La tendance à la hausse est stoppée pour les céréales mais elle continue sur le soja — sans entraîner le colza — avec la poursuite des achats chinois et les inquiétudes concernant l’impact de la sécheresse dans le Midwest américain.

Blé : stabilisation des prix français

Les prix du blé sur le marché mondial sont restés soutenus jusqu’en début de semaine par la forte progression des prix russes et l’achat de 251 000 tonnes de blé US par la Chine. L’échéance décembre d’Euronext se situait à 188,5 €/t en milieu d’après-midi aujourd’hui, en hausse de 2 €/t par rapport au niveau de la semaine dernière. En plus des éléments concernant uniquement le blé, les prix de la céréale ont suivi depuis deux semaines le mouvement haussier imprimé par le maïs et le soja en raison des dégâts dus à la sécheresse dans le Midwest américain.

Alors que la récolte en Russie reste estimée à un niveau élevé, proche de 80 millions de tonnes, les prix russes ont continué de grimper fortement cette semaine (+7,5 $/t à 216 $/t Fob Novorossiysk) à cause de chargements voisins des records historiques en août (proches de 5 millions de tonnes) alors que les producteurs russes restent peu vendeurs face à une demande qu’ils voient très soutenue.

Sans surprise, l’achat de l’office d’état égyptien (GASC) cette semaine s’est porté encore sur les blés russes ; néanmoins, on peut souligner que la quantité achetée est restée très faible (50 000 tonnes seulement) face à la nette montée des prix (240,5 $/t CAF – arrivée à destination) par rapport à l’appel d’offres précédent (230 000 tonnes à 227,9 $/t CAF).

Vers l’Algérie, ce sont les blés baltes qui mènent le jeu ces derniers jours. Des blés suédois et allemands sont aussi attendus vers cette destination : cela n’a rien d’étonnant mais les volumes en jeu seront sans doute plus importants que d’habitude à cause de la faiblesse de la récolte française.

En Argentine, la situation a arrêté de se détériorer grâce à des pluies bénéfiques dans le centre du pays mais les rendements seront quand même affectés par la sécheresse qui a sévi au cours des deux derniers mois. En Australie, les deux dernières semaines ont été sèches : rien d’inquiétant pour l’instant mais cette phase vient rappeler que les rendements sont loin d’être garantis encore dans l’hémisphère Sud.

Dans ce contexte de bonne activité sur le marché mondial et de montée des prix en mer Noire, les blés français ont grimpé en début de semaine mais leur progression s’est arrêtée en fin de semaine en raison d’une faible compétitivité d’une part mais aussi du retrait qui s’opère actuellement sur Chicago depuis deux jours en maïs, poussant aussi le blé vers le bas après des prises de profit importantes. Les prix se retrouvent donc quasiment stables par rapport à vendredi dernier, à 185,75 €/t Rendu Rouen en base juillet.

L’orge décroche

Le prix de l’orge reste stable aussi sur l’échéance octobre-décembre (166,25 €/t en base juillet rendu Rouen) mais les cotations chutent sur le rapproché à 164,25 €/t (-6 €/t) sur septembre. Sur le marché mondial, l’orge française perd 8 $/t à 200 $/t Fob Rouen, la petite chute de l’euro face au dollar renforçant la baisse en dollar. Les chargements français vers la Chine continuent (85 000 tonnes cette semaine) mais ils ne sont plus du tout aussi importants que ce qui a été observé en juillet et début août ; les prix semblent commencer à refléter cet essoufflement. Les orges françaises demeurent par ailleurs plus chères que leurs concurrentes de la mer Noire qui se sont pourtant encore appréciées cette semaine. L’Algérie vient d’acheter 180 000 tonnes d’orge fourragère cette semaine à 214 $/t arrivée à destination pour des chargements entre le 1 et le 30 octobre. Ce prix est supérieur au prix que l’on peut calculer si l’affaire porte sur des orges de la mer Noire et légèrement inférieur seulement (de moins de 10 $/t) à celui des orges françaises. La situation est ouverte donc en ce qui concerne l’origine qui servira cet achat.

La guerre commerciale entre l’Australie et la Chine est revenue sur le devant de la scène cette semaine suite à des déclarations chinoises selon lesquelles les chargements d’orge en provenance de la grosse coopérative australienne CBH auraient contenu des impuretés à plusieurs reprises. La Chine fait référence à des chargements de 2019 selon CBH et ses déclarations viennent mettre de l’huile sur le feu alors que les chargements d’orge australienne vers la Chine sont arrêtés depuis le printemps suite à la taxe prohibitive de 80,5 % imposées par la Chine sur les orges chinoises.

En orge de brasserie, les cotations se sont au contraire accrues, gagnant 2 €/t à 173 €/t pour les orges d’hiver et 0,5 €/t à 173,5 €/t pour les orges de printemps Fob Creil (base juillet). La différence entre les deux qualités est devenue quasiment nulle en raison d’importance du surplus attendu en orge de printemps.

Le maïs en baisse à Bordeaux

Selon le dernier état des cultures publié par CéréObs, la situation des maïs français s’est encore légèrement dégradée la dernière semaine d’août, la part des parcelles classées bonnes à excellentes passant de 62 % le 24 août à 61 % le 31 août (soit le même niveau que l’an dernier à la même date). Cette situation, conjointe à la révision en baisse de la récolte en Roumanie et en Ukraine après les conditions sèches du mois d’août, soutiennent les prix du maïs Fob Rhin qui gagnent 1 €/t en nouvelle récolte à 168 €/t (base juillet). Les prix abandonnent en revanche 1 €/t sur la façade atlantique (à 168 €/t) et cela reflète l’accalmie de Chicago après les fortes hausses des dernières semaines. Ces hausses ont été déclenchées par les ouragans aux USA, la situation sèche du Midwest, les révisions en baisse des récoltes en Europe et mer Noire et la poursuite d’achats chinois importants (encore 1,2 millions de maïs US achetés cette semaine par la Chine). Ces situations de culture à travers le monde vont venir affecter légèrement à la baisse la production mondiale mais il faudrait encore d’autres facteurs néfastes pour que le bilan mondial perde vraiment de sa lourdeur. Après l’envolée des dernières semaines, les prix redescendent donc doucement aux USA mais ils poursuivent leur hausse en Ukraine.

Le soja poursuit sa progression

Le soja reste soutenu par la forte demande chinoise et les risques climatiques. Après des mois d’achats très importants de fèves brésiliennes pour des livraisons sur le rapproché, la Chine accélère maintenant ses achats de soja US. Cela a rassuré les opérateurs quant à la volonté de la Chine d’honorer ses engagements dans le cadre de l’accord commercial signé en janvier. La Chine a ainsi encore acheté 480 000 tonnes de soja US mercredi pour chargement en décembre et janvier

Les inquiétudes concernant l’offre ont aussi alimenté la hausse des cours.

Aux USA, l’Iowa a en effet subi une violente tempête ayant potentiellement endommagé des cultures de soja d’une part et la situation est sèche dans le Midwest d’autre part. Cela suscite de l’inquiétude mais les perspectives de récoltes dans le Midwest s’annoncent toujours très bonnes dans l’ensemble en raison des excellentes conditions climatiques qui ont prévalu en début de cycle. Le climat des prochaines semaines peut toutefois faire évoluer la production, les cultures étant dans la phase clef du remplissage des gousses.

Au Brésil, les conditions plutôt sèches en août et le risque accru du phénomène météo La Niña ont également mis en alerte les opérateurs, des conditions climatiques extrêmes pouvant en effet compromettre le bon déroulement des semis qui débutent en septembre.

Le soja a aussi de nouveau été soutenu par la progression du prix de l’huile de palme et la faiblesse du dollar. Il monte ainsi de 10 $/t cette semaine à 356 $/t à Chicago sur l’échéance septembre.

Les tourteaux continuent de suivre

Ils gagnent 13 €/t cette semaine à 346 €/t à Montoir, poussés par les tourteaux US qui s’apprécient, eux, de 14 $/t à 339 $/t. Les tourteaux suivent l’influence de la graine de soja mais ils grimpent aussi suite à un renforcement de la demande combiné à un amenuisement des disponibilités. En effet, les très bas niveaux de prix observés ces derniers mois ont ravivé l’intérêt des acheteurs. A l’échelle mondiale, la demande des fabricants d’aliments en tourteaux reste nourrie par des rapports de compétitivité très favorables vis-à-vis des céréales. Bien que la reprise de la consommation en viandes reste timide dans la plupart des pays, les besoins d’importations de la Chine demeurent exceptionnels étant donné le déficit en viande porcine localement. Le pays s’est toutefois engagé dans une forte dynamique de reconstitution des cheptels porcins pour regagner son autonomie alimentaire, ce qui soutient la demande en tourteaux.

Les pois fourragers gagnent, eux, 2 €/t suivant les tourteaux avec prudence à cause de la stabilisation du prix des céréales.

Le colza fait bande à part

Contrairement à la semaine dernière, le colza français n’a pas suivi le soja mondial à la hausse et cela peut s’expliquer en partie par des récoltes plus élevées que prévu dans le centre et le Nord de l’UE (Allemagne, Pologne surtout).

Malgré tout, la production européenne (Royaume-Uni compris) ne remontera pas après le niveau très faible de 17 millions de tonnes engrangées l’an passé. Justement, la récolte s’est effondrée dans ce pays à un niveau historiquement faible et cela entraîne des difficultés pour les triturateurs à s’approvisionner à hauteur des volumes habituels en ce début de campagne.

Par ailleurs, les prix restent soutenus sur l’ensemble du marché mondial. En Australie, les prix remontent sous l’effet de l’amenuisement des disponibilités sur la fin de campagne australienne (la nouvelle récolte n’étant pas attendue avant octobre) ; au Canada, ils gagnent 5 $/t cette semaine à la suite du soja. Les observateurs locaux font part de bonnes conditions pour la plupart des champs dans les prairies de l’ouest canadien. Toutefois, le temps a été plus sec et plus chaud que la normale sur le mois d’août, qui correspond à la période de remplissage des gousses. Le Saskatchewan et le sud de l’Alberta sont les zones les plus touchées. Le déficit est bien moins marqué dans le Manitoba. Cela a probablement affecté le potentiel des cultures, qui reste néanmoins meilleur que l’an dernier grâce à un très bon début de cycle. Les récoltes ont démarré à la mi-août au Canada pour les champs les plus précoces. Elle devrait s’accélérer au mois de septembre.

Dans ce contexte, les prix français ne montent pas sans baisser pour autant ; ils restent situés à 386 €/t rendu Rouen.

Envolée du tournesol

Le prix du tournesol à Saint-Nazaire rebondit très nettement cette semaine à 365 €/t pour l’oléique et 360 €/t pour la qualité standard soit des hausses respectives de 15 et 20 €/t. Cette envolée va de pair avec un très fort renchérissement des cotations ukrainiennes qui gagnent 30 $/t, tirées vers le haut par l’envolée des prix de l’huile de tournesol. Les stocks d’huile de tournesol sont extrêmement bas en Ukraine actuellement alors que de nombreux achats sont en cours et que la récolte des graines est retardée et risque d’être un peu plus basse que prévu. En outre, la teneur en huile s’annonce plutôt inférieure à celle de l’an dernier (de 1 point environ) dans ce pays. Cette envolée est bien sûr soutenue aussi par l’orientation haussière du complexe oléagineux mais il est important de noter que les évolutions de la graine et de l’huile de tournesol sont nettement plus marquées que celles des autres produits oléagineux.

Tallage

À suivre : attitude des vendeurs russes en blé, passage de relais entre la France et d’autres origines vers la Chine en orge, nouvelles estimations des récoltes de maïs US, UE et mer Noire, déroulement de la récolte de tournesol dans l’hémisphère Nord, achats chinois pour toutes les matières

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