Les gendarmes ont déclenché, dans la matinée du 16 décembre 2013, une vaste opération dans onze départements français dans le cadre d'une nouvelle enquête contre un trafic de viande de chevaux passés par des laboratoires scientifiques ou des centres équestres.

Cette fois, les investigations menées par la section de recherches du Languedoc-Roussillon sous la conduite d'un juge de Marseille visent la commercialisation de viande de chevaux qui auraient auparavant servi à la recherche d'entreprises pharmaceutiques ou de laboratoires, ainsi que de chevaux de centres équestres qui se sont également retrouvés dans l'assiette du consommateur, a indiqué une source proche de l'enquête.

Des centaines de chevaux, dont certains achetés au géant pharmaceutique Sanofi, auraient ainsi été vendus pour la consommation après falsification ou escamotage de leurs documents vétérinaires, selon la même source.

C'est une dénonciation anonyme, adressée à la fin de 2012 à la direction audoise de la protection des populations, qui a déclenché l'enquête, aujourd'hui menée dans le cadre d'une information judiciaire dirigée par un juge d'instruction du pôle santé du tribunal de Marseille.

Lundi matin, une centaine de gendarmes agissant dans le sud de la France, dans le Languedoc-Roussillon, en Provence-Alpes-Côte d'Azur et dans le Midi-Pyrénées, ont entrepris d'interpeller une vingtaine de personnes, a-t-on appris de source proche de l'enquête.

Les gendarmes ont ainsi interpellé un homme à Narbonne (Aude), apparemment à son domicile, avant de l'emmener sur le site des abattoirs de la ville où pourraient se trouver les bureaux de sa société, a constaté un photographe de l'AFP. C'est précisément un négociant de Narbonne qui est soupçonné d'être l'organisateur du trafic, selon une source proche de l'enquête.

Centres équestres et laboratoires

Ces interpellations devaient s'accompagner de perquisitions au siège de négociants en viande et, dans une moindre mesure, dans des abattoirs, avec la participation de la Brigade nationale des enquêtes vétérinaires et phytosanitaires. Des recherches ont également été diligentées dans des locaux de Sanofi ainsi que dans un abattoir de Gérone (Espagne), de l'autre côté de la frontière, a indiqué l'une des sources.

« On avait le cheval du particulier en centre équestre par exemple, qui devait finir sa vie paisiblement dans un pré et qui la termine à l'abattoir alors qu'il a reçu des traitements médicamenteux le rendant impropre à la consommation », dit une source proche des investigations, « et puis on avait le cheval de laboratoire, avec deux cas de figure. Soit il servait à des prises de sang pour la fabrication de vaccins ; soit il était cobaye dans la recherche ».

« Cela ne veut pas dire qu'il y ait eu un risque pour le consommateur, mais, de toute façon, ces chevaux n'auraient jamais dû se retrouver dans l'assiette du consommateur », a-t-elle dit.

Une filière éprouvée

Cette affaire risque d'éprouver à nouveau durement la filière de viande de cheval. Celle-ci a été durement touchée par la révélation, au début de 2013, qu'une entreprise de l'Aude, Spanghero, revendait de la viande de cheval pour du boeuf. La viande avait ensuite servi à la préparation de millions de plats cuisinés, comme des lasagnes, pour des grandes marques ou la grande distribution. Le scandale européen, partie en février de Grande-Bretagne et d'Irlande, a mis en lumière certains agissements de l'industrie agroalimentaire et signalé l'opacité de ses circuits d'approvisionnement.

Le ministre de la Consommation, Benoît Hamon, a distingué cette nouvelle affaire du scandale Spanghero. « C'est différent, là il pourrait s'agir d'un problème sanitaire », a-t-il dit sur RTL.

« Nous avons depuis le début de l'année mis sous surveillance la filière viande et la filière poisson en France » pour rétablir la confiance, a-t-il dit. « La France est le premier pays en Europe à avoir inscrit dans sa loi l'étiquetage de l'origine de la viande dans les plats préparés. Nous attendons maintenant de Bruxelles qu'elle nous donne le feu vert, je l'espère en janvier prochain », a-t-il dit.

Mais, « au-delà de cela, il y a la question de la qualité de ce que l'on mange. Il y a des chevaux qui ne doivent pas finir dans votre assiette ni chez le boucher, et c'est le travail je crois de cette enquête dont nous saurons les résultats bientôt », a-t-il dit.