A l'occasion de la parution à la Documentation française du livre « OGM : quels impacts sur les exploitations agricoles ? », une rencontre-débat s'est tenue jeudi à la librairie du citoyen à Paris pour faire le point sur les avancées en matière de connaissances sur les impacts des OGM.

Stéphane Lemarié, coordinateur de l'ouvrage, a présenté le contexte de l'étude qui repose sur un état de l'art des travaux existants sur les impacts économiques et agronomiques des OGM. L'étude du Haut-Conseil des biotechnologies s'attache à « éclairer le débat, sans parti pris », a-t-il expliqué.

Une des principales conclusions est le faible impact sur la marge brute de l'agriculteur. En effet, même si les semences OGM sont plus chères, des économies sont réalisées sur l'achat d'insecticides pour les variétés résistantes. On pourrait penser à une augmentation des charges avec le coût du glyphosate mais selon les auteurs, le prix de cet herbicide total a « beaucoup baissé et [le produit] n'est pas cher ». En outre, « le coût du labour n'est pris en compte dans le calcul de la marge brute par aucune étude, mais il pourrait diminuer les charges de l'exploitant ». L'impact sur le rendement est aussi relativement faible et dépend en réalité de la maîtrise par l'agriculteur. L'usage d'OGM assure par ailleurs une plus grande flexibilité dans l'organisation du travail et un gain de temps.

L'étude révèle le manque de données et le déficit des analyses à l'échelle de l'exploitation agricole. Les analyses ont tendance à se focaliser sur l'impact d'un OGM pour une culture et à adopter une vision à court terme. La vision à court terme a été critiquée lors du débat. En effet, il est difficile d'aborder la possibilité de faire deux cultures par an en Amérique latine grâce aux OGM sans traiter la problématique de la dégradation de la fertilité des sols sur le long terme, problématique bien réelle.

Roger Le Guen, sociologue titulaire de la chaire des mutations agricoles à l'Ecole supérieure d'agriculture d'Angers, a rappelé qu'il est important de replacer l'agriculteur au centre du débat OGM, trop souvent accaparé par le grand public. « La question de l'acceptabilité doit être posée aux agriculteurs et pas seulement au public », a-t-il expliqué.

L'étude a le mérite de faire un état des lieux des impacts technico-économiques des OGM sur les exploitations agricoles en s'intéressant directement au travail des agriculteurs. Les impacts sur l'environnement ainsi que les impacts sociaux ne sont pas du tout abordés. Par exemple, la perte de biodiversité que peuvent engendrer les OGM peut aussi représenter une perte économique. Mais « c'est un choix », d'après Stéphane Lemarié. « Prendre en compte tous les facteurs sur une vision à long terme est impossible », a déclaré Agnès Lelièvre, maître de conférences à AgroParisTech et coauteure de l'ouvrage.

Claire Faure