« Le compte n’y est pas ! » A quatre reprises, le ministre de l’Agriculture a eu recours à cette formule devant les députés de la commission d’enquête sur la grande distribution, lors de son audition ce 3 septembre 2019. Malgré les États-généraux de l’alimentation et la loi qui en est issue, « les négociations qui ont eu lieu n’ont pas été satisfaisantes », et les « agriculteurs n’ont pas vu un peu plus de revenu arriver dans les fermes », a regretté le ministre, tout en rappelant qu’il faudra attendre un an pour que les effets de la loi se fassent vraiment sentir.

En attendant, « quand un éleveur vend son litre de lait à 32, 33 ou 34 centimes, ce n’est pas acceptable parce que le coût de revient est beaucoup plus élevé. […] Quand un éleveur vend son kilo de viande à 3 € ou 3,50 €, le compte n’y est pas, c’est inacceptable parce que le coût de revient est à 5 € », a illustré le ministre.

Ça ne ruisselle pas

Désireux de « ne pas stigmatiser la grande distribution », et estimant que « le fait qu’il y ait des prix bas permet à la plupart de nos concitoyens d’acheter », Didier Guillaume a souhaité que « tous les maillons » gagnent leur vie. Or avec plus de 400 000 agriculteurs, 17 000 industriels et sept distributeurs (quatre acheteurs en tenant compte des centrales d’achat), il est facile de comprendre qu’« il y a un déséquilibre dans les relations commerciales ».

Il a regretté que le relèvement du seuil de revente à perte n’ait pas eu de répercussions sur les éleveurs. « Je n’ai jamais cru une seconde que ça allait ruisseler d’un coup. […] Par contre, ça devait avoir pour conséquence qu’à l’intérieur du magasin, il y ait une répartition de la valeur qui aille sur l’amont  or ça n’a pas été le cas. » Le ministre a par ailleurs jugé que « des indicateurs de coût de production » sont « indispensables ».

Aller plus loin sur l’étiquetage

Pour faire revenir du revenu dans les fermes, l’approvisionnement en viande d’origine France, notamment pour la restauration commerciale, est « un vrai sujet », a souligné le ministre, affirmant qu’« à Paris 80 % des restaurants ne fournissent pas de la viande française ». Pourquoi ? Peut-être que les restaurants n’achètent pas, ou peut-être que les filières ne sont pas en mesure de coller à la demande, a-t-il suggéré, évoquant le besoin de « réorganiser les filières et les circuits de production » et « d’aller plus loin sur l’étiquetage ». Se prononçant en faveur d’une « information la plus totale », il a souligné que « le consommateur doit savoir ce qu’il se passe » afin que « la prise de conscience traverse tout le monde ».

Par ailleurs, Didier Guillaume a indiqué que deux économistes ont été mandatés par le ministère pour faire une évaluation indépendante des effets de la loi. Un comité de suivi de ce chantier, réunissant des représentants de la production, de la transformation, de la distribution et des consommateurs, a été mis en place et s’est réuni pour la première fois à la mi-juillet.

Bérengère Lafeuille