« C’est le bordel, ne décolère pas Mathieu Cyprès. Il me manque encore 30 000 € d’aides pour 2015. » Le jeune agriculteur s’est installé dans le Cher sur 14 hectares de grandes cultures début 2014 (c’est la surface qu’il a déclarée dans le dossier Pac 2014). En fin d’année, il a pu s’agrandir pour atteindre 87 ha qu’il a convertis en bio (c’est la nouvelle surface déclarée en 2015).

Malheureusement, l’ATR mis en place pour pallier le retard d’aides Pac 2015 a été calculé sur les aides 2014… « Pour les aides directes, je n’ai perçu l’ATR, en décembre 2015, que sur 14 hectares, soit un peu moins de 4 000 €, précise Mathieu. Puis en mai dernier, j’ai reçu 14 000 € au titre de ma conversion bio, cette fois sur les 87 ha. Mais il me manque encore environ 30 000 € au titre de 2015 ! »

Retard d’aides et mauvaise récolte se cumulent

« Je suis parti de rien, poursuit-il. Je ne suis pas issu du milieu agricole. » Pour se lancer et gagner la confiance des banques, Mathieu a d’abord créé une entreprise de travaux agricoles. L’ETA, qui fait chaque année de l’épandage sur 7 000 ha, lui permet aujourd’hui de garder la tête hors de l’eau. « Mais l’exploitation est déficitaire à mort », d’autant qu’il a eu une mauvaise récolte de tournesol l’an dernier.

Pour compenser le retard de versement des aides, Mathieu a réinjecté 10 000 € de l’ETA vers l’exploitation et contracté un prêt à court terme de 25 000 € remboursable en septembre. Mais les aides seront-elles payées d’ici-là ? Le calendrier officiel du ministère de l’Agriculture - maintes fois retardé - promet le versement du solde des aides découplées 2015 le 10 septembre, sauf celui des dossiers avec transferts et/ou subrogations complexes, prévu le 15 octobre. Ce qui serait le cas de Mathieu…

« Un scandale »

Le solde des aides végétales « simples » est programmé d’ici fin septembre et au plus tard, fin octobre pour les autres. Quant au solde des MAE et aides bios, récemment plafonnées, ce serait entre octobre et décembre. Le tout tombe, nul besoin de le rappeler, une année où les récoltes s’annoncent catastrophiques.

« C’est un scandale. L’État nous fait crever. Il ne faut pas qu’ils viennent faire un contrôle, avertit Mathieu. Ils resteront à la porte de la ferme sauf s’ils viennent avec le montant des aides. » Mathieu sait qu’il n’est pas un cas isolé et qu’il lui faudra au moins trois ans d’accompagnement bancaire « sympathique » pour s’en remettre. Et surtout, des prix qui remontent. Il a un étang sur la ferme et réfléchit aussi à développer l’agrotourisme. « Il faut s’adapter, rebondir, sinon on est mort. »

Arielle Delest