La Pac paraît sauvegardée, mais sa renégociation, qui entre cet été dans le vif du sujet, s'engage « sans objectifs clairs », notamment sur son « verdissement », estime un tout récent rapport de l'IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales – Sciences Po).

« La libéralisation – au coeur des réformes depuis 1992 – bat de l'aile (tandis que) la régulation est encore trop floue et contestée pour reprendre la main. Le verdissement, appelé à changer d'échelle avec une refondation autour des bien publics, se retrouve affaibli par l'échec de cette dernière. Enfin, le duo souveraineté-sécurité alimentaire divise toujours autant », indique le rapport.

« Sur ces trois sujets, la communication de la Commission (en novembre 2010) ne tranche pas, saupoudrant de-ci de-là afin de satisfaire un peu tout le monde. Toutes les idées sont reprises, à l'exception de la contractualisation. [...] C'est ainsi sans objectifs clairs que va s'ouvrir le débat sur les instruments de la politique (à l'été de 2011) et sur son budget (au printemps de 2011) », fait valoir le document de l'Iddri.

« La stratégie poursuivie par la France depuis 2008, tâchant de convaincre sur le fond pour sauvegarder des fonds, a accouché d'un consensus mou rendant d'autant plus importantes les phases suivantes des discussions. »

Conclusion : « Rien n'est joué à l'heure actuelle, et le chemin à parcourir avant d'aboutir à la Pac de l'après 2013 est encore long. »

Le verdissement des aides Pac, au coeur de la communication de la Commission, « divise toujours autant ». Selon l'Iddri, le « verdissement limité connu par la Pac à partir de 1999 » était né de la coalition de trois types d'acteurs, mus par des approches différentes : rendre la Pac compatible avec l'OMC, relégitimer les aides Pac auprès des citoyens, favoriser le respect de l'environnement. « Cette coalition se fissure aujourd'hui, et, si un discours vert stratégique s'est développé, il n'a pas été repris par les agriculteurs conventionnels, exception faite du Conseil européen des jeunes agriculteurs (Ceja) ».

L'Iddri constate que « le spectre d'une réduction draconienne du budget de la Pac s'éloigne », d'autant que, « renforcé », « le Parlement européen se réveille, au sortir des crises alimentaires et financières, beaucoup plus enclin à financer la Pac ».

Cela étant, les observateurs s'interrogent sur son attitude à l'avenir : si ses liens avec les ONG pourraient le porter à devenir un porte-parole de la société civile, d'autres misent sur son évolution, à l'américaine, vers un « monolithe pro-agriculteurs ». Autre constat, « la position commune franco-allemande marque le début, et non la fin, des débats législatifs de la réforme Pac 2013 ».

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B.Co.