Pourquoi avez-vous changé d’avis sur les OGM ?

Je me suis rendu compte que ce n’était pas cohérent d’être contre la science sur les OGM, mais proscience sur le changement climatique. J’ai donc voulu m’assurer de ce que les scientifiques disaient (1). Et tous les articles parviennent à la même conclusion : il n’y a pas de danger pour la santé humaine. Pour moi, les écologistes français ignorent les preuves scientifiques sur les OGM, tout comme Donald Trump ignore les preuves sur le changement climatique.

Quel a été votre rôle dans le film Food Evolution (2) ?

J’ai d’abord dit non au réalisateur, mais il a insisté, et il m’a eu à l’usure ! J’ai ensuite aidé à la préparation, et j’y joue un rôle secondaire. Le projet a d’ailleurs évolué. Au départ, ce devait être un film à propos des systèmes alimentaires en général, sur la manière dont on pouvait nourrir durablement un monde de 9 ou 10 milliards de personnes. Mais le sujet des OGM a fait boule de neige pour devenir le sujet principal, qui garantit un débat animé. Raconter l’histoire du système alimentaire dans les 50 prochaines années peut être ennuyeux, les OGM sont un moyen différent d’aborder le sujet.

Où en est aujourd’hui le mouvement anti-OGM ?

La communauté écologiste est en train de bouger. La plupart des antennes de Greenpeace dans le monde ne sont plus très actives contre les OGM. L’organisation s’est recentrée sur des sujets plus scientifiques, comme le changement climatique. Ce n’est d’ailleurs pas au fond un débat scientifique, mais un débat moral. La plupart des militants anti-OGM pensent que l’humain rend toujours les choses pires, et ça n’a rien à voir avec la science. Tout comme la science ne peut pas vous dire que la mort de quelques centaines de milliers d’enfants africains est horrible, mais ça, la morale peut vous le dire.

Si les OGM n’ont pas d’effet sur la santé ont-ils, selon vous, un effet sur l’environnement ?

Il n’y a aucun effet prouvé des OGM sur l’environnement, et l’agriculture a de toute façon des effets néfastes sur l’environnement. Vous utilisez un écosystème naturel pour produire, et c’est très mauvais pour la biodiversité, ou l’eau. Le défi, c’est de produire plus sur des surfaces réduites, et peut-être d’utiliser les terres restantes pour le retour de la biodiversité. La génétique peut aider pour ça. Ce qui n’aide pas, en revanche, ce sont les mouvements bio, ou des formes d’agriculture moins intensives, vers lesquelles les gens se tournent sur des bases affectives.

Y a-t-il un risque à continuer d’interdire les OGM en Europe ?

Pas en tout cas en termes de sécurité alimentaire. Cependant, l’agriculture française est bien plus dépendante des produits chimiques que l’agriculture américaine, parce qu’elle n’a pas évolué, et que les tracteurs continuent de pulvériser. C’est terrible ce qui se passe pour la biodiversité, et pour moi, ça doit changer. L’agriculture européenne utilise bien trop de produits chimiques, et l’un des facteurs qui expliquent cela, c’est l’interdiction des biotechnologies.

Pourquoi le film Food Evolution se concentre-t-il sur les cultures tropicales ?

En Afrique, s’il y a de nouvelles maladies sur les bananes ou le maïs, ça a un effet très direct sur le quotidien des gens. S’ils ont des meilleures graines, ils pourront mieux nourrir leurs enfants. Donc si vous faites un film sur les OGM, et que vous voulez que le public s’attache, il faut montrer l’Afrique, parce que le vrai défi moral est là-bas. Pourquoi des pays riches empêchent des pays pauvres d’utiliser une technologie qui pourrait sauver des vies ? C’est ça la vraie question.

Propos recueillis par Ivan Logvenoff

(1) Un cheminement raconté par Mark dans son livre « Seeds of Science », Blomsbury Sigma, 2018, 304 pages, 32 €.

(2) Kennedy Scott Hamilton, Food Evolution, 2iFilms, 2016, 92 minutes, sortie le 20 février 2019.