« Je veux dire très clairement ce matin, qu’il y a une souffrance dans le monde agricole », reconnaît Didier Guillaume sur l’antenne de France Info ce 19 août 2019. Les deux journalistes viennent de lui demander de réagir aux actions qui ont eu lieu contre des permanences parlementaires après l’adoption du Ceta par l’Assemblée nationale. « Là encore, j’en ai marre, je n’en peux plus, de tous ces gens qui stigmatisent et qui montrent les agriculteurs du doigt », insiste le ministre.

Je n’en peux plus, de tous ces gens qui stigmatisent et qui montrent les agriculteurs du doigt.Didier Guillaume, le 19 août 2019 sur l’antenne de France Info.

« Les agriculteurs ne sont pas des empoisonneurs, poursuit-il. Ce ne sont pas des pollueurs. Ce sont des gens qui souffrent, ce sont des gens qui ne gagnent pas leur vie. Et c’est ça le vrai problème. Ils travaillent sept jours sur sept, pour gagner 400 euros, 500 euros par mois. Et ils font une alimentation qui est une des plus enviée en Europe, une alimentation qui est sûre, qui est saine, qui est durable. »

Pas de nouvelles annonces pour la sécheresse

Concernant la sécheresse, Didier Guillaume n’annonce rien de nouveau. Il explique juste que « dès le mois d’avril, je me suis aperçu qu’il se passait des choses. Nous avons beaucoup travaillé avec les syndicats. Nous avons pris des mesures, des mesures qui n’avaient jamais été prises jusqu’alors sur la sécheresse. Nous avons obtenu de l’Union européenne le droit de faucher des jachères […] afin qu’on puisse donner de la nourriture pour les animaux. »

Le ministre évoque « une [autre] aide, certes une avance de 1 milliard d’euros. En octobre, les éleveurs vont toucher un milliard d’euros de plus d’aides […]. Et puis, il faut travailler sur la pérennité avec l’eau, comment arriver à capter l’eau afin de pouvoir arroser, irriguer. » Le ministre n’a en revanche rien dit sur le report de cotisation MSA ou l’exonération de TFNB (1) annoncé le 9 août. Pas sûr que cela suffise pour calmer les inquiétudes des agriculteurs.

Intangible que le Ceta

Sur le Ceta, sa position ne varie pas d’un iota. Et en particulier au sujet les actions conduites contre les permanences parlementaires. « On demande beaucoup aux agriculteurs, reprend Didier Guillaume. Beaucoup, beaucoup, beaucoup… Et moi, je peux comprendre qu’ils soient en colère. Par contre, je ne peux pas accepter que l’on attaque des permanences, je ne peux pas accepter que l’on mette en cause le vote de députés. »

Les craintes de la filière bovine par rapport au Ceta, Didier Guillaume les balaie d’un revers de manche. « Aujourd’hui, ce que je veux réaffirmer, c’est que nous sommes pour les accords internationaux, les accords économiques. On ne peut pas vivre sur une île déserte. L’Europe est un nain dans le monde. C’est ce qu’est en train de faire le président de la République en ce moment avec les partenaires européens, de faire en sorte que l’Europe existe. »

Seule concession que le ministre veut bien faire : des contrôles pour ne pas « importer une agriculture dont nous ne voudrions pas en France et en Europe ». Et d’enfoncer le clou : « mais sur le Ceta en tant que tel, moi, ce que je veux dire, c’est essayer de rassurer. Dans d’autres secteurs comme le fromage, comme le lait, comme les vins et spiritueux, c’est un accord qui est très positif économiquement. »

« Le vrai problème est […] le Mercosur »

Et même s’il promet de « surveiller [le traité avec le Canada] comme le lait sur le feu », les arguments du ministre sont toujours les mêmes : le Ceta « est en application depuis deux ans. Et ça n’a pas déstabilisé les choses. Le vrai problème est que parallèlement il y a eu le Ceta et le traité avec le Mercosur. Et que les agriculteurs sont légitimement inquiets avec l’accord avec l’Amérique latine. » Bien pratique, cet accord avec le Mercosur pour faire diversion.

« L’inquiétude vient surtout des éleveurs de bovins qui souffrent beaucoup de la sécheresse. […] Leur crainte, c’est qu’ils perdent des parts de marché et […] encore plus de l’argent. Or, aujourd’hui, les vrais concurrents de la viande bovine française, ce n’est pas le Canada, mais l’Europe. Mon objectif, c’est d’essayer de convaincre les éleveurs français de s’organiser et de faire en sorte que cela puisse être une force, pas forcément le Ceta, pour eux. »

E.R.

(1) Taxe foncière sur les propriétés non bâties.