Le débat fait rage parmi les acteurs de la fibre en zones moins denses. D’un côté, le Sénat se préoccupe de l’avancée de la couverture en fibre optique et demande au mois d’août des éclaircissements à l’Arcep, l’Autorité de régulation des communications et des postes. Celle-ci conclut ce jeudi 26 octobre à un rythme insuffisant du déploiement. D’un autre côté, SFR avance tête baissée et annonce l’objectif de couvrir à lui seul tout le territoire. Allant a priori dans le même sens, ces deux positions seraient plutôt inconciliables.

Réseaux d’initiative publique

En effet, faire cavalier seul, comme compte le faire SFR, n’est pas compatible avec la politique de déploiement public-privé. Celle-ci est incarnée par les opérateurs de réseaux d’initiative publique, ou RIP. Agissant sous la direction des activités territoriales, ils montent au créneau ce vendredi 27 octobre et demandent au gouvernement de donner aux collectivités locales les moyens de refuser le déploiement d’un réseau fibré par SFR. Ce dernier a annoncé au début de juillet son intention de fibrer toute la France d’ici à 2025, uniquement à l’aide de ses propres deniers.

S’appuyer sur le privé plutôt que subventionner un projet public

Cette annonce de SFR a retenu toute l’attention de l’Arcep. Ce mercredi, Sébastien Soriano, président de l’Arcep, a rappelé devant les commissions du Sénat la pertinence du plan très haut débit demandant une articulation public-privé. « La remise en cause de cet équilibre serait préjudiciable à la fois à la dynamique des déploiements, à la prévisibilité de la confiance nécessaire pour libérer l’investissement. Elle serait contraire à une gestion efficace des deniers publics. » L’Arcep accueille donc favorablement l’hypothèse d’un territoire qui viendrait s’appuyer sur SFR plutôt que subventionner un projet public.

Orange et SFR en retard

Les simulations de l’Arcep montrent que le rythme actuel des déploiements d’Orange et de SFR ne permet pas d’envisager la couverture intégrale de la zone peu dense en 2020, comme ces opérateurs s’y étaient engagés en 2011. Pour y parvenir, Orange doit accélérer son rythme de déploiement trimestriel de plus de 60 %, SFR de plus de 70 %. Selon le gendarme des télécoms, un nouveau partage de cette zone entre les opérateurs privés souhaitant investir et assorti d’engagements juridiquement opposables permettrait d’accélérer les déploiements de fibre optique et l’atteinte de l’objectif de 2020.

En zones peu denses, 15 millions de prises sont à terme potentiellement concernées. Selon les opérateurs de réseaux d’initiative publique, leur équipement en fibre représente plus de 10 milliards d’euros d’investissement.

Vincent Gobert