La chose se savait sur les réseaux syndicaux depuis quelques semaines, les tracteurs se préparaient en silence. « Nous adressons un premier avertissement sur l’ensemble du territoire demain, mardi 8 octobre, en organisant des actions de sensibilisation sur des axes routiers majeurs et dans les villes, de 11 h à 14 h, dans l’ensemble de nos départements », ont prévenu la FNSEA et JA hier dans un communiqué conjoint.

Capture d’écran de la carte des actions telle que publiée par la FNSEA à 10 h 30 le 8 octobre 2019. © FNSEA

Un seul mot d’ordre sur tout le territoire : « France, veux-tu encore de tes paysans ? ». Sur la carte mise en ligne par la FNSEA, 103 actions étaient prévues. Elles auraient mobilisé au total, selon le syndicat, plus de 10 000 agriculteurs et 6000 tracteurs.

Parmi les zones moins mobilisées de l’hexagone se trouvait le Poitou-Charentes, où la Coordination rurale tient l’une des chambres. Le second syndicat avait organisé seul une mobilisation à Angoulême.

15h50 : fin de la mobilisation

Alors que de nombreux producteurs manifestaient pour la première fois, Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, a dénoncé un sentiment d’incompréhension généralisé, lors d’une conférence de presse à Paris en milieu d’après-midi. « Pourquoi en est-on arrivé là ? Pourquoi cette incompréhension, cette violence des gens dans la façon de dire qu’ils ne veulent pas de nuisance ? Si les agriculteurs ne peuvent faire leur activité à la campagne, où vont-ils aller ? Il y a un vrai effort de réconciliation à faire, et ça commence par la parole politique », estime-t-elle, dénonçant une nouvelle fois l’intrusion de Bastien Lachaud, député la France Insoumise dans un élevage porcin.

Pendant ce temps, la mobilisation se termine, et les agriculteurs se restaurent après avoir passé cette journée sous la pluie. « C’est important de se retrouver, de pouvoir échanger. Certains sont depuis l’aube sur leurs tracteurs », a rappelé la présidente de la FNSEA. La manifestation, comme souvent, se termine autour d’un jambon beurre.

15h37 : filtrage des ponts sur la Loire dans le Loir-et-Cher

15h30 : « Qui peut penser qu’il y aura une agriculture sans pesticides ? »

« La palme revient à Ségolène Royal qui s’est fait découper en morceaux par tous les toxicologues et les médecins », s’agace Christiane Lambert lors de la conférence de presse au siège de la FNSEA pour évoquer les actions en cours. « Des actions fortes, et des messages qui témoignent du bleu au cœur des agriculteurs », s’est ému la présidente de la FNSEA

Christiane Lambert a résumé les enjeux de la journée : déconsidération de la profession, surtransposition des normes, et distorsion de concurrence avec l’importation de produits ne respectant pas la législation appliquée aux producteurs français.

« Qui peut penser qu’il y aura une agriculture sans pesticides ? », s’est agacée Christiane Lambert. Et de demander au nom de la profession « des décisions fondées sur la science et non sur l’émotion », concernant les ZNT, et les produits phytosanitaires en général.

Samuel Vandaele, président de Jeunes Agriculteurs, a rappelé que cette mobilisation n’était qu’un « coup de semonce », visant à dénoncer « le ras-le-bol général d’être pointé du doigt ». De nouvelles actions sont déjà prévues, dès le 22 octobre prochain, si le rendez-vous de ce soir avec le ministre Didier Guillaume ne donne pas satisfaction aux syndicats. « On a besoin d’un signal rapide », prévient Samuel Vandaele.

14h30 : alliance syndicale dans la Somme

Chose « inédite » dans la Somme, la FNSEA, JA et la Coordination rurale manifestent ensemble. Sur deux sites, à Bauve et à Roye, une centaine d’agriculteurs et leurs tracteurs ont installé des barrages filtrants sur des ronds-points. La Coordination rurale, qui avait organisé quelques actions au cours des semaines précédentes, a accepté de rejoindre la FNSEA et JA sur un coup de fil. « Ça s’est décidé hier soir », confie-t-on du côté du QG départemental du syndicat.

Sandrine, éleveuse de bovins laitiers, n’a jamais été agressée personnellement, mais elle a tenu à venir soutenir ses collègues de la Coordination rurale à Bauve. « Il faut que nos maires prennent conscience qu’on est là pour nourrir les Français, que la terre est notre outil de travail. » Le barrage se déroule dans le calme, les agriculteurs distribuent des tracts aux automobilistes passant entre les tracteurs, sans heurt avec les gendarmes.

Barrage filtrant à Bauve (Somme). © DR

13h45 : 200 tracteurs mobilisés en Île-de-France

Selon la FNSEA et JA, 400 agriculteurs franciliens et 200 tracteurs sont mobilisés à travers la région.

13h15 : 3 sites de blocage dans les Landes

Les agriculteurs landais ont installé leurs tracteurs à Hagetmau, Mont-de-Marsan, et à Aire, avec le mot d’ordre national tagué sur une bâche noire.

11h45 : la Coordination rurale se dirige vers la préfecture d’Angoulême

Le cortège, comptant quelques dizaines d’agriculteurs, et une douzaine de tracteurs, est passé par La Couronne (Charente). « Nous avons rencontré le maire, Monsieur Daure, qui a pris un arrêté anti-pesticides », explique Franck Olivier, le vice-président de la chambre d’agriculture de la Charente. Dans le département, les agriculteurs font face à des conflits chaque jour plus nombreux, entre les plaintes des riverains qui protestent contre la poussière lors des moissons, ou les insultes des inconnus qui filment les épandages de produits phytosanitaires.

« Monsieur Daure a osé prendre cet arrêté sans consulter les quatre agriculteurs concernés. Il refuse d’admettre l’agribashing, mais ne veut que du bio. Moi je suis en bio, et il faut se rendre compte que le tout-bio, c’est un non-sens économique. C’est la loi de l’offre et de la demande : plus la production augmente, plus les prix baissent, et un jour on se retrouvera avec un prix du lait bio identique à celui qu’était le conventionnel dans les années 1980 », regrette Franck Olivier.

11h15 : la Haute-Saône n’attend rien

De mémoire syndicale, on a rarement vu une telle mobilisation. Environ 150 tracteurs, répartis en 7 convois, devraient converger vers Vesoul pour le début de l’après-midi. « On n’attend rien des autres, rien de l’Administration, rien des politiques », explique, las, Emmanuel Aebischer, le président de la FDSEA de la Haute-Saône.

La « fédé » se mobilise depuis longtemps pour instaurer le dialogue avec les concitoyens : retransmission de matchs à la ferme, fermes ouvertes, magasin de producteurs… Pourtant, rien n’y fait, et la perception d’une certaine partie des consommateurs est toujours aussi négative. « C’est un mélange de tristesse et de colère. Aujourd’hui, nous sommes venus montrer la colère grandissante dans les campagnes », lance Emmanuel Aebischer.

10h30 : Vincent Guyot manifeste pour la première fois (Aisne)

Il n’est pas syndiqué et n’avait jamais manifesté jusqu’ici, préférant la communication positive aux revendications. Cette fois, pourtant, il se joint au convoi qui, parti de Saint-Quentin, se dirige vers Laon (Aisne).

J’ai pleuré ce matin en montant dans mon tracteur. J’ai pleuré parce que je suis obligé d’aller manifester pour expliquer qu’on n’est pas des salauds.Vincent Guyot, agriculteur dans l’Aisne

« J’ai accès aux médias, j’ai une certaine écoute, mais je n’ai plus le courage de rien. Quand on est accusé de tous les maux de la planète, comment se lever pour aller travailler le matin ? On nous harcèle à longueur d’interviews, on met des fausses informations dans la tête des auditeurs et des consommateurs. Ségolène Royal qui était vendredi chez Bourdin, hier chez Léa Salamé, a raconté n’importe quoi. Quel est le prochain média où elle ira colporter ses fakes news ? »

Bertille Quantinet, Ivan Logvenoff, Eric Roussel