L'agriculture peut contribuer à ralentir le changement climatique, mais elle devra s'adapter aux effets du réchauffement, et en atténuer l'impact, ont déclaré les députés européens de la commission de l'agriculture, ainsi que des experts, lors d'une audition publique à Bruxelles, mercredi.

Le député socialiste français Stéphane Le Foll y présentait son projet de rapport sur l'agriculture de l'UE et le changement climatique, qui doit être voté en commission le 17 mars avant de passer devant l'assemblée plénière en juillet.

Stéphane Le Foll, qui milite pour une nouvelle « politique agricole, alimentaire et environnementale » qui fusionnerait les deux piliers actuels de la Pac, estime que « l'agriculture peut fournir des solutions pour l'avenir », étant donné son lien direct avec la terre et les êtres vivants. Il précise que pour cela une nouvelle Pac en tant que « gestionnaire de la biosphère » est nécessaire : elle pourrait garantir la transition vers un nouveau modèle de production « écologiquement, économiquement et socialement efficace de l'agriculture ».

Selon le rapport, la future Pac peut contribuer à atténuer l'impact du réchauffement global en limitant l'émission de ses gaz à effet de serre (GES), en favorisant le stockage du carbone dans le sol et en promouvant la production d'énergies durables et renouvelables.

Pour Donald Reicosky, expert en science du sol auprès du ministère de l'Agriculture des États-Unis, « la limitation de la perturbation des sols et l'amélioration du système de culture » sont les premières étapes à suivre afin de concilier l'agriculture et l'environnement – agriculture qu'il qualifie de « conservation ».

D. Reicosky a expliqué que la captation du carbone dans le sol peut fournir plusieurs occasions d'améliorer l'écosystème : le carbone dans le sol augmente la capacité de rétention d'eau et il peut réduire l'érosion, la pollution atmosphérique, les apports d'engrais et il facilite l'élimination des résidus de culture.

« Davantage de soutien aux projets de développement rural »

Parmi les députés des voix se sont élevées pour demander que la Pac se concentre « sur le maintien des traditions agricoles », et qu'elle demeure « aussi forte » que dans le passé. D'autres ont souligné « la nécessité d'accorder davantage de soutien aux projets de développement rural » définis dans le deuxième pilier.

« Partout en Europe, les forêts et les mesures agro-environnementales au sein du deuxième pilier de la Pac apportent déjà une contribution substantielle à l'atténuation du changement climatique », a appuyé Rob Cooke, directeur de Natural England, un organisme consultatif du gouvernement britannique.

Bien que ces mesures ne soient pas les principaux outils de réduction des émissions de GES ou catalyseurs de la production d'énergie renouvelable, « les économies de carbone réalisées sont obtenues par des moyens qui assurent le respect des principes de durabilité », a-t-il précisé.

Pour Jan Verhagen, chercheur en agro-systèmes à l'Université de Wageningen (Pays-Bas), « l'intégration du changement climatique dans les plans et politiques agricoles est la voie à suivre ». Néanmoins, il a souligné, que les coûts d'adaptation et d'atténuation ne sont « pas toujours clairs ».

L'impact du changement climatique sur l'agriculture pourrait se traduire par des pénuries d'eau et de la sécheresse, de nouvelles maladies, du stress thermique pour les animaux et des risques liés à des événements météorologiques extrêmes, a déclaré Jerzy Maciej Sadowski, du groupe consultatif d'experts pour le programme de recherche de l'UE « Changement planétaire ».

Finalement, les députés s'accordent à dire que « la vraie question est de mieux gérer les ressources », et sans surprise, comme l'a avancé une représentante suédoise, ils estiment qu'« une combinaison de méthodes anciennes et modernes » dans notre agriculture représente la meilleure solution au réchauffement climatique.

B.V.