Entre le mois de juin et le mois de novembre 2017, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) a recensé six nouvelles ZPP reproductrices (zones de présence permanente) de loup. Deux sont localisées dans le Var (Sainte-Croix et dans le centre Var-Régusse), une dans les Alpes-Maritimes (Gourdan), une en Savoie (Lauzière), et deux dans l’Isère (Sept-Laux-Haut-Breda et Valbonais). L’office comptabilise désormais 63 ZPP et atteste l’existence de 52 meutes, soit 8 de plus qu’à la fin de l’hiver dernier.

Cette progression soudaine a-t-elle un rapport avec la pression et la colère du terrain ? Des associations des collectifs regroupant éleveurs, citoyens et élus s’activent depuis plusieurs mois à la recherche de preuves. L’un de ces groupes organisait mercredi une conférence de presse à la chambre d’agriculture à Grenoble pour faire part de leurs suivis. Ce collectif regroupe des élus, des citoyens et des éleveurs de nombreuses régions concernées par la prédation (en France, en Suisse, en Allemagne...). Les membres s’organisent, entre autres, pour réaliser des prélèvements le plus rapidement possible après les attaques de loups.

Tous hybrides

« Nos résultats dans l’Aveyron font état de 10 loups différents alors que l’ONCFS n’en annonce qu’un, souligne Yann Souriau, maire de Chichilianne et membre du collectif. Je ne sais pas si on peut appliquer ce ratio aux 360 loups reconnus. 360 ou 3 600 loups, ce n’est pas pareil. Et sur les vingt analyses complètes que nous avons fait réaliser par le laboratoire allemand Forgen (1), nous trouvons 20 hybrides. Ces résultats doivent être vérifiés avec les services de l’État. J’ai demandé que Forgen se mette en relation avec le laboratoire français Antagène pour qu’ils établissent ensemble les résultats. On peut imaginer qu’il y a des façons d’analyser les différences. Nous souhaitons en tout cas que des comparatifs soient réalisés. »

Le collectif s’étonne également que des gènes russes aient été retrouvés dans les analyses des prélèvements qu’ils ont envoyés à Forgen. « D’où viennent ces loups ? interroge Yann Souriau. Pourquoi n’en a-t-on jamais parlé jusqu’à présent ? Quelle est la part des lâchers clandestins ? Pourquoi les hybrides n’ont pas été pris en compte jusqu’à présent ? Pourquoi ne sont-ils pas sortis du plafond annuel ? etc. » L’élu a rappelé que la présence des loups avait des effets catastrophiques sur les territoires. « Cette affaire ne peut pas se contenter d’une réponse institutionnelle qui est un déni mondain, un autisme bureaucratique. »

Adapter le statut du loup

José Bové, à qui le collectif avait communiqué ses résultats, a indiqué dans la foulée de la conférence que « ces résultats sont édifiants : sept hybrides du loup ont été repérés quand la préfecture de l’Aveyron ne détecte qu’une louve… Les résultats renforcent la nécessité d’adapter le statut de protection du loup en France et en Europe. […] Il ne s’agit plus d’une espèce en voie de disparition. Elle ne doit plus désormais bénéficier du même régime de protection. C’est le sens d’une recommandation sur la biodiversité votée la semaine dernière par le Parlement européen. »

Au sujet des hybrides, le député européen a déclaré que la France devait les éliminer et contrôler plus strictement la population de loup sur son territoire.

Marie-France Malterre

(1) Le collectif indique qu’il a choisi ce laboratoire pour son indépendance. Nicole von Wurmb-Schwark a présenté sa méthode de travail. La scientifique est spécialisée en médecine médico-légale.