Ces agriculteurs avaient déjà travaillé ensemble sur des projets de panneaux photovoltaïques il y a quelques années mais aujourd’hui, ils veulent aller plus loin. « C’est un projet qui associe des agriculteurs, non pas à l’initiative d’un organisme consulaire, mais parce qu’il y a des affinités », explique Alex Lequéré, l’un des exploitants à l’origine du projet.

Les agriculteurs se sont réunis sous une société nommée Bioénergies 123, qui fonctionne, « dans un esprit coopératif ». Répartis sur trois sites dans l’Indre et la Haute-Vienne, Vatan, Azat-le-ris, et Bellac, les unités de méthanisation devraient voir le jour sous deux ans, offrant un débouché bienvenu aux exploitants de cette zone intermédiaire.

Trois sites sur deux départements pour un projet de méthanisation d’ampleur. © GFA

Un projet conséquent pour injecter dans le réseau de transport

Afin de bénéficier d’une meilleure rentabilité, les agriculteurs ont choisi d’injecter le gaz dans le réseau de transport, et non de distribution. « On s’est intéressé au réseau de transport, explique Alex, parce que les capacités d’injection sont illimitées. »

Plus de 99 tonnes de matériaux par jour seront traitées par chacune des unités, soit environ 36 000 tonnes annuelles. Et près de 75 % de cette matière sera constitué de couverts végétaux, des méteils ou du seigle, des associations avec des légumineuses, ou même des maïs en dérobé au printemps. « Sans cette unité de méthanisation, rappelle Alex, il n’y a pas de valorisation des intercultures. Nous les rémunérerons au prix juste, à environ 90 € la tonne de matière sèche. »

Plan d’implantation sur le site de Vatan. © DR

Chacune des unités est prévue pour produire 270 normo-mètres cubes par heure de gaz, soit, chaque année, l’équivalent des besoins de 7 000 foyers. Sur chaque site, deux employés seront alors responsables d’organiser le stockage et le fonctionnement. « Une septième personne sera chargée de les encadrer, et de conseiller les exploitants pour leurs semis », précise Alex. Une autre ressource, pour les exploitants, afin de se donner les moyens de leurs ambitions.

Déjà, les riverains s’inquiètent

Les banques se déclarent prêtes à soutenir ce projet, dont le coût global devrait s’élever à 27 millions d’euros. « Nous devrions avoir des financements de l’Ademe et peut-être de la Nouvelle-Aquitaine », prévoit Alex. Sur le plan administratif, les demandes de permis de construire et d’autorisation d’installation classée ont été déposées, et les politiques locaux affichent leur soutien.

Si les choses avancent bien au niveau administratif, le projet a cependant déjà des opposants, notamment sur le site de Vatan, dans l’Indre. Pour cette unité, Guillaume, un jeune agriculteur également membre du collectif, vendra l’une des parcelles familiales à Bioénergies 123. « On a déjà anticipé les enjeux d’acceptabilité, explique-t-il, en décalant l’unité vers l’intérieur des terres. Construire près de la route et des réseaux aurait pourtant été bien plus pratique pour nous. »

Odeur, transport, visibilité, tout a été fait pour diminuer l’impact du projet sur les zones voisines. « Malheureusement, déplore Guillaume, l’enjeu du maintien d’agriculteur dans cette zone rurale n’est pas ce qui sensibilise le plus la population, et notamment les opposants. » Pour faire face aux mécontents, qui voudraient que le projet s’en aille dans une commune voisine, les exploitants ont donc organisé, volontairement, une série de réunions publiques.

La voix des experts

« Comme nous sommes les porteurs de projets, explique Alex, notre parole compte peu. » Les associés de Bioénergies organisent donc dans les communes des projets des soirées afin de présenter aux riverains la méthanisation en général, et leur projet en particulier. Ils ont sollicité pour ces rencontres des experts en agriculture, en méthanisation, des représentants de GRT gaz, mais également des spécialistes de la gestion de conflit d’usage.

Pour les agriculteurs, cet effort de communication est un léger prix à payer pour parvenir au bout de ce projet qui leur tient à cœur. « L’agriculture, estime Alex, aura un rôle de plus en plus important à jouer dans la production d’énergie renouvelable. La place que nous serons capables de prendre ensemble par des projets mutualistes permettra d’éviter de laisser de grands investisseurs s’en emparer. »

Ivan Logvenoff