Souriant, comme à son habitude, Antoine défile devant ses prim’holsteins et ses jersiaises. « L’élevage est-il en partie responsable de la déforestation ? Oui. Peut-on lutter contre ça ? Oui ! » Cette vidéo a été tournée dans le contexte du défi « On est prêt », lancé par une plateforme d’ONG, dont Réseau action climat.

« Je prévois mes vidéos, explique Antoine, depuis le début du mois de novembre. » De la préparation, il en faut pour relever ce challenge : publier une vidéo par jour afin d’expliquer les réponses concrètes d’un agriculteur contre le changement climatique. « J’en ai tourné déjà sept ou huit », poursuit Antoine, qui ne dévoilera pas tous les thèmes abordés afin mieux garder la surprise à ses abonnés.

Compter avant d’agir

« On est la seule activité à pouvoir stocker du carbone », s’enorgueillit Agriskippy. C’est un diagnostic carbone, proposé par la coopérative Sodiaal, qui lui a permis de mieux comprendre l’empreinte climat de son exploitation. « Ma principale piste d’amélioration, confie-t-il, c’est la méthode d’épandage. Je vais faire un essai de pendillards ou d’enfouisseur en février, pour éviter la production de protoxyde d’azote, dont le pouvoir réchauffant est très élevé. »

S’il veut participer à l’effort général, Antoine souligne que l’agriculture ne doit pas être le seul secteur à faire des efforts pour freiner le changement climatique. « Un aller-retour aux Maldives, dénonce-t-il, représente l’équivalent carbone de dix ans de consommation de lait pour une personne. »

« Il ne faut pas se voiler la face, insiste Antoine, si on retrouve des pesticides dans les eaux et dans les sols, c’est en partie de notre faute, celle des agriculteurs de la génération précédente, et de la mienne. » Un aveu qui l’incite, pour sa part, à poursuivre les efforts en matière d’environnement. « J’essaye de m’améliorer, explique-t-il, pour que mon métier soit le plus vertueux possible, en espérant que cela soit suivi par d’autres ».

Des efforts sur toute l’exploitation

Pour tenter de diminuer son empreinte, Antoine joue sur de nombreux leviers. L’alimentation des animaux fait une part plus grande à l’herbe, les bâches d’enrubannage sont recyclées, et il s’implique dans les cahiers des charges responsables développées par sa coopérative.

Le système de Cuma, utilisé par de nombreux autres exploitants, est également pour Antoine un moyen de diminuer ses émissions de carbone. « En mutualisant mon andaineur, détaille-t-il, le coût écologique de la fabrication est divisé par sept au lieu d’être uniquement affecté à mon exploitation. »

Aucun rôle majeur n’a encore été attribué aux phytos en matière de changement climatique, mais Antoine travaille sur ce volet-là aussi. « En partenariat avec l’agence de l’eau de l’Eure, on a découvert que l’un des pesticides utilisés sur le colza était fréquemment retrouvé dans les eaux, et on a donc modifié nos pratiques ».

Retrouver sa place dans la société par la communication

Antoine s’est engagé volontairement dans le défi « On est prêts », sans avoir été sollicité par la plateforme. « Après la campagne des coquelicots, c’était un moyen de montrer ce que je fais de bien. » Certaines structures engagées dans le défi portent des idées auxquelles il n’adhère pas, comme la fin de la consommation de viande, mais il ne s’en soucie pas : #OnEstPrêts est avant tout un moyen de porter un discours positif sur l’agriculture.

« C’est une initiative ouverte, rappelle Antoine, on peut en faire ce qu’on veut après tout. » Mieux vaut pour Agriskippy se faire une place dans des mouvements comme « On est prêts » avec des messages adaptés, au lieu de les dénoncer. Et il n’y a pas de petite contribution, 1, 100 ou 1 000 partages : chaque voix compte. « Tous les agriculteurs qui communiquent, estime Antoine, sont importants, parce qu’ils remettent l’agriculture dans la société. »

D’après ce communicant aguerri, les bonnes idées ne doivent pas rester secrètes, mais se faire connaître, afin de revaloriser le métier. « La plupart des Français nous aiment bien, s’enthousiasme-t-il. Il faut seulement leur donner des billes pour nous aimer encore mieux. »

Ivan Logvenoff