« Il y a encore quelques semaines, explique Bjørn Gimming, vice-président du syndicat national des exploitants norvégiens (Nordes Bondeslag), les anciens dans ma région comparaient cette campagne à l’année 1947. Maintenant, la situation est pire. » La Norvège devrait perdre cette année la moitié de ses récoltes de céréales et de foin. Le syndicat travaille donc d’arrache pied pour donner aux exploitants les moyens de préserver leur cheptel.

Rationaliser les stocks, changer les rations

Le syndicat s’efforce de sillonner les régions afin de répartir au mieux les fourrages disponibles. Alors que la récolte démarre, les céréaliers sont par ailleurs invités à mettre leur paille à la disposition des éleveurs. « Nous devons modifier notre manière de nourrir le bétail jusqu’au printemps prochain, estime M. Gimming, en utilisant plus de concentrés et moins de fourrages ligneux. »

Les équipes du syndicat et les conseillers techniques sont à pied d’œuvre pour expliquer la manière de mener à bien ces changements. Des céréales et des protéagineux devront certainement être importés, et notamment d’Europe.

Soutien de gouvernement et des voisins

Les représentants des agriculteurs norvégiens ont déjà rencontré le gouvernement. « Les aides devraient arriver vite », se réjouit Bjørn Gimming. Le système national d’assurance climatique protégera par ailleurs la plupart des exploitants. « Chacun devra financer un tiers de ses pertes, mais le gouvernement prendra en charge le reste. »

L’État norvégien, comme les banques et les fournisseurs, ont montré leur soutien. Toutefois, comme le soulève le vice-président du syndicat : « Certains exploitants qui viennent de s’installer, ou qui ont des prêts importants pour le bâtiment et les machines pourraient abandonner leur activité. »

Au-delà des aspects financiers, l’aide psychologique est importante au vu de la gravité des conditions. « Il est important pour les exploitants de pouvoir parler de leurs problèmes », confie M. Gimming. Tout le monde dans le pays semble mesure l’importance de cette crise. Sur Facebook, des citoyens offrent leurs terres et du fourrage pour aider les éleveurs à traverser cette épreuve.

Préparer le futur

La situation devrait être plus claire en août, à la fin des récoltes. « Nous devrons reprendre les discussions avec le gouvernement à l’automne, souligne M. Gimming, afin d’évaluer les dégâts précis ».

Alors que les systèmes d’irrigation étaient considérés comme des antiquités il y a encore quelques semaines, ils s’achètent désormais à prix d’or. « Dans nos lacs et dans nos rivières, rappelle le représentant du syndicat, nous avons de l’eau. Le problème est seulement de l’emmener jusqu’aux champs ».

Ivan Logvenoff