Sur un marché qui n’a guère de nouvelles fondamentales à se mettre sous la dent, ce sont les caprices de Dame Nature qui monopolisent l’attention en cette période hivernale propice aux spéculations sur l’état des cultures. Cela ne suffit toutefois pas à sortir le marché français de sa torpeur, sur fond de taux de change euro/dollar très défavorable aux origines européennes.

Des inquiétudes météo encore insuffisantes pour exciter les prix du blé

En blé tendre, les prix français ont peu évolué depuis la semaine dernière, avec un rendu Rouen qui végète à 151,5 €/t. Plombé par des exportations à la traîne et par une remontée de l’euro face au dollar (qui désavantage les origines européennes), le prix du blé français n’a guère été affecté par le sursaut des cours enregistré aux États-Unis.

Le prix du Hard Red Winter, principalement cultivé dans les grandes plaines centrales, a en effet bondi les 2 et 3 janvier sous l’effet de la chute brutale des températures (passées sous les –20°C) alors que les cultures ne sont pas couvertes par une couche de neige protectrice. Cela s’ajoute à la sécheresse persistante que connaît actuellement le Kansas (avec un déficit proche de celui enregistré en 2011 et 2013 à la même date), le tout entériné par la dégradation de la note de l’état des cultures publiée par les autorités américaines cette semaine. L’ampleur des dégâts potentiels reste toutefois très difficile à évaluer.

Les marchés US sont d’ailleurs repartis à la baisse depuis deux jours, effaçant une bonne partie des gains récents. Autre point de fixation du marché sur l’air de « cela pourrait mal finir », les températures douces qui se sont durablement installées autour de la mer Noire. Faute de couche neigeuse suffisante, les cultures pourraient être menacées en cas de violente vague de froid (qui n’est actuellement pas annoncée).

Pendant ce temps, l’Algérie est revenue aux achats hier, avec au moins 400 000 tonnes à livrer en février-mars (pour des prix compris entre 209 et 213 $/t rendu en Algérie). Les rapports de prix placent les origines française et argentine au coude-à-coude, et une large part de la commande devrait se jouer entre ces deux pays – sans aucune garantie pour le blé français !

Le maïs européen toujours plus cher que la concurrence

Le marché du maïs français est aussi atone que celui du blé. Comme pour ce dernier, malgré quelques petites excitations climatiques, c’est l’offre mondiale abondante qui cloue les prix au sol. Les fluctuations du Fob Bordeaux depuis la semaine dernière restent inférieures à un euro/tonne, à 153,75 €/t. Les origines alternatives restent bien plus compétitives (et l’appréciation récente de l’euro n’améliore pas les choses), à l’instar des maïs nord et sud américains.

Ces derniers grignotent quelques dollars par tonne sous l’effet d’un manque de pluie persistant en Argentine, doublé de l’annonce de températures assez élevées pour les semaines à venir. Pas encore de quoi mettre le feu aux poudres suite à l’arrivée de quelques pluies, certes insuffisantes, mais qui ont détendu l’atmosphère.

Par ailleurs, le soutien apporté par le marché du bioéthanol aux États-Unis commence à s’étioler, faisant suite à un ralentissement de la production de biocarburant jusqu’ici très dynamique. Du côté de l’Ukraine, les exportations peinent à monter à plein régime en raison d’embouteillages logistiques. Il faut à présent surveiller l’évolution des cas de grippe aviaire qui se sont déclarés en Asie. La situation semble pour l’heure sous contrôle, mais dans le cas contraire l’impact sur la demande de maïs pourrait être significatif.

Orge, vous avez dit orge ?

Rien à signaler cette semaine sur le marché de l’orge , qui continue de faire profil bas. Le rendu Rouen s’affiche toujours autour de 146 €/t, tandis que le raffermissement de l’euro face au dollar n’est pas de bon augure pour les exportations européennes. Néanmoins, la devise russe repart elle aussi à la hausse sur fond de renchérissement du prix du pétrole.

Halte à la chute des cours du soja, dans l’attente du rapport de l’USDA

Le cours du soja sur le marché à terme de Chicago affiche une modeste reprise cette semaine. Il gagne 5 $/t par rapport au 28 décembre, date à laquelle le cours atteignait un niveau proche du minimum des quatre derniers mois. Ce léger rebond du prix de la fève est essentiellement dû au retour des inquiétudes à propos du déficit hydrique en Argentine.

Il semble effectivement de plus en plus probable que les producteurs du nord du pays ne pourront pas semer la totalité des surfaces prévues faute de précipitation, alors qu’ailleurs les semis déjà effectués voient leur développement localement perturbé par le manque d’eau. Les cours du soja restent néanmoins inférieurs de pratiquement 20 $/t par rapport au pic atteint au début de décembre, et les fondamentaux du marché ne laissent pas présager, pour le moment, de hausse notable des cours.

L’USDA (département américain de l’Agriculture) publiera son rapport mensuel la semaine prochaine : on y surveillera particulièrement les potentielles révisons de récolte en Argentine (à la baisse) et au Brésil (à la hausse), ainsi que les nouvelles estimations de production et d’exportations des USA – prévisions d’exportations qui semblent toujours trop élevées au regard des ventes effectuées au 28 décembre.

Les cours du colza se reprennent

Après 7 semaines consécutives de baisse, le prix du colza regagne du terrain sur l’ensemble des marchés. Les cours enregistrent des hausses de 8 €/t rendu Rouen et Fob Moselle, 10 €/t sur Euronext et 11 $/t sur l’ICE au Canada.

Trois principaux éléments sont à l’origine de cette hausse des cours. D’un côté, la demande mondiale en huile de palme, dont le prix impacte fortement huile et graine de colza, devrait subir une hausse saisonnière en Chine à partir de la mi-janvier (nouvel an chinois), et devrait faire face à une demande mondiale vigoureuse au cours des prochaines semaines. D’autre part, les soulèvements populaires en Iran et la crise politique au sein de ce producteur majeur de pétrole constituent un élément haussier pour les prix de l’or noir, ce qui se répercute sur les prix de l’huile et de la graine de colza. Enfin, la vague de froid touchant l’Amérique du Nord limite les mouvements de canola au Canada, et entraîne une demande accrue en énergie, contribuant à pousser le prix du baril au-delà des 60 $/t.

Le prix du tournesol rendu Saint-Nazaire est inchangé, à 315 €/t.

Légère hausse du prix du tourteau à Chicago

Le prix du tourteau de soja sur le marché de Chicago suit la légère hausse de la graine de soja : il est en hausse de 4 $/t par rapport au 28 décembre. Sur le marché européen, la hausse de l’euro contrebalance cette évolution. Le tourteau de soja départ Montoir est en baisse de 2 €/t sur la semaine.

L’intensité et la durée de la vague de froid pourraient entraîner une croissance ponctuelle des besoins en aliment aux USA, ce qui serait de nature à supporter la cotation du tourteau sur le CBOT sur le court terme.

Le prix du pois fourrager est inchangé cette semaine à 175 €/t départ Marne.

À SUIVRE : vague de froid en Amérique du Nord, potentiels de récolte en soja et maïs en Argentine et au Brésil, absence de couche neigeuse sur les blés en Russie, rythme de vente des sojas US, demande en huile, crise en Iran, taux de change (euro, rouble et dollar).

Tallage
Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Une embellie de courte durée en blé

« L’embellie n’a pas duré longtemps », souligne Sitagri, alors que le blé était marqué le 24 mai 2022 à la baisse, après avoir rebondi au début de la semaine. À Chicago, les marchés ont en effet clôturé mardi en ordre dispersé : le blé a cédé 35 c et le maïs 14 c.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza cède du terrain

Le colza clôturait en baisse hier et s’ouvrait en baisse également sur Euronext le 25 mai 2022 au matin. Il « évolue globalement dans un range relativement étroit depuis quelques semaines », note toutefois Agritel.