Le HCB (Haut Conseil des biotechnologies) puis l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) ont rendu lundi leur avis sur l'étude de l'équipe de Gilles-Eric Séralini publiée le 19 septembre 2012 dans la revue scientifique « Food and Chemical toxicology », portant sur le maïs transgénique NK 603 et l'herbicide RoundUp. Les deux organismes avaient été saisis conjointement le 24 septembre par les ministères de l'Ecologie, de l'Agriculture, de la Santé et de la Consommation. Gilles-Eric Séralini a été auditionné par le HCB et l'Anses et a fourni certaines données supplémentaires.

« La faiblesse centrale de l'étude réside dans le fait que les conclusions avancées par les auteurs sont insuffisamment soutenues par les données de la publication », souligne l'Anses qui conclut : « Les résultats de ce travail de recherche ne permettent pas de remettre en cause les évaluations précédentes du maïs OGM NK 603 et du RoundUp. »

Une conclusion partagée par le comité scientifique du HCB qui « note que le dispositif expérimental, les outils statistiques utilisés et les interprétations données par les auteurs de l'étude soufrent de lacunes et faiblesses méthodologiques rédhibitoires qui ne permettent pas de soutenir les conclusions avancées ». Le Haut Conseil, qui ne se prononçait que sur la partie concernant les OGM de l'étude, estime ainsi que cette étude ne permet pas « d'identifier de risque sanitaire lié à la consommation de maïs NK 603.

Mais l'Anses note toutefois « l'originalité de cette étude qui aborde un sujet jusqu'ici peu étudié : celui des effets à long terme des OGM associés aux préparations phytopharmaceutiques ». L'Anses recommande ainsi d'engager des études et recherches sur cette question. « Ces travaux devraient être menés dans le cadre de financements publics et sur la base de protocoles d'investigation précis », juge l'agence, qui appelle à la « mobilisation de financements publics, nationaux ou européens, affectés à la réalisation d'études et de recherches d'envergure, visant à mieux consolider les connaissances sur les risques sanitaires insuffisamment documentés ». Et Marc Mortureux, directeur général de l'Anses de citer l'exemple du dispositif mis en place aux Etats-Unis sous le nom de « National Toxicology Programm » doté d'un budget de 120 millions de dollars annuel.

Une étude « sur le long terme, indépendante, contradictoire et transparente, sous l'égide des pouvoirs publics » est également demandée par le Comité économique, éthique et social (CEES) du HCB afin de lever le doute qui s'est installé dans l'esprit des citoyens après le battage médiatique opéré autour de la sortie de l'étude.

Reprenant les avis du HCB et de l'Anses , le gouvernement indique dans un communiqué de presse paru lundi, qu'il n'y a pas « lieu de revenir sur les autorisations accordées au maïs NK 603 et à l'herbicide RoundUp ». « Le gouvernement retient la proposition formulée par l'Anses de renforcer les études sur les effets à long terme de la consommation des OGM et des pesticides, qui doivent intégrer ces thèmes au niveau national et communautaire », relate le communiqué. Les pouvoirs publics demandent « une remise à plat du dispositif communautaire d'évaluation, d'autorisation et de contrôle des OGM et des pesticides », et restent déterminés pour maintenir le moratoire en France des OGM autorisés à la culture dans l'UE.

Les industriels des semences ont accueilli avec « une certaine sérénité » les conclusions du HCB sur l'étude Séralini mais jugent en revanche qu'une nouvelle étude indépendante, telle que recommandée, « ne va rien apporter ».

Pour l'AFBV (Association française des biotechnologies végétales), l'Anses et le HCB « ont levé les doutes qui pouvaient peser sur le maîs NK 603 ». L'association estime que les consommateurs « peuvent être rassurés sur la qualité des aliments qu'ils consomment lorsqu'ils contiennent cet OGM autorisé à l'importation depuis 2004 » et que le ministre de l'Agriculture a « le devoir et la responsabilité de lancer une campagne d'information pour rassurer les consommateurs qui ont été inquiétés, à tort, par des discours de dramatisation ».

De son côté, Gilles-Eric Séralini a estimé que la recommandation du HCB pour une nouvelle étude à long terme est un « progrès » mais estime qu'entre-temps, il faut « interdire » le maïs concerné. « C'est un progrès qui est réalisé, il faut remarquer l'ouverture d'esprit », a déclaré Gilles-Eric séralini.

Dans un communiqué paru lundi, Greenpeace appelle « la communauté scientifique et les différentes agences sanitaires nationales à se poser les mêmes questions avec les études fournies par les industriels et à faire preuve de la même sévérité. Le doute ne doit pas concerner exclusivement l'étude du professeur Séralini ».

La Confédération paysanne met en avant que, « pour la première fois », l'Anses et le HCB « admettent qu'il est nécessaire de réaliser des évaluations plus poussées de l'impact sanitaire d'un OGM et d'un herbicide. Elles reconnaissent par là que ces produits ont été autorisés et commercialisés sur la base d'évaluations sanitaires insuffisantes ». En conséquence, le syndicat « demande l'interdiction immédiate de tous les OGM pesticides et de l'herbicide Round'up tant que ne sont pas amenées les preuves irréfutables de leur sécurité sanitaire ».

« Sans pouvoir se prononcer sur cette étude », la Coordination rurale (CR) « s'étonne qu'il ait fallu l'immense médiatisation de cette opération du CRIIGEN pour que soient officiellement reconnues les carences des gouvernements successifs et des institutions européennes depuis 20 ans, en matière d'expérimentation et d'autorisation de commercialisation et de consommation des plantes OGM et des produits qui en sont issus ». La CR attend des autorités qu'elles « dégagent les moyens financiers nécessaires, y compris en sollicitant les firmes demandeuses d'autorisation, pour arriver dans les meilleurs délais à des expertises incontestables, publiques et indépendantes ». 

Téléchargezl'avis de l'Anses, l'avis du comité scientifique du HCB et la recommandation du Comité économique, éthique et social du HCB.

Visionnez l'intervention de Stéphane Le Folllors du Conseil des ministres de l'Agriculture à Luxembourg.

I.E.