« La Chine a beaucoup d’argent. […] Après une purge des élevages familiaux, le pays envisage une production hypersophistiquée avec d’importants gains de productivité. Il ne faut pas l’enterrer trop vite », avance Philippe Gréau, consultant chez Olmix, lors d’une conférence organisée par Abcis (1) le mercredi 11 septembre 2019 au Space à Rennes. « En 2015, 22 grands groupes agro-industriels possédaient 5,2 % du cheptel porcin. À moyen terme, on peut s’attendre à ce qu’ils détiennent 80 % du cheptel. »

Dans l’empire du Milieu, le cours du porc vif a progressé de 88 % de janvier à juillet 2019, à mesure que la peste porcine africaine se propage et décime les cheptels. « Le kilo de carcasse atteint désormais 4,37 en moyenne, rapporte Jian Huang, expert de l’Institut technique du porc (Ifip) en Chine. Les écarts sont importants selon les provinces, dans lesquelles il peut atteindre 6,40. »

Salariés d’élevage en quarantaine

Si les 67 % d’élevages familiaux ne comptant que quelques animaux « n’ont pas pris conscience des enjeux de la biosécurité », les ateliers de plusieurs milliers de truies emploient les grands moyens pour éviter leur contamination. « Les salariés sont placés en quarantaine pendant six jours. Des prélèvements sont réalisés sur leurs affaires, leurs mains et même sous leurs ongles, rapporte Philippe Gréau. Une fois passée cette période d’isolement, ils restent à l’intérieur de l’élevage pendant deux mois, sans pouvoir en sortir. »

De nouvelles technologies sont également en développement pour limiter le contact humain avec les animaux. « Il existe des robots pour transporter les porcelets à l’intérieur des bâtiments. On fait même de la reconnaissance faciale sur les animaux. […] Avec un prix du porc à plus de 4 €/kg de carcasse et un coût de production moyen de 1,50 €/kg, ces grands ateliers ont des moyens conséquents pour développer la biosécurité ».

La crise reste profonde

Pour autant, la peste porcine africaine continue de décimer les cheptels à travers le pays. « En 2019, la production de porc est attendue en baisse de 13 % sur un an. En 2020, elle pourrait chuter de 30 % par rapport à 2018 », indique Jan-Peter Van Verneij, économiste à l’Ifip.

Face aux difficultés de repeuplement des ateliers en raison de la persistance du virus, certains élevages se tournent vers la production de volailles. « Ce sont dans la plupart des cas des bâtiments à l’air libre, précise Philippe Gréau. Or le pays a vécu une crise majeure liée à la grippe aviaire il y a deux ans, faisant plusieurs centaines de morts. Dans certains cas, les porcs et volailles cohabitent. On pourrait aller vers un important problème de santé humaine. »

V. Gu.

(1) Société de services créée par l’Ifip, l’Institut de l’élevage (Idele) et l’Institut technique de l’aviculture (Itavi).