« C’est encore une filière émergente. » Le constat fait par Jean-Marc Onno, agriculteur et figure de la filière de la méthanisation, lors d’une conférence sur la méthanisation au Space ce 11 septembre 2018, se veut réaliste. En effet, la France compte pour l’heure presque 600 installations produisant du biogaz, dont 80 % sont agricoles ou territoriales, alors que l’Allemagne va atteindre les 10 000 sites. « La filière n’est toujours pas mature, ni en cogénération, ni en biométhane, explique-t-il. À 3 000 ou 4 000 sites, on y sera. »

« Il s’agit d’un développement très modeste par rapport aux objectifs de l’ancien ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a constaté de son côté Gilles Petitjean, directeur de l’Ademe (1) Bretagne. Lancé au printemps 2013 par M. Le Foll et la ministre de l’Écologie, Delphine Batho, le plan « énergie méthanisation autonomie azote » (EMAA) prévoyait 1 000 méthaniseurs à la ferme en 2020. Conséquence de ce décalage entre le prévu et le réalisé, les acteurs veulent le maintien des tarifs et de nouveaux leviers pour garder et faire progresser la dynamique actuelle.

« Le ministre de l’Agriculture n’est pas très intéressé »

L’une des actions impulsée cet été 2018 est la fédération de la plupart des intervenants de la filière du biométhane au sein d’une association appelée « France Gaz renouvelables ». L’objectif est de peser dans le débat national sur l’énergie, de communiquer et de fédérer autour des enjeux de la méthanisation et de rallier des femmes et des hommes politiques à leur cause.

En effet, les huit initiateurs de la démarche (2) veulent convaincre les politiques. « Le ministre de l’Agriculture n’est pas très intéressé par ces sujets, déclare même Olivier Dauger, élu FNSEA en charge des questions climatiques et énergétiques. Il faut convaincre les politiques et réaliser un événement fort à Paris. »

Flexibilisation de la production

Autre levier mis en lumière lors de la conférence, la « flexibilité » de la méthanisation. Le principe est d’utiliser la capacité à adapter sa production en temps réel. Donc produire davantage ou moins, selon les nécessités à un moment donné, a souligné Jean-Philippe Lamarcade, directeur régional Enedis, en compensation d’une prime, comme ce qui se fait en Allemagne : 130 €/kWh/an pour 10 ans pour les installations d’avant 2014, 40 €/kWh/an pendant 20 ans pour les sites post-2014.

Outre-Rhin, 2 400 unités de production ont fait ce choix. Mais ce genre de mesure se heurte en France aux très conservatrices administrations de l’énergie et de l’économie. Seul un appel d’offres pour projets dits « atypiques » a été décidé.

Les choix nationaux de l’énergie

Si de nombreux acteurs de l’agriculture et de l’énergie se fédèrent et resserrent les rangs, c’est aussi parce que le contexte est à la révision de la programmation pluriannuelle de l’énergie prévue pour l’automne, cruciale pour le destin des énergies renouvelables, dont la méthanisation fait partie.

Le nouveau ministre de l’Écologie, François de Rugy, lève d’ailleurs quelques doutes sur la stratégie de l’État au détour d’une question sur le nucléaire ce 10 septembre dans les colonnes du Monde. À l’interrogation de savoir si le nucléaire est encore une énergie d’avenir, François de Rugy répond : « Spontanément, ma réponse est non. Mais il faut sortir de la guerre de religion. » [...] « L’important est de savoir quelles sont les données économiques dans le domaine du nucléaire et dans le domaine des énergies renouvelables. De savoir aussi quelles sont les données en matière de sûreté. Le risque nucléaire n’est pas un petit risque qu’on peut balayer d’un revers de la main. »

Vincent Gobert

(1) Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.

(2) L’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF), les chambres d’agriculture (APCA), le club Biogaz ATEE, la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), France Biométhane, GRDF et GRTgaz.