Le gouvernement va «inciter» les médecins à mieux se répartir sur le territoire, en favorisant la création de «100 maisons de santé» où ils pourront exercer en groupe, en particulier dans les zones manquant de médecins, a annoncé vendredi la ministre de la Santé.

Roselyne Bachelot participait à la conclusion de la première étape des États-Généraux de l'organisation de la santé (EGOS) à Paris, à laquelle assistaient près de 500 personnes, professionnels de santé, étudiants, élus ou représentants de patients.

Le gouvernement a prévu une loi de modernisation de la santé en 2008, et les États-Généraux sont destinés à nourrir sa réflexion pour un meilleur accès aux soins, notamment dans les endroits sous-dotés en médecins, principalement les zones rurales et certaines banlieues.

Mme Bachelot a annoncé devant les EGOS «la création de maisons de santé pluridisciplinaires». Elle a précisé au journal Le Monde que le gouvernement aiderait financièrement dès 2008 la création de 100 d'entre elles, «à hauteur de 50.000 euros au maximum par projet».

Elle s'est aussi prononcée pour «un guichet unique régional d'information et d'aide à l'installation des professionnels de santé».

Dans les zones sous-dotées, la ministre veut «faciliter» l'exercice en «cabinets secondaires» et «l'exercice à temps partiel, le cas échéant en complément d'un temps partiel hospitalier».

La ministre fait ainsi clairement le choix de mesures «incitatives» pour réguler la répartition inégale de médecins sur le territoire.

La forte mobilisation des internes, en octobre dernier, avait illustré la forte opposition des médecins libéraux à toute remise en cause de leur liberté d'installation.

Le gouvernement veut aussi montrer qu'il a entendu «les aspirations des jeunes médecins», qui demandent du temps libre et ne veulent pas renoncer à toute vie sociale, dans une profession qui compte aussi de plus en plus de femmes.

Copilote des États-Généraux, la directrice des hôpitaux (DHOS) Annie Podeur, a souligné leurs «craintes sur l'exercice isolé» et leur sentiment d'une «dévalorisation de leur profession», alors qu'ils subissent en même temps «la pression de représenter la dernière présence de service public» en zones déficitaires.

Pour valoriser le métier, Roselyne Bachelot a dit son intention d'instaurer «une véritable filière de médecine générale».

Elle a enfin très prudemment avancé l'idée d'une mesure contraignante pour les médecins en «zones très surdotées», indiquant «ne pas exclure (...) de manière ciblée, et dans des cas très spécifiques, des mesures de régulation».

Annie Podeur avait suggéré plus tôt «un effort de solidarité» de leur part, qui pourrait se traduire par un contrat les engageant notamment à participer à la permanence de soins.

La CSMF, premier syndicat de médecins libéraux, a prévenu qu'elle refuserait que de nouvelles règles soient imposées aux médecins déjà installés.

Une cinquantaine de membres de Sud Solidaires ont manifesté à l'ouverture des EGOS pour protester contre le «silence sur les fermetures d'hôpitaux et l'avenir du statut des personnels hospitaliers».

«Ces États-Généraux ne parlent que des médecins, c'est une mascarade», a déploré Jean-Marie Sala, secrétaire général adjoint de la fédération Sud Santé.