Les chiffres présentés par Christian Deconninck, président de l’ATEE (Association Technique Energie Environnement), sont imparables. 90 % des agriculteurs ayant un méthaniseur ont déjà rencontré des aléas sur leur installation. Concernant l’aspect économique, 70 % des répondants à l’étude « État des lieux de la filière biogaz » ont constaté une rentabilité inférieure à celle prévue lors de l’élaboration du projet. 35 % des agriculteurs possédant un méthaniseur ont même un « écart fort » entre la rentabilité prévue et la rentabilité constatée.

Des dysfonctionnements du procédé de méthanisation

70 %C’est le pourcentage des installations de méthanisation où il est constaté un écart entre la rentabilité prévue et la rentabilité effective.

L’étude a identifié le dysfonctionnement du procédé de méthanisation comme principal problème pour atteindre une rentabilité optimale. 80 % des installations de moins de 1 MW et toutes les installations de plus de 1 MW ont déjà rencontré ce type de problème. En cause, les modèles allemands de méthaniseur qui ont été installés en France. Le cabinet E-CUBE strategy consultants explique que ces modèles sont prévus pour accueillir en majorité du maïs ; or le modèle français de méthanisation est basé sur une multitude d’apports d’intrants et notamment du lisier issu de l’élevage. Les méthaniseurs n’étant pas adaptés à un apport multi-intrants, il s’ensuit des « casses d’équipements d’incorporation, blocage des brasseurs, besoin de curage prématuré des digesteurs ».

Jean-Marc Onno, président de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF), explique qu’il a lui-même installé un broyeur supplémentaire sur son installation pour résoudre ce problème. Il confirme que la différence se trouve entre les menus allemands et français introduits dans le méthaniseur avec cette métaphore : « les Allemands font des menus nouilles steaks tous les jours quand les Français font de la grande cuisine avec une multitude d’ingrédients ». Face à ce constat, E-CUBE strategy précise que les installations qui sont aujourd’hui en activité en France prennent en compte cette spécificité des intrants.

Les Allemands font des menus nouilles steaks tous les jours quand les Français font de la grande cuisine avec une multitude d’ingrédients.Jean-Marc Onno, à propos des menus d’intrants introduits dans les méthaniseurs.

Les pannes et arrêts de la cogénération représentent le deuxième problème le plus fréquemment rencontré sur les installations de méthanisation. Jean-Marc Onno témoigne : « mon moteur a déjà cassé trois fois, dont deux fois car l’accès aux réseaux électriques a été arrêté ». Il précise cependant qu’il « y a 4 ans, il fallait 3 semaines pour réparer un moteur avec un technicien pour toute la France qui parlait allemand ; aujourd’hui, on a 4 techniciens français sur le territoire et le moteur est réparé en 3 jours ».

Un besoin d’éclaircissement réglementaire

Les difficultés d’approvisionnement en intrants sont également un problème relevé pour plus de la moitié des installations. Face à ce facteur, le comité de pilotage Biogaz demande plus de transparence réglementaire. Il pointe notamment du doigt la fixation du pourcentage de culture dédié qu’il sera possible d’intégrer dans les méthaniseur. Ce chiffre devrait être publié dans un arrêté suite au vote de la loi sur la transition énergétique. Les acteurs du biogaz s’inquiètent également du sort des CIVE (cultures intermédiaires à vocation énergétique). Ces cultures devaient initialement ne pas avoir de limite d’incorporation mais le comité stratégique s’inquiète d’un revirement politique à ce sujet.

Tanguy DhelinRédacteur