Dans « Marche avec les loups », Jean-Michel Bertrand retrace la dispersion de jeunes loups : quand les louveteaux de l’année en cours naissent ceux nés l’an passé sont obligés de quitter leur meute. Ils partent ainsi en quête d’un territoire et d’un partenaire. Ce film est la suite de « La Vallée des loups », réalisé en 2017. Pour ce dernier documentaire, le réalisateur a passé deux ans à prendre en filature ces « subadultes » dans leur périple, passant pour certains des Alpes au Jura.

Des avant-premières « disputées »

Un documentaire qui traite du loup a de grandes chances d’attiser l’intérêt du monde agricole. « Marche avec les loups » n’a pas fait exception à la règle et a déclenché une polémique à l’occasion des avant-premières. En novembre dernier, il était diffusé à Gap, à l’occasion d’un festival. Jean-Michel Bertrand raconte que la FDSEA avait prévu de réaliser une manifestation. Il ajoute qu’elle a été annulée par « respect pour le festival ». Une décision que le réalisateur dit avoir saluée lors de la diffusion du film.

Au début de janvier, une nouvelle avant-première s’est déroulée. Sandrine Hauser, secrétaire de la FDSEA des Hautes Alpes et responsable du dossier loup au niveau national, explique que le syndicat a voulu organiser une distribution de tracts à cette occasion.

« Si on n’a plus le droit de faire des films, cela devient malsain », s’agace le réalisateur. Sandrine Hauser estime qu’il ne s’agissait pas de s’élever contre la liberté d’expression mais de « dire la vérité sur le loup et d’arrêter de dire que c’est un gentil animal de compagnie, explique l’éleveuse, nous avons demandé un droit de réponse qui nous a été refusé », ajoute-t-elle.

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Opposition de « vérités »

Le réalisateur s’agace de voir des gens critiquer un film qu’ils n’ont pas vu. Sandrine Hauser souligne qu’elle n’a pas besoin de voir le film car elle a vu le documentaire précédent du réalisateur. « Je sais qu’on n’y voit pas de bêtes égorgées, ni d’éleveurs qui pleurent », réplique l’éleveuse. Elle complète en précisant que les tracts mentionnaient seulement les chiffres des dégâts causés par le loup dans les élevages au niveau national et départemental. « En 2019, les loups ont tué plus de 1 500 bêtes, soit l’équivalent du cheptel de 6 exploitations dans les Hautes-Alpes », énonce l’éleveuse.

De son côté, Jean-Michel Bertrand se défend d’être complètement « pro-loups ». S’il dit ne pas être un fervent défenseur des tirs de prélèvement, il ne s’oppose pas forcément aux tirs de défense. Il avance d’ailleurs être partisan des débats constructifs avec les éleveurs. « Il faut remettre de la réalité dans les fantasmes qui animent adoration et haine du loup je suis une voie médiane. » Sandrine Hauser affirme justement avoir demandé à organiser un débat afin que « chacun puisse dire ses vérités ». Finalement, la distribution de tracts a été annulée en raison de problèmes techniques. Cependant, le réalisateur a aussi reçu des menaces de mort et en a publié certaines.

Lettre de menace reçue par Jean-Michel Bertrand. © J.-M. Bertrand

Des menaces de mort que Sandrine Hauser condamne fermement. « Nous n’avons rien de personnel contre ce monsieur. Je ne supporte pas que des gens soient menacés, c’est inadmissible », insiste la responsable syndicale.

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Marie-Astrid Batut