Le Grand livre de notre alimentation figure parmi les ouvrages à lire de la rentrée littéraire. Et ce n’est pas uniquement le secteur agricole qui le dit, mais les revues à destination du grand public portant sur l’actualité des livres. C’est dire les attentes des consommateurs en matière d’informations en alimentation, mais aussi la force de vulgarisation du livre écrit par vingt-cinq experts de l’Académie d’agriculture.

L’alimentation en cent questions

En cent chapitres, l’ouvrage livre cent clés pour mieux s’alimenter, et autant d’arguments pour parer la désinformation. Gluten, viande, pesticide, agriculture biologique, sucre lent, OGM, étiquetage, etc., tout est passé au peigne fin par les Immortels de l’agriculture, qui parviennent à la conclusion, sans surprise, qu’il faut manger de tout, mais avec modération. C’est dans les détails que le livre interpelle.

L’alimentation, c’était mieux avant ? « L’espérance de vie était bien plus faible qu’aujourd’hui », expliquent les spécialistes. Il fallait dix heures de travail rural, tous les jours, pour parvenir à nourrir seulement quatre personnes au XVIII siècle. « On se posait alors peu la question de la sécurité sanitaire des aliments. »

Les pesticides sont-ils dangereux ?

Les pommes sont-elles des bombes à pesticides ? « Selon les derniers résultats européens, dans 97 % des échantillons de fruits et légumes analysés, les résidus sont soit non quantifiables, soit inférieurs aux “limites réglementaires maximales de résidus”. » Et pendant qu’on incrimine la pomme, le consommateur fait fi des saisons et de ses inquiétudes pour l’environnement, en mangeant des fruits exotiques, en forte progression en France.

Les pesticides sont-ils dangereux pour le consommateur ? « Ne nous y trompons pas : les pesticides que nous consommons sont essentiellement d’origine naturelle, fabriqués par les plantes elles-mêmes, car les plantes se sont toujours protégées de leurs agresseurs. » Ils sont dangereux pour les insectes comme pour les humains, contrairement aux pesticides de synthèse, qui visent surtout les agresseurs végétaux non humains, note les experts.

Faut-il manger de la viande ?

Lait, gluten, céréale : bien souvent, ils n’ont pas les défauts qu’on leur prête, souligne l’Académie d’agriculture. C’est une question d’équilibre, de combinaisons également. Les fibres de légumes sont par exemple plus efficaces quand elles précèdent celles des fruits. Et comme les vitamines B12 et C s’excluent, il faut éviter d’associer le foie avec des agrumes ou des choux.

Quant à la viande, la vitamine A est exclusivement animale et la vitamine D est également principalement présente dans le règne animal. La meilleure des protéines céréalières (ou issue de n’importe quel végétal) ne contient ni vitamine D, B12, ou A, presque pas de fer et peu d’oméga 3. « La complexité biologique de l’homme s’est élaborée et ne peut se maintenir que grâce à une alimentation particulièrement diversifiée, animale et végétale », soulignent les experts. Et de s’en référer à la FAO : « Les produits d’origine animale font partie de l’équilibre alimentaire normal des êtres humains, omnivores. »

Double intérêt

L’œuf est-il mauvais pour le cholestérol ? Faut-il consommer la viande crue, saignante ou bien cuite ? Pourquoi le pot-au-feu était toujours la première recette des livres de cuisine ? Le livre répond à toutes ces questions en 408 pages. Il est long, mais les chapitres s’abordent de manière autonome. Et son intérêt est double : glossaire à l’usage des mangeurs, il apparaît aussi comme un bon argumentaire à l’usage des agriculteurs face à certains promeneurs.

Rosanne Aries

L’Académie d’agriculture de France, Le Grand livre de notre alimentation, éditions Odile Jacob, 23,90 €.