« L’enjeu de la protéine est essentiel. C’est l’un des dossiers majeurs de ce siècle, au même titre que l’eau ou l’énergie », résume Arnaud Rousseau, en conclusion de l’assemblée générale de la Fop (Fédération française des producteurs d’oléoprotéagineux), dont il est le président, le 30 janvier 2020.

Où en est la souveraineté protéinique ?

Alors que la reconquête de la souveraineté protéinique était un enjeu du chef de l’État, les producteurs d’oléoprotéagineux regrettent l’absence d’engagement du ministère de l’Agriculture. « Nous voulons un plan protéique concret, réel et ambitieux, prenant en compte les légumineuses et, plus largement, toutes les productions riches en protéines. Pourtant, en dépit des déclarations du président de la République et de notre action, il ne s’est rien passé depuis bientôt un an », déplore Arnaud Rousseau.

La Fop reste dans l’attente de la concrétisation du plan. « Des propositions ont été faites tenant compte de l’ensemble des demandes tant du secteur animal que végétal. Elles ont été présentées le 24 juin dernier au cabinet du ministre de l’Agriculture, poursuit-il. Le compte n’y est pas. »

Des impasses de plus en plus nombreuses

Les producteurs ont également fait part de leur inquiétude face aux solutions chimiques qui s’amenuisent. « Oui, l’avenir des phytos sera compliqué et difficile. Oui, il faut qu’on travaille pour les garder, et communiquer, a répondu Sébastien Windsor, vice-président de la Fop et nouveau président de l’APCA. Mais il faut aussi qu’on travaille pour apporter des innovations différentes. Les solutions qu’on vous proposera ne viendront pas des labos, elles viendront de nos capacités, face à un problème, d’aller additionner des pratiques combinatoires. »

« On nous demande de supprimer les phytos, et on nous supprime en même temps les alternatives. La première, c’est pourtant la génétique », complète Sébastien Windsor. Il demande au gouvernement de leur accorder sa confiance. « Nous ne sommes pas des apprentis sorciers. Qu’on nous laisse utiliser les outils modernes que nos voisins utilisent. On ne peut pas nous demander de trouver des solutions, et nous supprimer tous les outils modernes. »

« Il faut remettre un peu de place à la science, renchérit Arnaud Rousseau. L’Anses, composé de gens compétents, subit des pressions politiques pour y mettre une forme de discrédit. L’exemple des SDHI est récent mais il y en a d’autres. » Le président de la Fop refuse de « laisser la peur » dicter l’avenir de la production.

L’impossible mission de faire mieux avec moins

« L’huile et les protéines végétales sont incontournables dans un régime alimentaire équilibré. À la Fop, nous voulons répondre à ces attentes, mais encore faut-il le pouvoir. Je veux parler de la nécessité d’accéder aux moyens de production : gestion de l’eau, matières actives retirées sans alternatives, accès aux technologies, semences, recherche variétale….», ajoute Arnaud Rousseau.

« La protéine est aujourd’hui une ressource rare. La France et l’Europe sont déficitaires. La demande mondiale devrait progresser, juge Xavier Dorchies, directeur général délégué de Sofiprotéol, intervenu lors de l’assemblée. Cette ressource protéique dont nous disposons, nous devons mieux l’utiliser et la développer. On ne veut surtout pas laisser la place à des pays comme le Canada qui investit beaucoup dans la transformation de la protéine de pois et colza. »

« Depuis deux ou trois ans, nos cultures de colza et tournesol enregistrent des baisses de surfaces importantes, certes liées aux conditions climatiques difficiles mais aussi aux choix politiques, qui nous privent de facteurs de production pourtant essentiels », note Arnaud Rousseau. Il invite les producteurs à unir leurs forces et poursuivre les efforts d’innovation. « Maintenir une capacité de production est une responsabilité politique, conclut-il. Je continue de croire en l’avenir du colza. Mais on ne peut pas parler de souveraineté protéinique et faire le constat de la disparition de nos capacités de production. »

Justine Papin