Les inquiétudes liées au coronavirus et la nécessité de regagner en compétitivité ont poussé les céréales françaises, le blé surtout, à la baisse cette semaine. Le colza a suivi mais pas les tourteaux.

Les prix du blé sont retombés cette semaine après la hausse continue depuis le début du mois de janvier. Ils viennent de perdre 6 €/t rendu Rouen (à 185,75 €/t, base juillet) et valent désormais 216 $/t Fob Rouen, soit nettement moins que les blés russes qui stagnent aux alentours de 230 $/t.

La chute des prix français a eu lieu de concert avec celle des blés US, ces origines marquant le pas après les hauts niveaux atteints la semaine dernière. Ces niveaux ont suscité des prises de profit et donc des ventes de la part d’opérateurs, financiers notamment, devenus inquiets face au développement du coronavirus et des incertitudes induites pour l’économie chinoise et mondiale. Nous estimons toutefois que bien que réelle puisqu’elle limite les flux, l’épidémie n’en est pas au point de réduire de manière draconienne la demande mondiale de blé, sauf si elle devait s’installer pour une longue période.

Les blés français regagnent en compétitivité

Les blés français sur Euronext n’ont donc pas passé la barre des 200 €/t. L’activité est restée importante sur le marché mondial cette semaine avec un achat de 60 000 tonnes de la Jordanie et de 70 000 tonnes de l’Éthiopie (origines optionnelles). La Chine a fait parler d’elle avec deux achats de blé australien, l’un de 150 000 tonnes et l’autre (à confirmer toutefois) de 250 000 tonnes. Ces achats ne sont pas une surprise mais ils viennent probablement confirmer la fin de la fenêtre de vente pour les blés européens vers cette destination. En Tunisie, l’office des céréales a conseillé à l’industrie d’éviter les ports français pour charger du blé dans les semaines qui viennent en raison des difficultés et surcoûts logistiques liés aux grèves.

L’ensemble de ces facteurs ont contribué à la baisse des prix français et permis, en retour, un regain de compétitivité face aux blés concurrents, russes notamment. Faisant suite à cela, la France l’a emporté comme la seule origine lors de l’achat de l’Égypte le 30 janvier (180 000 tonnes pour chargement entre le 11 et le 25 mars).

L’orge fourragère continue de reculer

L’orge fourragère française Fob Rouen a perdu 1 €/t cette semaine (à 162 €/t rendu Rouen en base juillet), soit un peu moins de 2 $/t au cours de la semaine (à 189 $/t Fob Rouen). Son prix a chuté moins fortement que celui du blé cette semaine mais la baisse avait déjà été enclenchée la semaine dernière. En tout début de semaine, l’Arabie Saoudite a acheté 900 000 tonnes d’orge fourragère. La Russie semble l’origine la plus probable pour cette affaire au regard de sa bonne compétitivité à la fin de la semaine dernière ; les cours russes ont d’ailleurs bondi de 5 $/t depuis l’achat (à 195 $/t Fob). Cette semaine, c’est la Tunisie qui a annoncé un appel d’offres pour 75 000 tonnes d’orge fourragère. Cette fois-ci, l’origine française pourrait l’emporter grâce à son regain de compétitivité et à un coût de transport vers l’Afrique du Nord légèrement inférieur à celui de la mer Noire. Seul nuage à l’horizon : les grèves françaises dans les ports inquiètent la Tunisie qui a conseillé à ses fournisseurs d’éviter l’origine française dans le cadre d’un appel d’offres en blé. En sera-t-il de même pour l’orge ?

Pour les orges de brasserie, les cotations pour la récolte de 2019 ont perdu 2 €/t, aussi bien pour les variétés de printemps que pour celles d’hiver à respectivement 161 €/t et 159 €/t (Fob Creil, en base juillet). Pour la récolte de 2020, les prix ont moins évolué : l’orge de printemps a reculé de 1 €/t, seulement à 176 €/t, tandis que l’orge d’hiver s’est maintenue à 172 €/t. Sur la prochaine campagne, l’écart de prix entre variété de printemps et d’hiver reste faible et si les semis de printemps se déroulent dans de bonnes conditions, ce faible écart devrait perdurer à moyen terme.

Le maïs résiste mieux que le blé

Le maïs a vu son prix chuter cette semaine sur le marché français, de 1 €/t Fob Rhin (à 171 €/t, base juillet) et de 3 €/t Fob Bordeaux (à 167,5 €/t). Cette baisse a suivi celle du marché mondial et la perte de 4 à 5 $/t des maïs US. Ce sont surtout les craintes de ralentissement de l’économie mondiale (coronavirus) qui ont pesé mais l’impact sur le maïs a été moins marqué que sur le blé ou le soja. Comme pour le blé par ailleurs, cet impact n’a pas concerné la mer Noire où les maïs se sont même renchéris de 3 $/t en Ukraine.

Le colza n’échappe pas à l’ambiance baissière

Le prix du colza s’est nettement affaissé cette semaine, perdant 9 €/t à Rouen (397 €/t) et 4 €/t sur la Moselle (403 €/t). Depuis le pic atteint aux alentours du 10 janvier 2020, le colza français a donc abandonné 20 €/t même si son prix reste supérieur à celui du début de décembre.

Depuis la mi-janvier, plusieurs éléments modérateurs sont rentrés en jeu : le prix de l’huile de palme a baissé de 11 % entre le 10 et le 30 janvier (poussant l’huile de colza vers le bas), faisant suite au boycott par l’Inde des achats d’huile de palme de la Malaisie (en raison du conflit diplomatique qui oppose les deux pays dans le dossier du Cachemire). Le soja a joué un rôle également dans l’affaissement des prix du colza : outre les déceptions et incertitudes des opérateurs concernant les achats potentiels de soja US par la Chine, le démarrage de la récolte de soja en Amérique du Sud et le flux massif que cela va apporter sur le marché mondial a pesé sur les prix du soja. Enfin, cette semaine, c’est surtout l’explosion des craintes concernant l’impact du coronavirus sur l’économie, chinoise notamment, qui est venue rajouter une note baissière. La limitation de la circulation des citoyens pour éviter la propagation du virus en Chine pourrait affecter négativement les consommations d’huiles et viandes, via une diminution de la consommation de repas hors foyer et de repas de fêtes. Aujourd’hui, nous estimons que l’impact de ces mesures est réel mais de faible ampleur. Notre analyse pourrait changer si les mesures sanitaires durent plusieurs mois.

Une situation serrée toutefois pour le colza

Il ne faut pas perdre de vue toutefois que la tendance de fond reste celle d’une tension en colza avec un manque de disponibilités en graines de colza dans l’UE et dans le monde face à une demande soutenue. Les stocks mondiaux de la fin de la campagne cet été sont toujours prévus très faibles en colza alors que la production en 2020 s’annonce basse dans l’UE. Par ailleurs, malgré leur chute récente, les prix des huiles végétales devraient continuer d’apporter leur soutien aux prix mondiaux de la graine de colza, celui de l’huile de palme notamment. En effet, la production d’huile de palme a baissé par rapport à l’an dernier sur les derniers mois de 2019 alors que la demande alimentaire des pays émergents et celle de l’industrie asiatique du biodiesel demeurent soutenue.

Le tournesol reste de marbre

Soutenu par des fondamentaux porteurs (de bonnes marges de trituration et un besoin d’importation élevé dans l’UE), le tournesol a bien résisté cette semaine à la pression baissière généralisée du complexe oléagineux. Son prix reste stable à Saint-Nazaire (à 382,5 €/t) et n’abandonne que 5 $/t (à 405 $/t) au départ de la mer Noire. Les cours de tournesol ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis trois ou quatre ans (selon les origines). Une bonne demande industrielle, des échanges très dynamiques (en graine et en huile), des faibles stocks dans l’UE sont à l’origine de ce net rebond des prix de la graine oléagineuse.

Les tourteaux français résistent

Les cours du soja sur le marché de Chicago ont poursuivi leur baisse pendant huit jours consécutifs avant de faire une pause ce vendredi 31 janvier. L’échéance la plus proche vaut 322 $/t (–12 $/t par rapport à la semaine dernière). Comme décrit ci-dessus, le coronavirus suscite la crainte d’une réduction éventuelle des besoins de soja en Chine et vient donc amoindrir les perspectives d’exportation de soja US à ce pays. Elle sème aussi le doute concernant la logistique chinoise et cela se reporte sur le prix d’un grand nombre de matières premières. Il n’en fallait pas plus pour semer la panique alors que les sojas américains font face à la compétition brésilienne sur cette destination. La perspective d’une excellente récolte brésilienne dans les semaines à venir a pesé aussi avec des conditions climatiques demeurant globalement favorables au bon développement des cultures dans les principales régions productrices. Néanmoins, les statistiques officielles des exportations US publiées jeudi pour décembre 2019 montrent une remontée des chargements US à la Chine par rapport au mois de décembre 2018. Cela était attendu mais est venu stopper la baisse des prix.

Les tourteaux de soja US ont suivi la graine et affichent ainsi une réduction de 7,5 $/t cette semaine à Chicago. En revanche, cet affaissement ne s’est pas reporté sur le marché français où les tourteaux de soja (+3 €/t, à 340 €/t délivré Montoir) et les pois (+4 €/t, à 224 €/t départ Marne) restent soutenus par les prix élevés de leurs concurrents (tourteaux de colza et de tournesol). Le tourteau de soja conserve en effet une bonne compétitivité face à ses deux principaux concurrents dans les aliments industriels pour la seconde moitié de la campagne.

Tallage

À suivre : compétitivité UE-mer Noire, développement des céréales dans l’hémisphère Nord, climat en Amérique latine (soja), développement de l’épidémie du coronavirus, importations de colza de l’UE, conditions météorologiques en Europe et dans la zone de la mer Noire (colza), importations chinoises de soja