« La France fait bouger les lignes. » Stéphane Le Foll l’a martelé vendredi après-midi, alors qu’il présentait des mesures pour sortir l’agriculture européenne de la crise. Mesures qui sont « à la base » des propositions que formulera la Commission européenne le lundi 14 mars 2016 au conseil agricole de l’UE à Bruxelles, a insisté le ministre.

« Le 14 février, c’est à la demande de la France uniquement que nous avons eu une discussion sur la crise. C’est la France qui a fait prendre conscience à tout le monde de l’existence de la crise partout en Europe », a-t-il aussi tenu à rappeler en indiquant qu’aujourd’hui 6 000 agriculteurs finlandais ont manifesté. Lundi, c’étaient les exploitants irlandais, italiens, espagnols, écossais et belges qui descendaient dans les rues de leur capitale.

Pour convaincre ses homologues, le ministre n’a pas ménagé ses efforts, se déplaçant ces derniers jours en Allemagne, en Slovénie et aux Pays-Bas, contactant l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Belgique, l’Autriche et la Roumanie. Et lundi, à 9h30, avant l’ouverture du conseil, c’est une réunion avec le groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque) et l’Autriche qu’il a prévue. Objectif : obtenir une majorité qualifiée sur ses propositions au Conseil. Il a déjà le soutien du président de la commission de l’agriculture (Comagri) du Parlement européen (PE), qui a envoyé aujourd’hui un courrier en ce sens à Phil Hogan et Martin Schulz, le président du PE. En revanche, ce sera sûrement impossible de rallier l’Irlande, le Royaume-Uni ou la Suède hostiles à ces propositions.

Moins de lait

Première proposition pour enrayer la situation de surproduction en produits laitiers : relever le plafond d’intervention en poudre de lai t de 109 000 tonnes par an à 160 000 tonnes et celui du beurre de 50 000 à 80 000 tonnes. « Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le stockage de poudre de lait a atteint 40 280 tonnes en 2015. Or, après seulement deux mois en 2016, il est déjà à 54 526 tonnes », a souligné le ministre, indiquant que la discussion serait « sévère » au Conseil avec les pays qui, comme l’Irlande, nient encore le problème de la surproduction. « Lundi, je donnerai les chiffres », a promis le ministre avant d’en avancer déjà quelques-uns : l’Irlande a stocké 1 300 t en 2015 et déjà 4 750 t au début de 2016 ; la France, 3 000 en 2015 et 6 000 en 2016 ; la Belgique, 16 000 en 2015 et 15 600 en 2016 ou encore l’Allemagne, 1 300 en 2015 et 490 en 2016.

« Nous demandons le relèvement de ce plafond, car au-delà, la production est vendue par adjudication, autrement dit à des prix encore plus bas, a souligné Philippe Mauguin, le directeur de cabinet du ministre de l’Agriculture. Nous en avons besoin pour gérer le pic de production du printemps, en attendant la mise en place de l’article 222. Ce sont plusieurs mois d’inertie avant que les opérateurs ne s’organisent. » C’est la deuxième proposition française, activer l’article 222, qui permet exceptionnellement et temporairement, de limiter la production laitière par dérogation aux règles de la concurrence. Le ministre demande aussi l’organisation d’une réunion avec « les plus gros opérateurs laitiers européens pour qu’ils assument une part de responsabilité. On ne peut pas produire toujours plus et compter sur l’aide au stockage privé ». L’Allemagne partage cette analyse, a affirmé Stéphane Le Foll, de même que l’Espagne, l’Italie ou encore le Portugal.

Porc : avis aux opérateurs français

Pour la viande de porc, la France demande la réouverture de l’aide au stockage privé. « La France n’y a pas eu recours de manière satisfaisante, a jugé le ministre. Les opérateurs français ne pourront pas préférer une deuxième fois le stockage sur les exploitations. »

Elle demande aussi de nouveaux outils de garantie à l’exportation (nouveaux marchés, levée de l’embargo russe) et acceptera la proposition d’autres pays et de la Commission européenne, d’instaurer des crédits à l’exportation. Enfin, Paris demande le doublement du plafond des aides de minimis (aides d’État telles que les crédits d’impôt ou les apports de trésorerie remboursable) aujourd’hui fixé à 15 000 € pour 3 ans. « Sur ce point nous devrions trouver un accord assez large », a déclaré le ministre confiant.

Arielle Delest