En synthèse : Les blés français maintiennent des prix stables et restent compétitifs mais l’orge s’affaiblit et les maïs français ne profitent guère de l’embellie mondiale. Le colza, quant à lui, repart en hausse, soutenu par la demande en huile.

Des prix de blé stables

La phase de consolidation entamée la semaine dernière s’est poursuivie sur le marché français : les prix sont restés quasi stables sur le marché physique, proches de 174 €/t rendu Rouen et de 173 €/t à La Pallice (base : juillet). Le Matif, quant à lui, a légèrement baissé, tiré vers le bas par le marché à terme de Chicago où les cotations ont abandonné 3 $/t sur la semaine, la météo devenant plus favorable outre Atlantique pour les semis d’hiver.

Malgré tout, aux USA comme en France, les prix physiques sont restés stables, soutenus par des valeurs russes qui ne « décrochent » pas.

Des exportations de blé de l’UE très supérieures à l’an passé

Les blés russes valent 210 $/t Fob pour la qualité à 12,5 % de protéines et 208 $/t Fob pour la qualité à 11,5 % de protéines, plus comparable à celle des blés français qui valent, eux, 200 $/t. Les blés français maintiennent donc leur attractivité. Malgré un taux de frêt légèrement supérieur à celui des blés en provenance de la mer Noire, ils se retrouvent à parité avec les blés ukrainiens et roumains à destination de l’Égypte, ce qui a permis à la France de vendre encore un bateau cette semaine vers cette destination (60 000 tonnes de blé français, 115 000 tonnes de blé ukrainien et 60 000 tonnes de blé roumain). Sur un autre front, les ventes de blé de plus haute qualité (blés à 12,5 % de protéines) vont bon train au départ de l’Europe, de l’Allemagne, des pays baltes et de la Pologne, ces ventes venant directement en remplacement de blés russes.

Au total, l’UE a déjà chargé 8,5 millions de tonnes de blé vers les pays tiers, soit 3 millions de tonnes de plus que l’an dernier à la même date. C’est au départ de la Roumanie, des pays baltes et de l’Allemagne qu’ont déjà eu lieu les plus fortes progressions par rapport à l’an passé. Au départ de la France, les chargements restent plus faibles que ceux de l’an dernier à cause d’un démarrage plus lent vers l’Algérie (qui n’a pas importé en octobre) mais le retard se comble progressivement avec le démarrage des chargements vers le Maroc et plusieurs bateaux vers la Chine.

Des tournants politiques décisifs

En Argentine, l’élection dimanche dernier d’Alberto Fernandez à la place de Mauricio Macri suscite plusieurs questions : d’une part, il n’est pas exclu que le nouveau gouvernement décide d’augmenter les taxes à l’exportation. Ces dernières s’élèvent à 4 pesos par dollar actuellement (soit environ 7 %) et des rumeurs dans le marché mentionnent la possibilité qu’elles grimpent jusqu’à 10, voire 20 %. D’autre part, à cause de l’inflation et de la différence entre le taux de change officiel et celui du marché noir, les agriculteurs risquent de marquer une grande prudence quant à leurs ventes à venir. Ces deux éléments pourraient impliquer des exportations argentines moins importantes que ce qui a été prévu mais il est encore trop tôt pour statuer exactement. Il s’agit cependant d’un élément plutôt haussier pour les prix français.

A contrario, le décalage du Brexit au 31 janvier 2020 signifie que les échanges vont continuer normalement entre le Royaume-Uni et le continent dans les mois à venir. Étant donné que les blés anglais sont très compétitifs, le délai supplémentaire va accroître la compétition anglaise aux dépens des blés français, à destination de l’Espagne et du nord de l’UE.

Affaissement des prix de l’orge fourragère

Avec la baisse des chargements cette semaine, les prix de l’orge fourragère s’effritent : l’orge rendu Rouen descend à 164 €/t (base : juillet), perdant 1,5 €/t par rapport à la semaine dernière, ce qui permet au prix en dollar de descendre à 190 $/t (–2 $/t) Fob Rouen. Les orges françaises sont à parité avec les orges de la mer Noire dont le prix est resté stable alors que les orges australiennes se déprécient de presque 8 $/t avec l’arrivée imminente de la nouvelle récolte.

Statu quo sur le marché brassicole français : les orges d’hiver (162 €/t Fob Creil en base juillet) y restent plus chères que les orges de printemps (157 €/t) en raison d’une grande disponibilité en orge de printemps de faible qualité (basse teneur en protéines). Avec des perspectives de chute de la récolte brassicole de printemps en 2020, les prix de la nouvelle récolte en printemps sont toutefois nettement plus élevés que ceux de l’ancienne (184 €/t Fob Creil)

Hausse sur le marché mondial du maïs..

Le marché mondial du maïs a été marqué cette semaine par le temps froid et humide aux USA qui perturbe la récolte du maïs. Lundi dernier, seulement 41 % des maïs US étaient rentrés contre plus de 60 % habituellement à cette date.

Ce retard, combiné à la reprise des achats de l’Asie (Corée et Taïwan cette semaine) a poussé les prix de la plupart des origines mondiales vers le haut. Les maïs américains ont grimpé de 6 $/t, à 177 $/t Fob Gulf, et les maïs ukrainiens ont suivi (+2 $/t, à 166 $/t). Néanmoins, ce sont les maïs argentins qui affichent la plus forte hausse cette semaine (+8 $/t, à 166 $/t Fob) : outre l’influence des maïs américains, les maïs argentins subissent de plein fouet l’effet « élection », qui comme en blé suscite des incertitudes sur le rythme de vente des agriculteurs et ravive les craintes d’un accroissement des taxes à l’exportation. Toutefois, la hausse des prix argentins est plus marquée en maïs qu’en blé car les maïs sont en train d’être semés actuellement et les changements en cours poussent les producteurs à revoir la surface du maïs en baisse au profit du soja.

Les maïs français profitent de cet environnement mondial soutenu et gagnent 2 €/t Fob Rhin cette semaine (à 167 €/t) mais restent stables sur la façade atlantique. Les bonnes récoltes du centre-est de l’UE empêchent en effet les prix de monter fortement.

Le colza repart en hausse

Les prix du colza reprennent des couleurs cette semaine avec un gain de 5 €/t à Rouen (à 385 €/t). Ils ont été tirés par les cours de l’huile de soja qui s’affichent en hausse sur les dernières semaines après les incertitudes climatiques au Brésil et l’annonce d’une vague de froid dans le Midwest. La tension en huile de palme, avec des stocks prévus bas en fin de campagne et la montée saisonnière des utilisations du colza en biodiesel a exercé aussi un impact haussier sur le prix des graines de colza. Enfin, la confirmation, cette semaine, par la Commission européenne dans son rapport Mars, de mauvaises conditions pour l’implantation des colzas qui seront récoltés en 2020, a contribué aussi à la hausse.

Actuellement, les disponibilités de colza canadiennes et ukrainiennes limitent la hausse des prix. Toutefois, après des sorties élevées au départ de l’Ukraine et avec l’hiver qui fermera l’exportation par les grands lacs canadiens, les disponibilités importées dans l’UE diminueront alors que la demande en huile de colza augmentera.

La situation de l’offre et de la demande de colza dans l’UE demeure serrée (baisse des stocks en fin de campagne) et cela devrait globalement continuer de soutenir les prix.

Prix de la fève et du tourteau de soja en recul

Les prix du complexe soja se dégonflent quelque peu après le puissant mouvement de hausse enregistré ces trois dernières semaines. Les principales raisons de cette baisse sont à chercher du côté des champs. Les intempéries catastrophiques annoncées aux USA n’ont finalement eu qu’un impact très limité sur l’avancée de la récolte et les rendements potentiels. Dans le sud du continent, les pluies tant attendues au Brésil et en Argentine sont finalement arrivées et permettent dorénavant une progression proche de la normale des semis, bien que certaines régions restent toutefois encore trop sèches. Les prix ne sont, par ailleurs, pas restés insensibles aux nuances apportées cette semaine à la première phase de l’accord « deal » conclu la semaine dernière entre les USA et Chine. Les 40 à 50 milliards de dollars d’achats annuels de denrées agricoles US par la Chine sont fortement remis en question et des contreparties, toujours à négocier, pourraient être demandées aux USA. Toujours sur le volet des négociations commerciales, la signature tant attendue de la phase 1 de cet accord entre Chine et USA devrait être repoussée, faisant suite à l’annulation du sommet de l’Apec (coopération économique pour l’Asie-Pacifique) au Chili, où les deux parties auraient dû finaliser les négociations.

En conséquence, la fève de soja recule de 7 $/t à Chicago et le tourteau, dans son sillage, perd 5 €/t à Montoir.

Cette baisse intervient alors que les achats de soja américain par la Chine restent relativement solides ces derniers jours dans un contexte de raréfaction des denrées disponibles au Brésil et d’incertitudes concernant le régime de taxe à l’exportation à venir en Argentine sous la présidence d’Alberto Fernandez.

Le pois, quant à lui, voit son prix gagner 3 €/t cette semaine mais risque de retomber à la suite du soja.

Cours de nouveau reconduits pour le tournesol

En tournesol, la récolte de la zone de la mer Noire est abondante et contient les prix malgré la forte demande et les bonnes marges de trituration. Pas de changement à Saint-Nazaire, avec un prix à 325 €/t, largement plus élevé par rapport à la même période en 2018 (de 20 €/t).

Les prix français du tournesol sont soutenus par une forte demande industrielle et des faibles stocks de début de campagne.

Tallage

À suivre : négociations commerciales US-Chine, Brexit, politique d’exportation de l’Argentine, récolte de maïs aux USA, semis en Amérique du Sud.

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