Des organisations françaises agricoles (Confédération paysanne), de solidarité internationale (CCFD, Peuples solidaires...), de développement durable, de protection de l'environnement (WWF, Fondation Nicolas Hulot...), ainsi que des mouvements ruraux se sont invités au débat sur l'avenir de la Pac.

Ensemble, au sein du « groupe Pac 2013 », elles ont élaboré des propositions qui renouvellent les approches sur la Pac, « en rétablissant des liens trop souvent séparés entre l'agriculture, l'alimentation, l'environnement et le développement rural ».

Lors d'une conférence de presse organisée jeudi à la Fondation Hulot à Paris, elles ne proposent rien de moins qu'une révolution agricole. Elles veulent une « agriculture artisanale », « plus diversifiée ». Deux exigences qui nécessitent du temps et de la main d'oeuvre. Elles proposent donc une agriculture mieux rémunérée et surtout, rémunérée pour les services qu'elle rend à la société civile et à l'environnement.

C'est sur cette base, pondérée par l'emploi, que le groupe Pac 2013 veut refonder les paiements directs. « C'est une étape nécessaire à leur relégitimation vis-à-vis de l'opinion publique. Ces paiements seraient plus équitables car rémunérant un service, ils soutiendraient uniquement une agriculture durable souvent plus intensive en emplois et favoriseraient le maintien d'un tissu rural nécessaire à la préservation d'agro-écosystèmes bénéfiques pour l'environnement », soutient Ambroise Mazal, chargé de mission au CCFD-Terre Solidaire, une organisation non gouvernementale catholique.

Marc Dufumier, membre de la Fondation Nicolas Hulot et professeur à AgroParisTech, a fait la promotion d'une agriculture durable qui contribue efficacement à la lutte contre le changement climatique et qui réponde aux défis environnementaux : « Une agriculture plus artisanale, plus proche des pratiques bio. »

« Les agriculteurs qui n'ont jamais voulu être subventionnés et assistés trouveraient une vraie reconnaissance pour leur travail », estime-t-il. « La Pac doit soutenir les modes de production qui favorisent simultanément la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l'autonomie énergétique des fermes, une meilleure gestion de l'eau, le maintien de la biodiversité et la fertilité des sols », détaille l'expert.

Le groupe Pac 2013 prône également le maintien des aides aux handicaps naturels, qui garantissent aussi la cohésion territoriale. Enfin, il souhaite mobiliser la future Pac pour peser sur les modes d'alimentation et mieux répondre aux attentes de la société civile en termes de qualité et d'accès à l'alimentation, de nutrition et de santé publique. « Elle doit aussi agir pour réduire le gaspillage alimentaire, souligne Marc Dufumier. La Pac doit en outre favoriser les circuits courts et accompagner l'intégration de nourriture de qualité, de saison et d'origine locale dans les restaurants collectifs. »

Le groupe Pac 2013 reconnaît qu'il faudra en passer par « une meilleure organisation des marchés agricoles pour réguler les prix à un niveau rémunérateur, incitatif et stable ». Sans prôner la fermeture des frontières, il estime que « l'agriculture européenne doit être tournée en priorité vers la satisfaction des besoins de son marché intérieur, ainsi que vers la production de produits à haute valeur ajoutée qui soient exportables sans aides publiques. Il appartient aux pouvoirs publics de continuer à jouer un rôle dans la limitation des risques de marchés et donc dans la maîtrise des volumes de production, avec des instruments appropriés qui régulent les prix et assurent des revenus agricoles plus équitables », déclare Samuel Féret, coordinateur du groupe Pac 2013.

Exporter des produits de qualité à haute valeur ajoutée plutôt que des produits exportables uniquement avec des subventions permettra aussi de rendre la Pac moins préjudiciable à la sécurité alimentaire des pays du Sud.

A visionner :

 Pac après 2013 : pour une révolution agricole (Marc Dufumier) 

 Pac après 2013 : Sauver l'environnement et l'agriculture (Groupe Pac 2013)

A.De.