La déception prédominait mercredi chez les principaux partenaires de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) après l'échec des négociations à Genève pour trouver un accord sur la libéralisation des échanges commerciaux.

«C'est un pas en arrière pour le système du commerce international, plus grand que la perte d'opportunités commerciales», a regretté le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson.

Pour M. Mandelson, il s'agit d'un «échec collectif (...) mais les conséquences ne seront pas égales, elles seront ressenties de manière disproportionnées par ceux qui sont les plus vulnérables dans l'économie mondiale».

«La rupture de ces négociations est une mauvaise nouvelle pour les entreprises, les travailleurs, les fermiers et surtout les pauvres dans le monde», a déploré le président de la Chambre de commerce américaine, Tom Donohue.

L'absence d'accord est «extrêmement regrettable», a réagi de son côté le Premier ministre japonais, Yasuo Fukuda.

Selon le ministre australien du Commerce, Simon Crean, l'échec est «particulièrement frustrant» car «un accord était clairement possible». Seule «une question concernant l'accès au marché des pays en voie de développement (...) a provoqué le blocage», a estimé M. Crean.

«Je me sens très déçu», a affirmé le ministre chinois du Commerce Chen Demin dans un texte publié sur le site de son ministère, dans lequel il attribue cet «échec tragique» à «l'incapacité de deux pays à surmonter leurs différences», sans les nommer. «Je ne veux pas blâmer les ministres concernés. Ils ont peut-être des facteurs au plan intérieur complexes et profonds», a-t-il dit.

Pour le ministre néo-zélandais du Commerce, Phil Goff, ce sont les Etats-Unis et l'Inde qui ont fait échouer les négociations. «Une différence d'opinion entre l'Inde et les Etats-Unis sur les seuils du mécanisme de sauvegarde en agriculture (...) n'a pas pu être réglée», a-t-il indiqué.

Le ministère mexicain de l'Economie a estimé de son côté dans un communiqué qu'«à un moment où la hausse des taux d'inflation reviennent menacer le monde et où la hausse des prix des aliments atteint des niveaux historiques, le monde avait besoin d'un dénouement positif».

Une déception partagée par le ministre canadien du Commerce international Michael Fortie, qui a souligné que l'OMC constituait «une tribune importante pour le Canada», et par le Brésil, pour qui «cet accord à l'OMC était important parce qu'il aurait ouvert les marchés dans tous les pays».

«La confiance placée par mon pays dans l'organisation mondiale du commerce et le système multilatéral reste intacte et je suis sûr (...) que nous pourrons surmonter cela pour progresser et atteindre notre but», a tenté de relativiser le ministre indien du commerce Kamal Nath, dont le pays a été pointé du doigt par plusieurs partenaires de l'OMC pour sa rigidité dans les négociations.

«Les Etats-Unis continuent de soutenir le système de négociation multilatérale et l'OMC en tant qu'institution», lui a fait écho la représentante américaine au commerce Susan Schwab. «J'espère que nous pourrons nous retrouver dans un cadre de négociation plus ambitieux et que nous pourrons parvenir à une conclusion», a-t-elle ajouté.

S'exprimant sur un possible reprise des négociations dans le futur, la secrétaire d'Etat française au Commerce Anne-Marie Idrac a souligné qu'il faudrait «tenir compte de l'absence de consensus» au sein des Etats de l'Union européenne sur les négociations à l'OMC «dans les étapes qui viendront».

Le ministre français de l'Agriculture Michel Barnier a réaffirmé que Paris était pour un «accord équilibré», critiquant le refus des grands pays émergents de faire, selon lui, les «efforts» nécessaires. «La clé, c'est la réciprocité non pas à l'égard des pays les plus pauvres (...) mais des pays émergents», a-t-il ajouté.

Le gouvernement allemand a regretté l'échec des négociations, qui auraient pu donner à «l'économie mondiale un signal important au bon moment», selon un communiqué. Berlin «va travailler avec insistance à une reprise des négociations», a affirmé le secrétaire d'Etat à l'Economie Bernd Pfaffenbach.

En Suisse, l'organisation patronale helvétique Economiesuisse «regrette» l'échec des négociations, disant craindre «que la conclusion de Doha soit une nouvelle fois reportée».