L'ambassadeur du Brésil à l'OMC, Clodoaldo Hugueney, a dénoncé mardi le «déséquilibre» entre les deux textes sur la table à l'OMC, sur l'agriculture et sur les produits industriels, défavorable selon lui aux pays en développement.

Ces deux textes devraient être révisés à la mi-novembre. «Si les textes sont déséquilibrés, ce sera la possibilité d'un échec et un échec définitif», a-t-il averti.

Si un compromis n'est pas trouvé avant la fin de l'année, «il sera difficile de maintenir la confiance dans la possibilité d'un accord». Les négociations sur la libéralisation du commerce mondial traversent une passe «extrêmement dangereuse», a-t-il ajouté.

Alors que les Etats-Unis entrent en année électorale, le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, a souligné samedi depuis Washington que «l'heure de vérité approche très rapidement pour le cycle de Doha».

L'ambassadeur brésilien a évoqué l'échec de la conférence ministérielle de l'OMC en 2003 à Cancún (Mexique), qui avait viré à l'affrontement Nord-Sud à propos de l'agriculture.

«Les gens n'ont pas compris la leçon: ils pensent encore qu'on peut ignorer les demandes des pays en développement», a-t-il déploré. Malgré la reprise au début de septembre de la négociation agricole, «on n'a pas vu de mouvement ces dernières semaines», a ajouté l'ambassadeur.

Pour conclure le cycle de négociations de Doha, les Etats-Unis et l'Union européenne «doivent indiquer qu'ils sont prêts à faire mouvement» avec de vraies concessions sur l'agriculture, a-t-il estimé.

Américains et Européens fixent nombre de «lignes rouges» visant à défendre leurs protections agricoles, selon l'ambassadeur. A l'inverse, les pays en développement n'ont, selon lui, reçu aucune garantie sur les produits particuliers qu'ils souhaitent pouvoir préserver de la concurrence.

Lors d'un sommet à Pretoria, les plus hauts dirigeants sud-africains, brésiliens et indiens ont accepté la semaine dernière de négocier sur la base des deux textes, alors que de nombreux pays pauvres souhaitent un rejet total du document sur les produits industriels, a souligné Clodoaldo Hugueney.

Il a toutefois fait valoir que cela ne signifiait pas pour autant que le Brésil acceptait de ramener ses droits de douane sur les produits industriels à moins de 23%. «On va négocier», a-t-il dit.

Selon lui, les pays émergents sont prêts à accepter des sacrifices qui vont réellement réduire les droits de douane sur «des milliers de lignes tarifaires» (produits). «C'est la contribution la plus importante de l'histoire des négociations multilatérales», a-t-il affirmé.

«Les résultats sont là, mais on doit avoir un équilibre avec l'agriculture», a-t-il plaidé.

En plus de la rivalité Nord-Sud, la semaine passée a donné lieu à «une confrontation totale entre pays latino-américains et africains» à propos des préférences tarifaires dont jouissent ces derniers sur le marché européen, a rapporté l'ambassadeur.