La FNSEA et JA (Jeunes Agriculteurs) avaient invité les agriculteurs ce 22 octobre 2019 à manifester devant les préfectures dans tout le pays. Si les fédérations départementales se sont approprié les messages nationaux – agribashing, accords commerciaux et étiquetage des produits – elles en ont aussi profité pour relayer leurs propres enjeux. Loup dans le Cantal, viticulture dans l’Hérault, risque climatique en Auvergne-Rhône-Alpes : les préfets ont pu prendre la température des crises locales.

Les troupes semblent avoir été plus clairsemées que lors de la première journée d’action du 9 octobre, mais les syndicats ne s’en émeuvent pas. L’enjeu de cette journée était la couverture territoriale, un objectif atteint avec 85 % de départements mobilisés.

17h10 : Et si la loi sur l’agriculture et l’alimentation fonctionnait ?

« La parole présidentielle doit ramener le calme et la raison, pour redonner confiance aux consommateurs dans l’agriculture et les agriculteurs », répète le secrétaire général de JA, Arnaud Gaillot.

Interrogé par rapport aux déclarations de Didier Guillaume sur LCI, Arnaud Gaillot défend le cri de ralliement « Macron, réponds-nous ! ». « Je ne pense pas que nous manquions de respect au président, mais s’il s’enferme dans son silence, nous allons finir par croire que le manque de respect est de son côté à lui », déplore Arnaud Gaillot.

Pour qu’une entreprise améliore les choses, elle a besoin d’argent.Arnaud Gaillot, secrétaire général de Jeunes Agriculteurs

Du côté de JA, on attend impatiemment la mise en application de la loi « Agriculture et Alimentation ». « Si cette loi fonctionnait à 100 %, nous pourrions féliciter le gouvernement de son action. Mais ce n’est pas encore le cas, et il y a encore 50 % des agriculteurs qui ne gagnent pas le Smic. Ramenons du revenu dans les exploitations, et après, les agriculteurs pourront faire tous les efforts demandés », exige Arnaud Gaillot.

17h00 : Rencontre à la préfecture de Nancy

Les tracteurs se sont rejoints devant le stade Marcel Picot, en fin de matinée avec, pour message, « Macron réponds-nous ! ». Le convoi a ensuite défilé dans la ville de Nancy (Meurthe-et-Moselle), pour finir devant la préfecture où une bâche a été accrochée.

Les agriculteurs de la Meurthe-et-Moselle mobilisés au stade Marcel Picot. © JA54

La rencontre avec le préfet est prévue pour 17h00. Les agriculteurs reprendront les mots d’ordre nationaux, comme l’explique Baptiste Lespagnol, président de JA de la Meurthe-et-Moselle : « Nous dénonçons l’agribashing, les accords Ceta-Mercosur et la surtransposition des règles. »

16h30 : « M. et Mme Macron, faites le glyphotest ! »

Dans la Meuse, une bâche « M. et Mme Macron, faites le glyphotest » a été déposée sur les murs de la préfecture. Une délégation devrait rencontrer le préfet à la fin de l’après-midi.

« M. et Mme Macron, faites le glyphotest », la bâche provocatrice des syndicats sur la préfecture de Bar-le-Duc (Meuse). © JA55

« Tous les six mois, on change de politique. Or nous produisons sur des cycles biologiques bien plus longs », déplore le secrétaire général des JA du Grand Est, Baptiste Picard. « Aujourd’hui, nous avons besoin de réponses. La vraie question est : voulez-vous encore que l’on produise ? »

16h00 : Bilan officiel, 85 % des départements mobilisés

Au quartier général de la FNSEA, lors du point de presse, on se félicite des résultats de cette journée, avec 85 % des départements mobilisés.

Les manifestants seraient moins nombreux que le 9 octobre dernier, une baisse que les organisateurs attendaient. « L’objectif n’était pas une action de masse. L’idée était d’avoir autant de points de blocage. Les agriculteurs sont des chefs d’entreprise, qui ne peuvent pas se permettre de prendre de jours de congé pour manifester », a lancé Christiane Lambert, la présidente du syndicat majoritaire, aux journalistes.

Certains agriculteurs n’osent plus mettre la radio ou la télé, ce n’est pas possible.Arnaud Gaillot, secrétaire national de JA

Arnaud Gaillot, secrétaire général de JA, rappelle la nécessité d’un débat plus serein sur l’agriculture et les techniques de production. « Aujourd’hui, le débat raisonnable sur l’agriculture n’est plus possible. Le chef de l’État doit dire stop, et exiger le retour à l’apaisement », a exhorté Arnaud Gaillot à la suite de Christiane Lambert.

14h20 : Campagne d’affichage dans le département de l’Eure-et-Loir

Pendant une quinzaine de jours, ce seront une cinquantaine de panneaux « Votre alimentation commence ici » que les automobilistes verront sur les grands axes. Ceux-ci seront installés dès cet après-midi sur tout le département.

L’un des cinquante panneaux déposés dans l’Eure-et-Loir, près de Janville. © JA28

Il y a trois semaines, les agriculteurs s’étaient déjà rendus dans les grandes surfaces pour dénoncer l’origine des produits. Aujourd’hui, ils attendent des réponses concrètes. « On sait que nous aurons du mal à les avoir. C’est dommage », déplore Julien Lefèvre, secrétaire général des JA de l’Eure-et-Loir qui n’écarte pas la possibilité d’une action à la « mi-novembre » dans le cas où le gouvernement ne répondrait pas rapidement.

13h10 : « Prisonniers de demandes contradictoires » dans le Finistère

13h00 : Informer les consommateurs sur l’origine du vin dans l’Hérault

« Notre but c’est de communiquer positivement, pas de gêner les gens », indique Jean-Pascal Pelagatti, le secrétaire général de JA de l’Hérault. Avec la pluie, impossible cependant pour les agriculteurs de s’installer comme prévu sur la place de la Comédie au cœur de Montpellier.

Étiquetage du miel dans les rayons d’un Carrefour de Montpellier. © JA Herault

Ils se sont donc rabattus sur le centre commercial Odysseum. « On est une petite trentaine, on va faire déguster de la saucisse grillée, de la charcuterie et du fromage aux passants. Ensuite, on ira au Géant Casino pour poser des autocollants sur les produits », explique Jean-Pascal Pelagatti.

« Macron, réponds-nous ! », le mot d’ordre national sur une bâche devant la préfecture de Montpellier. © JA Herault

Le système, comme ailleurs, est simple : smiley rieur pour un produit d’origine française bien étiqueté, smiley fâché pour dénoncer les produits à l’origine floue, ou trompeuse. « Dans ce Casino, on sait que certains vins espagnols sont installés au milieu des vins français. On n’est pas contre les produits étrangers, mais il faut que les consommateurs soient au courant », estime Jean-Pascal Pelagatti.

12h30 : Les éleveurs du Cantal devant la préfecture

12h25 : 300 tracteurs vosgiens devant la préfecture d’Épinal

Les agriculteurs manifestent là aussi leur opposition aux accords du Ceta et du Mercosur. « On prône la montée en gamme, mais on est en train de se faire prendre tous les marchés d’entrée de gamme et de moyenne gamme. On va nous demander de faire de la haute-couture, et le prêt-à-porter va être importé », déplore Philippe Clément.

La FDSEA a profité de l’événement pour sensibiliser les Vosgiens à la responsabilité en matière de consommation. Le syndicat exige notamment l’application de l’article 44 des États-généraux de l’alimentation, qui interdit la vente des denrées alimentaires ou produits agricoles contenant des produits phytopharmaceutiques ou vétérinaires non autorisés par la réglementation européenne.

« De par les accords qui ont ou vont être signés, cet article est déjà caduc » déplore le président de la FDSEA. Les manifestants s’opposent également à la surtransposition des normes européennes, comme l’avait annoncé Emmanuel Macron durant sa campagne. « Il n’a pas tenu sa promesse et nos exploitations perdent de la compétitivité », souligne Philippe Clément.

12h20 : Jean-Baptiste Moreau dénonce une « diversion » sur le Ceta

Jean-Baptiste Moreau, agriculteur dans la Creuse et député de la République en marche est lui aussi l’invité de l’édition de midi de France Info. Pour lui, le Ceta est « une diversion, pour ne pas regarder en face les problèmes de restructuration de la filière ».

Rappelant que la France ne remplit pas son quota d’exportation de viande vers la Chine, le député appelle à suivre l’exemple de l’Irlande. « Si on veut résoudre les problèmes de rémunération et de surendettement, il faut se structurer pour aller à l’exportation de façon groupée », estime le député.

12h10 : « Les producteurs sont très surveillés », explique AgriSkippy sur France Info

Antoine Thibault, connu sous le nom d’Agriskippy sur les réseaux sociaux, est l’invité de l’édition de midi de France Info. Au micro, il défend une nouvelle fois son travail de communication et invite les auditeurs à faire le tri entre les pratiques passées et les efforts actuels des agriculteurs.

Aujourd’hui, les tests sur les molécules sont beaucoup moins laxistes et les producteurs sont très surveillés.Antoine Thibault, agriculteur

« On retrouve aujourd’hui de l’atrazine dans les eaux, un produit que je n’ai jamais utilisé de ma carrière, parce qu’il interdit depuis 2003. Mais ce produit est rémanent dans l’eau, et c’est donc moi qui en subis les foudres. »

12h00 : Dégustation de produits locaux à Bordeaux

Vers midi, au cœur de Bordeaux, une soixantaine d’agriculteurs ont invité les passants à déguster des produits locaux, pour engager la discussion sur le métier et les pratiques. « Nous dénonçons aussi le bordeaux-bashing que connaissent nos viticulteurs, regrette Vincent Bougès, le président des JA de la Gironde. Il y a de la peur là où il ne devrait pas y en avoir. Nous avons fait des progrès dans nos pratiques, nous ne les mettons pas assez en avant. »

Dégustation de produits locaux dans le centre de Bordeaux pour créer le dialogue avec les consommateurs. © FDSEA33

Un premier rassemblement s’était tenu le matin au Carrefour de Bègles, près de Bordeaux. « Nous souhaitions que les consommateurs comprennent ce qu’ils achètent », explique Vincent Bougès. La matinée a été consacrée à marquer les produits aux étiquettes « frauduleuses » et à sensibiliser les clients présents à l’origine des produits. L’initiative aurait été très bien reçue par les clients et même par le responsable du magasin.

Étiquetage de produits dans le Carrefour de Bègles par les JA 33. © JA33

11h15 : Lubrizol, les maraîchers demandent de la clarté

Baptiste Mégard, jeune maraîcher de l’agglomération rouennaise, estime avoir perdu entre 15 000 et 20 000 euros depuis le début de l’incendie. Il constate qu’aucune perspective d’indemnisation n’a été mise ne place. « On reste dans le flou », déplore-t-il.

Retrouvez l’interview de Baptiste réalisée en juin 2019 sur son exploitation.

Les éleveurs laitiers ont été les premiers à recevoir les indemnisations faisant suite à l’incident Lubrizol. Interrogé sur le sujet sur LCI plus tôt dans la matinée, le ministre de l’Agriculture a précisé que tous les produits ont été remis à la vente.

11h00 : Manifester dans les règles à Vesoul

En Haute-Saône toujours, les agriculteurs se rassemblent devant la chambre d’agriculture en vue de se rendre chez le préfet. Francis Cachot, 29 ans, s’est installé cette année en élevage laitier à Rase (Haute-Saône). Ce n’est pas la première manifestation de ce JA, mais le ton lui semble cette fois différent.

Ce n’est plus du tout le même type de manifestation.Fabrice Cachot, éleveur laitier en Haute-Saône

« Avant on faisait des actions coup-de-poing, qui pouvaient être visuellement plus violentes. Aujourd’hui, on ne peut plus se permettre de se faire mal voir, alors on fait les choses dans les règles », confie Francis.

Préparation du cortège devant la chambre d’agriculture de Vesoul. © F. Cachot

10h20 : Pour une meilleure gestion du risque climatique en Rhône-Alpes Auvergne

L’ensemble de la Région Rhône-Alpes Auvergne se mobilise, avec deux modalités. Les agriculteurs des départements les plus proches de Lyon (Rhône, Ain, Isère) ont rendez-vous devant la préfecture, où les organisateurs attendant « plusieurs centaines de manifestants ». Du côté de l’Allier, du Puy-de-Dôme, de la Loire, des tracteurs se lanceront sur les routes pour des opérations escargot.

Outre les mots d’ordre nationaux, sur le revenu et l’agribashing, les agriculteurs du Rhône-Alpes-Auvergne se mobilisent également pour demander une vision à long terme sur le changement climatique.

« Les épisodes de grêle et les sécheresses pèsent beaucoup dans notre région. Nous avons eu des réponses d’urgence, mais les exploitants ont besoin de dispositifs à long terme. Nous devons pouvoir stocker de l’eau en hiver, quand elle est disponible », exige le directeur de la FDSEA, Joël Juery, rappelant que la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes défend les projets multi-usages autour de l’eau.

10h05 : Le préfet de la Seine-et-Marne reçoit les agriculteurs

À l’issue de l’entretien, Thibault Guilvert, secrétaire général de Jeunes Agriculteurs dans la Seine-et-Marne, témoigne : « Nous avons la chance d’avoir une préfète à l’écoute. Qui a entendu nos problématiques comme celle des néonicotinoïdes sur les betteraves ou les intrusions sur nos élevages. Nous avons aussi des problèmes avec notre abattoir. »

Concernant les ZNT, zone de non-traitement, les agriculteurs devraient être conviés à la réflexion commune, faisant suite à la mise en application de la charte de bon voisinage signée en mai dernier par la profession agricole et la préfecture.

Pas de propositions formelles à l’issue de ce rendez-vous, mais Thibault Guilvert espère que les messages seront transmis au gouvernement et notamment au président de la République, de qui il attend des réponses claires.

9h30 : Solidarité en Haute-Saône

Fabrice Besançon vient de terminer la traite de ses vaches laitières et se prépare à prendre la voiture pour se rendre devant la préfecture de la Haute-Saône. En Gaec avec son père et sa compagne, il n’a pas manifesté la dernière fois, mais il se mobilise aujourd’hui, « par solidarité avec les collègues ».

C’est donc contre le Ceta et les importations de viande qu’il protestera aujourd’hui, même si le sujet ne le concerne pas directement. « Quand ça nous touche, sur le prix du lait par exemple, on aime bien que nos collègues soient là. Alors aujourd’hui on ira tous les trois manifester », explique Fabrice.

En écho au slogan local de cette journée « Macron, réponds-nous ! », ce qui dérange encore plus Fabrice, c’est le sentiment de manque d’écoute de la part des décideurs. « Depuis cinq, six ans presque, les prix ne sont plus rémunérateurs, et on attend. On attend que les pouvoirs publics et les politiques nous comprennent. Il n’y a jamais rien eu depuis que ce nouveau gouvernement est en place, et avec son prédécesseur non plus. »

Depuis cinq, six ans presque, les prix ne sont plus rémunérateurs, et on attend.Fabrice Besançon, éleveur laitier en Haute-Saône

Un discours qui tranche avec les propos de Didier Guillaume qui déclarait dans les pages du journal Le Point au début d’octobre : « Il n’y a pas d’autre gouvernement qui ait fait autant pour l’agriculture que celui-ci. »

8h30 : Didier Guillaume intervient sur LCI

En direct sur LCI, le ministre de l’agriculture affirme partager les revendications des agriculteurs, et reconnaît que la loi adoptée suite aux États-généraux de l’alimentation (EGAlim) n’a pas porté ses fruits. « La grande distribution n’a pas joué le jeu », estime-t-il, et ce malgré les contrôles mis en place.

Le ministre s’est dit cependant choqué par le slogan « Macron, réponds-nous ! ». « Il faut que les agriculteurs respectent le président de la République », exige-t-il. Interrogé sur l’avenir du Ceta, Didier Guillaume a affirmé avoir demandé à l’ambassadrice du Canada que les produits importés respectent les mêmes normes que les produits français.

7h30 Rencontre avec le préfet dans la Marne

Le préfet de la Marne a été reçu par une cinquantaine d’agriculteurs chez un éleveur porcin du département, victime par trois fois d’intrusions illégales sur son élevage depuis le début de l’année. L’enquête étant toujours en cours, les agriculteurs déplorent le manque d’informations données aux victimes.

Sur le département, pas moins de 7 intrusions illégales ont été dénoncées depuis le début de l’année, sans compter les vols. La FDSEA de la Marne craint « un drame », si aucune solution n’est trouvée pour renforcer la sécurité et la défense des agriculteurs. En plus de moyens de police supplémentaires, le syndicat demande aussi à rencontrer le président Macron pour évoquer avec lui les distorsions de concurrence et les traités de libre-échange.

À l’issue de la rencontre, le préfet n’a pas fait d’annonces, mais semble avoir entendu le cri d’alerte lancé par le réseau FNSEA/JA.

Alessandra Gambarini, Renaud d’Hardivilliers et Ivan Logvenoff