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« J’ai testé le miscanthus pour économiser de la paille »

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« Le miscanthus est doté d’un fort pouvoir absorbant », reconnaît Pierre Olivier (à droite) en compagnie d’Olivier Melloux, de la Sicaba (à gauche) et d’Amaury Chemelle (stagiaire). © M.-F. Malterre

Pierre et Christophe Olivier ont employé cette plante ligneuse broyée pour remplacer la litière habituelle pendant quinze jours.

Pierre et Christophe Olivier, naisseurs engraisseurs ont acheté du miscanthus pour pallier le manque de paille. À la tête de 90 charolaises à Buxières-les-Mines, dans l’Allier, ils avaient distribué une partie de leur stock pendant l’été afin d’affourager les vaches toute la saison, il n’en restait donc pas suffisamment pour alimenter les aires paillées tout au long de l’hiver. « J’ai pensé au miscanthus, car j’avais vu que des producteurs de lait l’utilisaient en litière compostée dans leur stabulation (1) », explique Pierre. Des ateliers de volailles font également appel à cette ressource.

10,8 tonnes achetées

Habituellement, les éleveurs sont autonomes en paille. Les 60 hectares de céréales qu’ils cultivent suffisent pour couvrir leurs besoins. Ils n’ont pas de contact pour s’approvisionner, ce qui en cas de pénurie représente un handicap. « Nous avons donc acheté 90 m3 de miscanthus à la fin 2018 », précise Pierre. Comme la densité est d’environ 120 kg/m3, cela représente 10,8 t.

Quelques producteurs en France cultivent cette plante pérenne et broient les tiges à la fin de l’hiver avec une ensileuse classique. Les brins mesurent 30 à 40 mm. L’agriculteur s’est approvisionné auprès d’un revendeur local au prix de 185 €/t rendu sur l’exploitation. « J’en ai disposé une vingtaine de centimètres au fond de l’aire paillée le 15 janvier après le curage, détaille-t-il. Le produit est très sec et s’étale facilement grâce au télescopique. » Au bout d’une semaine, Il en a ajouté une nouvelle couche de 5 cm à l’aide de la pailleuse.

« Cela génère beaucoup de poussière et ce n’est pas très agréable ni pour les animaux ni pour l’opérateur. » Une semaine plus tard, la litière était gorgée d’humidité. « Il tombait de la neige et les jeunes veaux commençaient à souffrir d’inconfort, c’est pourquoi j’ai rechargé la litière en paille à la dose de 8 kg/vache/jour. » Cependant, il a tout de même économisé près de 6 t de paille au cours des quinze jours (8 kg × 50 vaches × 15 j).

Moins de travail

Pour Pierre, le prix du miscanthus est un frein à une nouvelle utilisation, sauf en situation extrême. Il lui en reste une 1 t, qu’il prévoit d’essayer dans le couchage des brebis.

Le gain de temps reste le principal atout de ce premier test. « Pendant quinze jours, j’ai gagné une demi-heure de travail par jour, se réjouit-il.

Comme pour les litières compostées, il a tenté d’aérer le couchage au bout de quinze jours en attelant un cultivateur à un petit tracteur, mais l’opération n’a pas été concluante. « Il aurait peut-être fallu que la couche de départ soit plus épaisse (40 cm). »

Au chapitre des inconvénients, figure la gestion du curage du couloir présent derrière le cornadis. Pierre le racle trois fois par semaine dans la fumière, mais en l’absence de paillage, les bouses avaient du mal à « tenir » sur la fumière. Le mélange avec un effluent plus pailleux a toutefois permis de contenir le problème, mais il n’aurait pas fallu prolonger plus longtemps l’absence de paillage.

Les exploitants apprécient ce couloir qui leur fait économiser de la paille tout l’hiver. « Les animaux boivent sur cet espace et cela limite les souillures sur l’aire de couchage », remarque Olivier Melloux, de la Sicaba. « Nous ne regrettons pas non plus que nos parents aient choisi de construire une stabulation de logettes sur caillebotis (dans les années quatre-vingts) afin d’installer la moitié des vaches, ajoute Pierre. Celle-ci génère une économie importante : 8 kg × 45 × 150 j = 54 t. À 80 €/t, elle s’élève à 4 320 €.

Pour augmenter son autonomie, l’agriculteur a étudié l’idée d’implanter du miscanthus sur son exploitation, mais « l’investissement, estimé autour de 3 600 €/ha, reste beaucoup trop important pour un produit présentant encore des points négatifs », indique-t-il.

Marie-France Malterre

(1) Lire La France agricole n° 3703 du 7 juillet 2017.

Le couloir raclé limite le salissement de l’aire paillée et génère des économies de paille. © M.-F. Malterre
Les brins de miscanthus broyé mesurent 30 à 40 mm. © M.-F. Malterre
Garder les animaux propres

La sécheresse a pris tout le monde de court en 2018. « Certains ont utilisé de la paille de maïs, déclare l’agriculteur Olivier Melloux. D’autres sont revenus aux plaquettes de bois qu’ils avaient testées en 2011 lors d’un autre épisode sec. »

Les plaquettes peuvent être réalisées sur l’exploitation ou achetées. En fonction de l’organisation du chantier, le prix de revient est plus ou moins élevé. Sur le marché, le produit est également recherché pour les chaudières, tout comme le miscanthus qui est aussi utilisé dans les méthaniseurs, ce qui explique des prix parfois élevés.

« Quel que soit le type de litière, la sécheresse impacte sa qualité et augmente le risque d’animaux sales à l’arrivée à l’abattoir. C’est une situation qu’il faut éviter car elle peut être à l’origine de graves problèmes sanitaires. »

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Dans le domaine des allaitantes de haute qualité bouchère, les flux commerciaux restent réguliers, grâce à une bonne adéquation entre l’offre et la demande. Les tarifs sont stables sur la plupart des marchés, malgré la tenue des concours d’animaux de boucherie. En réformes laitières, l’activité commerciale reste assez fluide, même si les industriels sont moins actifs dans leurs commandes tenant compte des promotions de porc, des foires aux vins et du budget serré des ménages sur cette fin de mois de septembre.
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Cet article est paru dans La France Agricole

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