La semaine a été marquée par les tensions en mer Noire qui se traduisent par une tension entre la Russie d’une part, les États-Unis (USA) et les pays de l’OTAN d’autre part. La situation a fait grimper le prix des céréales (blé et orge surtout). Du côté des graines oléagineuses, c’est l’impact du pétrole et l’envolée des huiles végétales qui soutiennent les cours même si le colza français commence à décrocher sur le marché physique.

Rebond des prix du blé sur fond de tension en mer Noire

Le blé s’est renchéri cette semaine sur le marché français et cela concerne aussi bien les cotations physiques (+9 €/t à 274,75 €/t rendu Rouen en base juillet) que les cotations Matif (+9 €/t aussi à 272,25 €/t en milieu d’après-midi aujourd’hui 21 janvier). La correction haussière a touché presque tous les segments du marché mondial et c’est à Chicago qu’elle a été le plus marquée (+19 $/t sur le contrat blé mars 2022 du CBOT entre le 14 et le 21 janvier).

La hausse a été déclenchée par l’escalade des tensions entre la Russie et l’Ukraine, mises en relief cette semaine par la conférence de presse du président américain Joe Biden et l’annonce de mesures de rétorsion potentielles de la part des USA et de leurs alliés. De nouvelles discussions ont lieu aujourd’hui entre les ministres des affaires étrangères américain et russe.

Les marchés ont réagi à la hausse dans la crainte qu’une invasion de l’Ukraine par la Russie ne vienne perturber les expéditions de la mer Noire. Il reste des tonnages non négligeables à exporter au départ de l’Ukraine (au moins 8 millions de tonnes de blé) et beaucoup de maïs si bien que toute entrave aux exportations ukrainiennes aurait un impact sur les prix mondiaux.

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Le Moyen-Orient très présent sur le marché mondial du blé

Cette question géopolitique n’est pas la seule à avoir poussé les prix vers le haut. Les températures sont basses dans le centre des USA et cela est inquiétant pour les blés dans les zones sèches non protégées par une couche neigeuse suffisante.

Enfin, l’activité a été très soutenue sur le marché mondial du blé cette semaine après l’achat de l’Algérie en fin de semaine dernière, la Turquie et l’Iran ont contracté respectivement 335 000 et 195 000 tonnes de blé meunier pour chargement sur février – mars. Les blés français ne seront probablement pas parmi les origines choisies mais l’Allemagne, les pays baltes ou la Pologne pourraient l’être. Ces achats restent donc favorables au total des exportations européennes. À ce jour, l’Union européenne (UE) a déjà chargé près de 16 millions de tonnes de blé ? Ces exportations sont ainsi en phase avec les 31,3 millions de tonnes attendues pour l’ensemble de la campagne.

En parallèle de ces éléments de support internationaux, les blés français ont rebondi en début de semaine à la suite de leur bonne attractivité sur le marché mondial. Ils sont toutefois repartis à la baisse depuis le 20 janvier 2022 face à une compétition très rude de la part de l’hémisphère Sud, de l’Argentine en particulier. Dans ce pays la bonne récolte est confirmée. De plus, les blés sont très attractifs sur tout le pourtour méditerranéen. Par ailleurs, alors que les prix des autres origines grimpaient, ceux des blés russes et ukrainiens se sont affaissés de 5 $/t environ cette semaine à cause des tensions politiques et cela vient renforcer leur compétition avec les blés européens.

Rebond des prix de l’orge aussi sur fond de tension en mer Noire

Cette semaine, les prix de l’orge fourragère ont progressé. Les prix rendu Rouen en base juillet ont gagné 8,5 €/t à 253,5 €/t, reflétant la hausse des prix du blé alors que la Russie masse des troupes à la frontière ukrainienne. De plus, la baisse des prix les deux semaines précédentes a poussé les agences étatiques à lancer des appels d’offres : la Turquie a ainsi acheté 345 000 tonnes d’orge fourragère jeudi dernier, et l’Algérie 205 000 tonnes mardi.

L’espoir que des origines européennes soient retenues dans les achats turcs a soutenu les prix de l’orge. Pour l’achat algérien, les orges argentines et françaises sont théoriquement les plus compétitives, mais les tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie – qui pèsent déjà sur les échanges de blé – ne permettent pas d’espérer la présence de gros volumes français. La hausse des prix provoquée par l’inquiétude des marchés sur un éventuel conflit en mer Noire concerne toutes les origines, à l’exception de l’Australie, qui reste la plus compétitive, 37 $/t en dessous des orges françaises qui culminent à 298 $/t en prix Fob.

Du côté de la mer Noire, l’Ukraine est à présent quasiment à parité avec les orges françaises, 4,20 $/t au-dessus de l’origine russe. Comme l’Ukraine a désormais écoulé la majorité de son disponible exportable et que les taxes à l’export sur les orges russes sont assez dissuasives, la Turquie se tourne en partie vers l’origine française, ce qui à son tour participe à soutenir les prix des orges françaises. Leur compétitivité s’érode donc face aux orges de l’hémisphère Sud dont les prix, eux, sont restés constants.

Du côté des orges brassicoles, 30 000 tonnes d’orges françaises ont été achetées par le Canada. Ce flux exceptionnel n’a pas réussi à soutenir les prix brassicoles français, qui ont perdu respectivement 3 €/t pour les orges d’hiver Fob Creil à 347 €/t, et 5 €/t pour les orges de printemps à 367 €/t.

Le maïs en hausse aussi mais plus modérée

Le maïs a lui aussi évolué à la hausse cette semaine, poussé par le blé et l’orge. Il a cependant eté principalement soutenu par les inquiétudes qui découlent des tensions en mer Noire. Si ces tensions s’envenimaient, les opérateurs craignent que les exportations de maïs de l’Ukraine soient affectées. Or, l’Ukraine est un exportateur de poids sur le marché mondial (elle assure 20 % des échanges mondiaux). Cette situation a surtout fait grimper les prix à Chicago et sur le marché physique aux USA (+17 $/t Fob Gulf cette semaine pour le maïs US) dans un contexte où les récoltes de l’Amérique du Sud ont été révisées en baisse au cours des dernières semaines à cause de la sécheresse.

Toutefois, les pluies des derniers jours et le fait que les effets négatifs du phénomène climatique la Niña devraient s’amoindrir dans les mois qui viennent en Amérique du Sud sont des éléments qui sont vite revenus modérer le prix du maïs. En France, les prix ont gagné 3 €/t au cours de la semaine (moins que ceux du blé et de l’orge) à 253 €/t Fob Rhin et 243 €/t Fob Bordeaux (base juillet).

La demande chinoise et les huiles soutiennent les prix du soja US

Cette semaine, le retour des pluies sur la partie sud des régions de production du soja en Amérique latine a plutôt permis une amélioration de l’état des cultures et de l’humidité des sols. Cela concerne particulièrement le sud de l’Argentine et l’Uruguay. Cela a contribué à faire baisser les prix du soja en début de semaine.

Néanmoins, plusieurs régions du sud-Brésil n’ayant pas reçu beaucoup d’eau cette semaine, la faible humidité des sols y reste préoccupante. Par ailleurs, la demande en soja est particulièrement soutenue au départ des USA cette semaine. Non seulement la trituration atteint des niveaux records, mais les acheteurs asiatiques semblent se tourner vers les États-Unis pour couvrir leurs approvisionnements, malgré la forte attractivité des origines concurrentes (Brésil notamment). Les pertes de potentiel en Amérique du Sud incitent en effet les importateurs à sécuriser leurs acquisitions auprès des exportateurs US. Le Mexique est également aux achats de manière régulière depuis début janvier. L’USDA a annoncé en début de semaine un achat de soja de 240 000 tonnes, ce qui représente l’achat mexicain le plus important depuis le mois de juillet 2021.

Enfin, les cours de l’huile de soja ont flambé de plus de 7 % en une semaine, portés par la très forte hausse des cours de l’huile de palme. La récente annonce par le gouvernement indonésien d’un projet de limitation des exportations d’huile de palme a en effet enflammé les marchés. Le gouvernement indonésien a tout d’abord annoncé mercredi le démarrage d’un système de demande de certificats d’exportation à partir du 24 janvier 2022. Il pourrait rapidement s’y ajouter un quota, qui limiterait fortement les volumes disponibles pour le marché mondial.

Les acheteurs d’huiles se sont donc reportés sur les huiles concurrentes, dont les cours ont fortement augmenté. Ces derniers ont aussi été soutenus par une hausse hebdomadaire de 4 % du prix du baril de pétrole, qui a dépassé 85 dollars à New York jeudi soir.

Les prix du soja ont ainsi nettement rebondi cette semaine, de 22 $/t sur le rapproché sur le marché de Chicago (à 524 $/t). Les prix des sojas sud-américains se sont aussi appréciés de 20 $/t environ en une semaine, que ce soit pour des livraisons rapprochées ou sur mai 2022.

Le tourteau de soja chute à Chicago, mais se maintient en France

Le rythme très soutenu de la trituration de soja aux États-Unis. Cette situation est responsable d’une offre abondante sur le marché. Elle est ainsi, pour le moment, supérieure à la demande. Les prix du tourteau se sont corrigés de 25 $/t à la baisse en une semaine.

Toutefois, étant donné que les conditions climatiques en Argentine sont toujours préoccupantes (malgré l’amélioration de cette semaine), les craintes pour l’approvisionnement du marché mondial en tourteau de soja restent de mise. Cela pousse les acheteurs français à se tourner vers la marchandise locale. Le prix du tourteau de soja à Montoir grimpe ainsi de 3 €/t supplémentaires cette semaine, et dépasse cette semaine le seuil des 500 €/t. Ce n’était pas arrivé depuis l’été 2012 !

Le pois remonte à la suite du prix de ses principaux concurrents dans les aliments composés (tourteaux de soja et blé). À 335 €/t départ Marne, en hausse de 5 €/t sur la semaine, le cours du pois fourrager reste historiquement élevé.

> À lire aussi : Une qualité correcte pour le pois (20/01/22)

Le colza recule sur le marché physique français

Le prix du canola au Canada a été fortement influencé par la brusque remontée des cours mondiaux des huiles végétales, du pétrole, et du soja US. Le canola canadien a ainsi augmenté de presque 30 $/t en une semaine. Le prix du colza sur le MATIF a suivi la même évolution sur le rapproché, puisqu’il grimpe de 20 €/t à 760,5 €/t pour l’échéance février 2022.

Néanmoins, la demande en colza est à la peine sur le marché physique français. Cela s’explique par des prix historiquement élevés de la graine oléagineuse, et de la bonne couverture des acheteurs sur les prochains mois. Les triturateurs se tournent plus volontiers vers le tournesol, moins coûteux. Ainsi, le prix du colza rendu Rouen a reculé de 4 €/t sur la semaine (son prix a baissé en début de semaine, puis remonté, mais dans une bien moindre mesure que son concurrent canadien). Le prix du colza Fob Moselle a lui diminué de 1 €/t entre le 13 et le 20 janvier.

Les conditions de cultures sont pour le moment correctes dans la plupart des pays d’Europe : les colzas sont en bon état globalement. Les prix de la nouvelle campagne s’affichent désormais un peu au-dessus de 600 €/t sur le Matif pour août 2022. Ces niveaux de prix restent très élevés, tirés par les très faibles disponibilités canadiennes : les stocks devraient rester en effet très bas jusqu’à la récolte du Canada, qui débute en général au mois de septembre dans les prairies de l’Ouest.

Le tournesol recule

Les ventes de tournesol se sont dynamisées sur les derniers jours, ce qui a entraîné les prix à la baisse en France. Les acheteurs n’étaient toutefois pas très présents, la couverture de leur approvisionnement sur le premier trimestre de l’année étant déjà bien avancé.

Le tournesol recule ainsi de 10 €/t à Saint-Nazaire sur la semaine, que ce soit en qualité standard ou en qualité oléique. En mer Noire toutefois, la forte remontée du cours des huiles a entraîné les prix Fob en hausse de 15 $/t sur la semaine, à presque 660 $/t.

Tallage

À suivre : Tensions politiques en mer Noire, attitude de l’Algérie envers les céréales françaises ; climat en Amérique du Sud, prix du pétrole, politique commerciale de l’Indonésie pour l’huile de palme, demande en huiles des pays émergents, conditions des cultures en Europe et mer Noire (colza).

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