« Nous avons créé il y a cinq ans une cellule pluridisciplinaire de prévention du suicide. Elle rassemble un représentant de chacun des services suivants : un médecin du travail, un conseiller en prévention des risques professionnels, une assistante sociale, un médecin-conseil, un agent d’accueil qui intervient dans nos agences sur le terrain, un téléconseiller de notre service d’accueil téléphonique, une infirmière en santé au travail, la responsable du service de recouvrement contentieux… », explique Daniel Abaléa qui dirige la MSA de la Gironde.

À partir de cette cellule, créée dans toutes les MSA à la suite du « plan national suicide » déclenché en 2011 par le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, la MSA de la Gironde a élargi ses initiatives : « 150 personnes, en relation avec les adhérents de la MSA, ont suivi une formation dispensée par un psychiatre spécialisé du centre hospitalier Charles Perrens de Bordeaux sur la prévention du risque suicidaire. Y compris les agents d’accueil et les agents de recouvrement pour faciliter la détection des situations à risque. »

Claude Chaussée, médecin et directrice adjointe de la MSA, poursuit : « Quand la procédure est déclenchée, après un rappel de la personne dans l’heure qui suit le signalement, il y a une intervention des assistantes sociales dans les 48 heures. Il s’agit d’assurer un accompagnement auprès de la personne concernée ou de sa famille. Nous disposons d’un annuaire avec huit référents d’urgence, dans notre caisse, en cas de “risque suicidaire” signalé. Si le risque est imminent, nos téléconseillers basculent sur le 15. »

Accompagnés

En 2012, 22 situations ont été signalées à la cellule de prévention, 30 en 2015 et 38 en 2016. Sur 38 personnes signalées en 2016, 8 présentaient un risque suicidaire élevé et 33 ont été accompagnées. Les agriculteurs en situation fragile peuvent bénéficier de rendez-vous chez un psychologue ou psychiatre sans avance de frais. « Nous avons mis au point un rendez-vous avec un prestataire privé, le cabinet Psya. L’adhérent peut bénéficier d’une consultation téléphonique avec un psychologue. Cela facilite parfois le contact avec ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas quitter l’exploitation ».

Rencontres sur le territoire

La MSA de la Gironde a organisé parallèlement des rencontres sur les territoires qui paraissaient plus exposés au risque suicidaire (suivant le nombre de bénéficiaires du RSA, là où il y a une forte baisse du revenu, beaucoup d’agriculteurs en difficulté…). « Ces réunions sont menées par des agriculteurs, élus de la MSA ou non, et animées par un médecin psychiatre, spécialiste de ces questions. À chaque fois nous avons 40 à 50 personnes. Et contrairement à nos prévisions, les personnes présentes n’hésitent pas à prendre la parole pour exposer leurs soucis. »

Théâtre

Comme de nombreuses régions, la Gironde a fait appel à la Compagnie des Oliviers qui a écrit une pièce « Il y a un os… » à la demande des agriculteurs du nord de la France. Cette pièce, réadaptée à chaque région qui la demande, tourne beaucoup. « En moyenne 270 personnes, soit en tout plus de 1 000 personnes, sont venues à ces quatre représentations. Les spectateurs remplissent un questionnaire en fin de spectacle et discutent autour d’un verre. »

Trouver des appuis

Mais quelle que soit la forme, conférence ou théâtre, il n’est pas toujours facile de proposer ces rencontres dans les territoires, le sujet du suicide étant très douloureux. « Ces rencontres sont organisées en s’appuyant sur les relais locaux comme les groupements féminins de développement agricole très sensibilisés aux questions de santé, les élus cantonaux de la MSA ou encore la chambre d’agriculture. »

Une plaquette à jour

La cellule de prévention en profite pour redonner une information sur le programme de soutien possible suivant les cas. « Nous avons édité une plaquette régulièrement mise à jour, avec le programme de nos aides, la prise en charge des cotisations, le secours pour la vie privée ; le service de remplacement en cas de burn-out, l’étude possible s’il y a un contentieux. Les numéros des assistantes sociales par secteur sont aussi indiqués », indique la MSA. Ces plaquettes sont distribuées régulièrement.

Soutien élargi

Sur le terrain, d’autres partenaires participent à la prévention du suicide sous l’égide de l’agence régionale de santé (ARS). « Sur notre territoire, un annuaire référence les 214 professionnels qui se sont penchés sur la question », précise Claude Chaussée.

La Gironde a aussi mis au point le dispositif Eraf : « Ensemble pour la relance des agriculteurs en situation de fragilité ». Il est complémentaire des actions déjà engagées et permet une prise en charge globale de la situation de l’agriculteur. Il s’inscrit lui-même de façon volontaire. Puis un diagnostic de l’exploitation est élaboré, par un binôme assistante sociale de la MSA et conseiller de terrain. Les partenaires sont la chambre d’Agriculture, la Safer, le conseil général, le Crédit Agricole, la MSA.

Les adolescents

Enfin, le docteur Jean-Louis Mazurie, médecin chef du contrôle médical à la MSA de la Gironde a travaillé avec des élèves de MFR. Avec la troupe de théâtre Digame, ils ont écrit une pièce sur le mal-être des adolescents. Ce théâtre-forum a déjà été présenté devant les élèves de quatre maisons familiales qui peuvent intervenir au cours de la pièce : « Ils sont parfois durs, voire violents dans les propos. Mais ils ont été jusqu’au bout de la démarche », explique Jean-Louis Mazurie. Prochaine présentation de « Je ne vais pas bien, merci », le 10 novembre à Vayres.

Marie-Gabrielle Miossec