguy. Moins rural, plus citadin. C’est évidemment faux et ce nouveau projet va les aider à s’y intéresser de près et à être fiers de présenter leur création aux yeux de tous. »

Car la finalité de ce projet intitulé « L’art est dans le pré » est de présenter au public les huit images au printemps 2022. « Les œuvres seront exposées dans un champ aux côtés des peintures initiales », poursuit-il.

« Il y aura la photo prise dans le lycée en intérieur et la photo finale prise en extérieur », ajoute-t-il. Le tout, grâce à la collaboration de Xavier Courchinoux, photographe-éclairagiste professionnel. Le rendez-vous est pris.

Oriane Dieulot