Les prix céréaliers et oléagineux repartent à la hausse malgré le développement de la pandémie de Covid, poussés par la demande les inquiétudes concernant la production.

Nette remontée des prix du blé

Le blé regagne cette semaine ce qu’il a perdu la semaine dernière : les prix s’élèvent de 7 €/t à Rouen, à 207,75 €/t, en base juillet et gagnent 8 €/t à La Pallice, à 207,75 €/t également. Sur Euronext, la cotation de décembre a légèrement dépassé le niveau de 210 €/t en cours de journée hier avant de clôturer à 209 €/t, en hausse de plus de 3 €/t par rapport à la mi-journée du vendredi précédent.

Le relâchement de la semaine dernière était consécutif à l’amélioration des conditions climatiques dans plusieurs régions du monde et à l’arrivée des récoltes de l’hémisphère Sud sur le marché. Depuis, l’activité est restée très soutenue sur le marché mondial et la France a affiché une belle performance à l’exportation vers pays tiers au mois d’octobre (environ 700 000 tonnes) grâce à de gros chargements vers la Chine (environ 500 000 tonnes). Ces exportations de la France vers les pays tiers sont inférieures à celles d’octobre 2019 (890 000 tonnes) mais nettement supérieures à celles d’octobre 2015 jusqu’à octobre 2018. Par ailleurs, des chargements français à destination de l’Algérie sont en route pour novembre alors que très peu a été exporté vers cette destination en septembre et octobre.

Les achats de blé se poursuivent sur le marché mondial

Même si cela n’a pas profité aux blés français, l’Égypte vient de nouveau d’acheter du blé sur le marché mondial : elle a contracté 300 000 tonnes de blé russe pour chargement sur décembre et janvier. Le blé russe l’a emporté mais le blé français n’était pas loin, positionné quasi au même niveau en prix Fob. La Tunisie a acheté 50 000 tonnes de blé meunier cette semaine et le Pakistan 320 000 tonnes aujourd’hui. L’Arabie, de son côté, vient de lancer un appel d’offres pour 600 000 tonnes de blé. La Chine a confirmé cette semaine les taxes qu’elle impose sur les orges australiennes et les craintes sont en train de monter sur le marché australien de voir le blé subir le même sort. Rien n’est confirmé à ce jour. Si la Chine venait à interdire aux blés australiens l’accès à son marché, cela serait haussier dans un premier temps pour les autres origines avant que l’Australie n’essaie de gagner des parts de marché sur d’autres destinations.

La hausse de l’euro fait grimper les prix français du blé en dollar

Cette activité soutient l’ensemble des prix mondiaux, le blé à Chicago notamment qui remonte après un accès de faiblesse il y a quelques jours. Le dollar a nettement chuté cette semaine en lien avec l’actualité politique du pays et cela contribue aussi à la montée des prix US. L’euro remonte donc fortement face au dollar (1,1855 dollar jeudi 5 novembre 2020 au soir contre 1,1704 vendredi dernier). En conséquence, les prix français exprimés en dollars cumulent l’effet d’une hausse de leur valeur en euro et de la montée de l’euro : ils gagnent ainsi presque 13 $/t Fob Rouen, s’approchant de 256 $/t et se retrouvant désormais proches, voire supérieurs en prix Fob aux prix russes et ukrainiens. Les blés français sont donc en train de perdre en compétitivité.

Forte hausse aussi des prix de l’orge

Les orges fourragères voient leur prix grimper elles aussi, de 8 €/t rendu Rouen, à 193,25 €/t en base juillet. Comme pour le blé, la hausse des prix est exacerbée lorsqu’on l’exprime en dollar (+14 $/t, à 237 $/t Fob Rouen) à cause de la forte augmentation de l’euro face au dollar. Les orges françaises ont grimpé alors que les orges de la mer Noire ont vu leur prix rester assez stables. L’écart entre les deux origines se creuse donc encore et reflète la persistance d’une demande chinoise très soutenue pour les orges françaises. La progression des prix concerne aussi les orges brassicoles qui gagnent 5 €/t pour les variétés d’hiver et 9 €/t pour les variétés de printemps. Les déboires qualitatifs, la demande à l’exportation et les orges fourragères soutiennent donc le prix des orges brassicoles.

Réduction des perspectives d’importation de maïs dans l’Union

En maïs, les évolutions sont aussi à la hausse cette semaine bien que plus modérées que pour le blé et l’orge. Les prix Fob Rhin gagnent 2 €/t (à 199 €/t en base juillet) et les prix Fob Atlantique 6,5 €/t (à 197,5 €/t en base juillet). On observe une stabilisation des cotations sur le marché mondial que ce soit pour les prix US ou ukrainiens, malgré une nouvelle révision à la baisse des estimations de récolte dans ce dernier pays. La montée des prix mondiaux des dernières semaines a en fait réduit l’attractivité potentielle des maïs importés des pays tiers dans l’UE et cela vient soutenir les prix intérieurs à l’UE alors même que les estimations de récolte diminuent encore en France et en Roumanie.

Retard des semis au Brésil et disponibilités incertaines font grimper le soja

Les prix du soja ont atteint cette semaine un niveau qui n’avait pas été vu depuis la campagne 2015-2016. Cette flambée des cours a résulté d’un cocktail détonnant combinant incertitude sur les disponibilités mondiales, extrême tension sur le bilan brésilien et demande chinoise intarissable. Les prix à la Bourse de Chicago se sont ainsi appréciés de 18 $/t sur le rapproché et de 23 $/t sur l’éloigné. L’offre en perspective semble s’amenuiser au fil des semaines. Même dans les plaines du Midwest aux USA où la moisson est en avance (87 % de surfaces récoltées contre 83 % l’an passé) et devrait se finaliser dans de bonnes conditions, le rendement a été revu un peu à la baisse par différents analystes indépendants (–0,3, à 1,1 boisseau par acre, selon les estimations). Au Brésil, les agriculteurs essayent tant bien que mal de combler le retard accumulé dans les emblavements mais le retour des pluies est hétérogène et manque encore à l’appel dans plusieurs zones clefs. Le déroulement des semis sud-américains a été d’autant plus scruté par le marché que les stocks brésiliens sont extrêmement déficitaires. Certains triturateurs se voient d’ailleurs contraints d’importer du soja pour couvrir leurs besoins. Des opérateurs ont rapporté le chargement d’un navire de 38 000 tonnes de soja US à destination du géant sud-américain, une origine tout à fait inhabituelle pour le Brésil. En Argentine, la situation n’est guère plus rassurante dans les régions du Centre-Est et et du Sud qui sont également en proie à la sécheresse, mais contrairement à son voisin, le pays dispose de stocks records en fèves potentiellement exportables.

Situation mondiale du soja tendue pendant l’hiver

D’autre part, la bonne dynamique de la demande mondiale a également soutenu les prix. L’USDA a rapporté la vente de plus de 132 000 tonnes de soja US vers la Chine et plus de 272 000 tonnes à destination de pays indéterminés. Enfin, le récent repli du dollar face à ses devises concurrentes a également joué en la faveur des prix du soja.

Selon nos analyses, la grande fragilité du bilan brésilien et le retard probable des récoltes sud-américaines devrait rallonger la campagne d’exportations des US et tendre fortement la situation durant l’hiver. Cela confère aux prix un potentiel de hausse jusqu’à l’arrivée des moissons brésiliennes en février-mars. Seul un accroissement significatif des exportations argentines serait susceptible de rééquilibrer le bilan mondial d’ici là. Tout accident climatique dégradant les perspectives de production au Brésil renforcerait au contraire le potentiel haussier.

Les prix des tourteaux n’ont pas été épargnés par la hausse

Les cotations des tourteaux ont évolué à la hausse dans le sillage de la fève. Elles affichent un gain d’environ 12 $/t à la Bourse de Chicago. En France, les prix à Montoir ont progressé légèrement plus avec une plus-value de 13 €/t. Les bonnes disponibilités triturables dans l’UE et les craintes concernant l’impact sur la demande des mesures de luttes contre la Covid imposées aux européens peuvent expliquer cette progression un peu moins marquée des cours du tourteau par rapport au soja. Le prix du pois s’est également apprécié, avec une hausse de 7 €/t sur une semaine.

Le colza dépasse les 400 euros par tonne

Dans l’UE, la demande se maintient bien, tant dans le secteur alimentaire que dans le secteur du biodiesel. Bien sûr, les besoins en huile des estérificateurs souffrent des mesures de confinement prises dans de nombreux pays de l’UE. Toutefois, les obligations d’incorporation au niveau des États membres doivent être respectées en année calendaire, et l’approche de la fin de l’année 2020 soutient tout de même les achats de biodiesel par les pétroliers.

L’envolée des cours du soja est venue renforcer la hausse du colza au cours de cette semaine, de même que celle des huiles végétales. Le prix de l’huile de palme est à son plus haut niveau depuis 8 ans dans un contexte de stocks très bas en Malaisie, d’une production malaisienne revue à la baisse (à cause, entre autres, du manque de main-d’œuvre dû à la pandémie de Covid). En Inde, la pénurie en huiles s’aggrave avec le rebond de la demande faisant suite à la reprise normale des activités économiques, et cela soutient les prix des oléagineux.

Dans ce contexte, malgré un retour des pluies en octobre qui a été bénéfique pour les plants, les prix français sont en forte progression. Le colza gagne 24 €/t à Rouen et 22 €/t en Fob Moselle à 407 et 406 €/t respectivement.

La rareté de la graine de tournesol a encore fait grimper les enchères

Les cours de tournesol sont repartis à la hausse depuis la semaine dernière. Dans la zone de la mer Noire, le prix Fob moyen gagne 40 $/t, à 540 $/t, dans le sillage des prix intérieurs. En effet, face à la nette baisse des disponibilités, une forte concurrence s’est créée entre les exportateurs de graines et les triturateurs locaux. Les deux types d’opérateurs peinent à honorer leurs commandes (de graine et d’huile) majoritairement contractualisées avant la détérioration des perspectives de récolte. D’autre part, la rétention des producteurs, dans l’attente de nouvelles hausses des prix, rajoute de l’huile sur le feu. Les prix français ont profité de cette forte tension en mer Noire. À Saint-Nazaire, ils étaient en hausse de 7,5 €/t, à 432,5 €/t, pour le tournesol standard et de 10 €/t, à 420 €/t, pour la qualité oléique. Notons que cette semaine la Turquie a supprimé la taxe d’importation sur le tournesol jusqu’au juin 2021 (initialement estimée à plus de 130 $/t). Cette nouvelle pourrait encourager les achats turcs (dans la limite des disponibilités bien sûr) et donner un coup de pouce supplémentaire aux prix européens et de la zone de la mer Noire.

Tallage

À suivre : comportement de la Chine face aux blés australiens, achats chinois en orge, soja et maïs, importations de maïs dans l’UE, récolte de maïs et de soja aux USA, développement des cultures de soja dans l’hémisphère Sud, impact des confinements sur les besoins en carburants, taux de change euro/dollar.

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